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Existe-t-il une obligation de croire en Dieu ?

Maïmonide fait de la croyance une mitsva, et le cours examine ce que cela signifie et sa place dans les Dix Commandements.

6 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Coronavirus et Torah : la leçon d'humilité, 5 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom à tous ! Alain Finkielkraut raconte qu'un jour, il se promenait à Paris avec Benny Lévy. Benny Lévy lui dit: « Je te laisse, c'est le moment de Min'ha ». Il était très angoissé, il cherchait une synagogue pour faire la prière de l'après-midi. Finkielkraut lui répond: « Mais ça va, ce n'est pas si grave que ça. » Il dit: « Non, j'ai rendez-vous avec Dieu, je ne peux pas arriver en retard. » Et Finkielkraut lui dit: « Tu n'as qu'à venir aussi. » Et Benny Lévy répond: « Mais tu sais bien que je ne suis pas croyant. » Et Benny Lévy lui dit: « Mais qui te demande de croire ? Dans le judaïsme, on te demande de pratiquer, et on ne te demande pas de croire. »

Alors, cette phrase un peu provocatrice de Benny Lévy, est-ce qu'elle est réellement exacte ? Est-ce que vraiment, dans le judaïsme, croire ou ne pas croire ce n'est pas la question, et que l'essentiel c'est de pratiquer ? La vérité, est-ce qu'il y a…

En général, une mitsva, l'un des 613 commandements, consiste à être obligé de croire en Dieu. En fait, quand on lit le Tanakh depuis le début, Dieu apparaît comme une évidence. La question de son existence ne se pose même pas. Ceci dit, les dix commandements, dont nous allons faire la lecture à Chavouot, commencent par Anokhi Hachem Elokecha, « Je suis l'Éternel, ton Dieu ».

Est-ce que « Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir d'Égypte » est une loi ? Est-ce que c'est un commandement ? Est-ce qu'il faut croire en Dieu ? Ou bien est-ce uniquement une présentation du personnage, une sorte de carte de visite ? Chez moi, sur ma carte de visite, il est écrit « Élie Kling, enseignant ». Alors sur celle de Dieu, il y aura sans doute écrit « Hachem Elohim, celui qui t'a fait sortir d'Égypte ». Derrière tout ça, il n'y a pas obligatoirement l'idée de nous obliger à croire.

Alors, en fait, c'est une grande discussion. Maïmonide, lui, pense qu'il y a effectivement une mitsva, l'un des 613 commandements: il faut croire en Dieu. Et d'où est-ce qu'il le sait, Maïmonide ? Eh bien, parce qu'il a écrit: « Anokhi Hachem Elokecha », « Je suis l'Éternel ton Dieu ». Certains reprochent à Maïmonide de mal lire le verset. Ce n'est pas un verset habituel, classique, en tout cas pas dans son expression, qui laisse entendre qu'il y a un commandement. Vous savez, un commandement demande un impératif. Il

n'y a pas de verbe à l'impératif ici: « Je suis l'Éternel, ton Dieu ». Et puis, sur le fond, est-ce qu'il a vraiment un sens que Dieu nous dise: « Je t'ordonne de croire en moi » ? Parce que de deux choses l'une: ou bien tu crois en lui, et tu n'as pas besoin qu'on te demande de croire; ou bien tu ne crois pas en lui, alors qui est ce Dieu qui te demanderait de croire en lui ? Il y a ici une faute logique.

Raconte, par exemple, Yitzhak Abravanel. Donc la question est de savoir s'il y a ou s'il n'y a pas une obligation de croire en Dieu. C'est en effet une grande question théorique qu'on pourrait se poser. En admettant que Maïmonide ait raison, et que vraiment il y ait une obligation de croire, comment fait-on pour l'appliquer ? Quand on me dit « mets les tsitsit », je sais comment il faut faire: j'ouvre le Shoulhan Aroukh et je sais à quoi consiste la mitsva de prendre le loulav, de mettre les tsitsit, ou de respecter Chabbat. Mais en quoi consiste donc la mitsva de croire en Dieu ?

Eh bien, d'après Maïmonide, croire en Dieu signifie se poser les bonnes questions. On n'a pas le droit de vivre toute sa vie sans se poser les questions existentielles: Qu'est-ce que je fais là ? D'où je viens ? Qu'est-ce que je dois faire ? Quel est le sens de ma vie ? Et pour le Rambam, pour Maïmonide, si tu te poses les bonnes questions, puisque pour y répondre tu as un cerveau, qui est une partie même de la divinité que Dieu a mise en toi, tu devrais arriver à la bonne réponse. La mitsva de croire en Dieu consisterait donc à poser les bonnes questions, à chercher honnêtement les bonnes réponses, et finalement à les trouver. On pourrait dire qu'il y a plein de gens qui se posent les bonnes questions, qui cherchent honnêtement les réponses, et qui arrivent à des conclusions différentes.

Oui, alors Maïmonide dira que c'est parce qu'ils se sont mal servis de leur cerveau. Le cerveau, vous savez, c'est comme une machine à laver: si vous ne savez pas vous en servir, ça ne risque pas d'amener les résultats escomptés. Pour Maïmonide, si vraiment tu te poses les bonnes questions, il faut consacrer le temps qu'il faut et le sérieux qu'il faut pour trouver les bonnes réponses. Et à ce moment-là, il est persuadé qu'on les trouvera. Quoi qu'il en soit, d'après lui, il y a une mitsva de croire.

Si vous regardez les dix commandements, vous voyez que si c'est vraiment une mitsva de croire, c'est donc le premier des commandements. Le deuxième est qu'il ne faut pas avoir d'autres dieux, d'autres autorités divines à part Dieu lui-même sur nous. Le troisième commandement est l'interdiction de prononcer le nom de Dieu en vain. Le quatrième est le respect de Chabbat. Le cinquième est le respect des parents. De l'autre côté, vous avez cinq autres commandements: d'abord, ne pas tuer; ne pas commettre d'adultère; ne pas voler; ne pas faire de faux témoignage; et ne pas envier ce qui appartient à l'autre. Vous remarquerez que les cinq premiers commandements sont classés dans un certain ordre: d'abord des mitsvot qui ont trait à la pensée, croire en Dieu, ne pas croire à une autre divinité à part Lui; ensuite une mitsva liée à la parole; et enfin des mitsvot liées à l'action, comme Chabbat ou le respect des parents.

De l'autre côté, c'est le contraire. Il y a d'abord des mitsvot liées à l'action: trois mitsvot, donc ne pas tuer, ne pas commettre d'adultère et ne pas voler. Ensuite, on parle d'une mitsva liée à la parole: il s'agit de ne pas faire de faux témoignage. Et enfin, la pensée. Vous remarquez donc que l'ordre est inversé. Sans doute parce que dans la première partie, il s'agit des relations entre Dieu et l'homme, et que, dans ces relations, il faut d'abord avoir une conscience de ce qu'est la divinité avant de pouvoir passer aux actes.

Tandis que dans les relations entre l'homme et son prochain, il y a d'abord urgence à ne pas le tuer, à ne pas porter atteinte à ce qu'il est, à ce qu'il a. Et ensuite seulement, on peut demander de soigner sa parole, et enfin même sa pensée à son égard. Voilà ce qu'on peut dire sur …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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