Les filles de Tselofrad et la place en Erets Israël
Pourquoi Rabbi Akiva voit en Tselofrad un tsadik, et ce que le sacrifice pour le peuple ouvre comme droit à la terre.
Rav Élie Kling
Ensuite : La vache rousse et l'exil : le Khilloul Hachem, 1 h 02
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom à tous. Aujourd'hui, je vous propose de me suivre dans une enquête policière autour d'un grand tsadik condamné à mort. Je vous explique de quoi il s'agit. C'est dans la paracha de Pinhas, la paracha qui nous préoccupe, et nous avons une sorte de contrat tacite qui a été signé entre Hachem et tous les foyers juifs sortis d'Égypte, les foyers hébraïques. Chaque chef de famille a normalement le droit à une partie d'Erets Israël. Si vous voulez, dans le cadastre de la Terre d'Israël, il y aura le nom de chaque Hébreu sorti d'Égypte.
Sauf qu'il est arrivé ce qu'il est arrivé, comme vous le savez, et au lieu de rentrer directement en Israël, on a tourné dans le désert pendant quarante ans, jusqu'à ce que toute la génération ait disparu. C'est pas grave, me direz-vous. Ceux qui sont morts sont morts, et leurs fils hériteront à leur place. Oui, mais que faire si le bonhomme n'a que des filles ? Le problème, c'est que les filles vont se marier avec d'autres Hébreux, d'accord ? Elles vont donc hériter du territoire de leur mari. Mais qu'est-ce qui se passe avec leur père, qui est mort sans laisser de garçon ? Est-ce que ça veut dire que son nom ne figurera pas sur la liste ?
Des Hébreux propriétaires terriens en Israël. Autrement dit, sur le cadastre d'Erets Israël, son nom ne sera pas là. C'est la question que les filles de ce bonhomme, qui s'appelle Tselofrad, ont posée à Moshé. Je vous lis la manière dont elles présentent leur cas. Il s'agit des filles de Tselofrad, fils de Ref'er, fils de Gilad, fils de Machir, fils de Menashe. On remonte la généalogie, curieusement, étrangement, jusqu'à Menashé, qui est le fils de Yosef, donc quelqu'un de la tribu de Menashé. Il avait donc des filles, on nous donne les noms: Noa, Hogla, Milka, Tirtza, Hagla. Elles viennent vers Moshé et les grands décisionnaires de l'époque, les grands dirigeants, et elles leur exposent le cas. Et voici le cas: Avinu met bamidbar, notre père est mort dans le désert. Je ne veux pas être pointilleux, mais enfin…
On sait bien qu'il n'est pas mort à Los Angeles, le bonhomme. Il est mort dans le désert. Vous savez qu'il n'y a pas de mot inutile dans la Torah, alors pourquoi préciser qu'il est mort dans le désert ? Bon. Vehu lo hayah bethoch adat Korah. Il ne faisait pas partie de la bande de Korah. Vous savez, Korah, celui qui a divisé le peuple, il y a maintenant trente-neuf ans, qui a divisé le peuple. Il voulait devenir calife à la place du calife. Enfin, il voulait devenir Moshé ou Aharon à la place des dirigeants. Et ça s'est très mal terminé. Non seulement lui est mort, mais une bonne partie du peuple qui l'avait suivi est morte aussi. Eh bien…
Il ne faisait pas partie de la bande de Korah. Mais pourquoi dire qu'il ne faisait pas partie de la bande de Korah ? Ça n'a rien à voir avec le sujet. Elles auraient dû dire simplement: « Notre père est mort, il n'a pas laissé de garçons. » On fait quoi ? Qu'est-ce que ça peut nous faire qu'il soit mort à cause de Korah ou à cause d'autre chose ? Et elles continuent, elles disent: Ki bechet omet. C'est vrai qu'il est mort à cause de sa faute, mais c'est une autre faute, c'est pas la faute de Korah, c'est une autre faute. Mais ça aussi, c'est inutile. Pourquoi raconter qu'il est mort pour une faute ? De toute façon, ils sont tous morts à cause de la faute des Méraglim. Vous avez un truc à demander ?
Essayez d'être le plus concis possible, et surtout, si votre père est vraiment un bonhomme qui a à ce point des choses à se reprocher, qu'il est mort à cause de sa faute, franchement, c'est pas le moment de raconter ça. Surtout que ça n'a aucune importance. Il est mort, et c'est tout. Et en effet, finalement, elles disent l'essentiel: ouvanim lo hayou, il n'y avait pas de garçon. Eh bien, elles auraient dû dire ça depuis le début. Je vais vous dire comment elles auraient dû le dire: *Avinu
met, ouvanim lo hayou*. Tout simplement. Tout le reste est en trop, ça ne sert à rien, et ça ne fait que compliquer l'histoire. C'est comme si demain vous couriez dans la rue, vous voyiez un agent de police, vous lui couriez derrière et vous lui disiez: « C'est pas moi qui ai fait le hold-up ! » Mais on ne vous a rien demandé. On ne vous a ni accusé ni soupçonné. On ne lui a rien dit. C'est ça qui est louche: raconter des choses dont on n'a
pas été accusé.
Rachi dit: « Elles ont dit qu'il ne faisait pas partie de la bande de Korah parce qu'elles vont dire, dans un instant, qu'il est mort à cause d'une autre faute. Et pour qu'on ne croie pas que c'est celle de Korah, elles doivent préciser qu'il n'est pas mort à cause de la faute de Korah. » D'accord, mais elles n'avaient qu'à ne rien dire du tout. Ni qu'il a fait une faute à cause de laquelle il est mort, ni que c'était donc la faute de Korah. Ni l'un
ni l'autre. Tout ça ne sert à rien. Bref, cette manière de présenter les choses est un peu compliquée. Pour essayer de comprendre de quoi il s'agit, il faudrait regarder ce que le Talmud en dit. Le Talmud dit: d'accord, ce n'est pas à cause de Korah qu'il est mort, mais il est mort à cause d'une faute. Alors, quelle faute ? Parce que les fautes individuelles qui ont eu lieu dans le désert, on les connaît. On sait, et même les fautes collectives. Donc, de quel incident s'agit-il, duquel
il aurait fait partie et à cause duquel il serait mort ? Il y a deux avis là-dessus.
Il y a un avis, celui de Rabbi Akiva. Rabbi Akiva dit: en fait, c'est celui qui a ramassé du bois pendant Chabbat. Je ne sais pas si vous vous rappelez l'histoire, c'était juste après l'histoire des explorateurs. Tout d'un coup, il y a un type qui est allé ramasser du bois. Vous savez que dans le désert, contrairement à ce qu'on croit, il y a des arbres. Pas beaucoup, mais enfin, il y en a. Il a donc pris du bois, je suppose pour se chauffer. Mais on n'a
pas le droit de couper du bois à Chabbat. Et le type a été jugé à cause de ça, et il a été condamné à mort. On ne sait pas qui c'est, mais ce n'est pas écrit dans le texte que c'est lui. Tselofrad serait mort de sa faute. Quelle faute ? Eh bien, d'avoir coupé du bois à Chabbat. Là-dessus, les gens disent à Rabbi Akiva: « Enfin, d'où tu le sais ? C'est du lachon hara ce que tu dis là. Si ça se trouve, ce n'est pas
vrai. Et même si …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
Dans la même série
Toutes les vidéos de la chaîne, de la plus récente à la plus ancienne.
- 12
Le cochon cachère : quand nos ancêtres mangeaient du porcPourquoi le porc est interdit, et ce que le chapitre 6 de Devarim et la paracha Vaét'hanan en disent. - 13
Nos jeunes face à la pratique : l'émission Plein LadoParents et adolescents interrogent la transmission, l'assimilation et les choix de vie en Israël. - 14
Les signes de la fin de l'exil selon le TalmudLe Talmud désigne un seul signe objectif : la terre d'Israël qui donne ses fruits, et ses sources prophétiques. - 15
Le petit Sefer Torah en peau de cerf de Yaakov MaorComment un rouleau caché dans la Shoah est retrouvé à Vienne en 1975 et revient en Erets Israël. - 16
Les filles de Tselofrad et la place en Erets IsraëlPourquoi Rabbi Akiva voit en Tselofrad un tsadik, et ce que le sacrifice pour le peuple ouvre comme droit à la terre. - 17
La vache rousse et l'exil : le Khilloul HachemPourquoi l'exil lui-même profane le Nom de Dieu, selon le chapitre 36 de Yehezkel, et ce que cela dit de la Gueoula. - 18
Existe-t-il une obligation de croire en Dieu ?Maïmonide fait de la croyance une mitsva, et le cours examine ce que cela signifie et sa place dans les Dix Commandements. - 19
Coronavirus et Torah : la leçon d'humilitéLe Rav Kling tire de la crise l'appel à l'humilité et relie le Chabbat à la sainteté du temps plutôt que de l'espace. - 20
Le roi David et la réduction des 613 mitsvotPourquoi nos sages ont compté les mitsvot, et les 11 principes que David en a tirés selon Makot. - 21
Bande de lépreux ! Le siège de Chomron
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav