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La voix de l'être : le secret des mouvements du monde

Le Rav Kook lit les grands courants du temps comme une lumière cachée au-dessus de la nature, du social et du physique.

46 min

Rav Oury Cherki

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Alors, je crois qu'aujourd'hui nous allons étudier le dernier texte d'Orot HaTechouva. Exactement. Ce texte vient d'ailleurs d'un recueil de poèmes du Rav Kook. Il est imprimé également dans l'édition en jaune de l'Aïchiva Orixion. Il s'appelle « La Haché Ha Havaya ». Ah, très bien. « La Haché Ha Havaya ». Les murmures.

Les murmures du cosmos, pourrait-on dire, les murmures du monde, de l'être, c'est beaucoup de choses. En tout cas, quand on dit Havaya dans la pensée du Rav Kook, cela veut dire l'ensemble de tous les êtres considérés comme une seule entité. On peut considérer le monde comme un ensemble d'objets ou comme un ensemble de sujets.

Et on peut considérer le monde comme une seule et même chose, un être vivant qui comporte en lui toutes les dimensions de l'être, aussi bien l'humain que le céleste, que le terrestre, les plantes, les séphirot. Tout cela est une seule et même chose, qu'on appelle en hébreu Havaya, ce qui est.

C'est également le nom qu'on emploie pour parler de Dieu, Yod-Hé-Vav-Hé. Les quatre lettres de son nom, on les met dans un autre ordre, on dit le Chem HaHavaya, le nom qui donne l'être. Havaya, c'est-à-dire ce qui génère, ce qui crée. Donc on va dire que Havaya, c'est l'ensemble des êtres vus par Dieu. C'est-à-dire, à la limite, c'est comme si on disait: si on se met du point de vue de Dieu, si c'était possible, alors l'ensemble des êtres apparaîtrait comme un seul point. Ce que le Ari appelle le point central.

Voilà donc, le Rav parle ici des murmures, des murmures de l'être. L'être, le monde, murmure quelque chose aux oreilles du Rav, aux oreilles spirituelles, évidemment.

Alors, je vais vous lire ce texte, on va le lire petit à petit et le traduire. « Elle me murmure un secret, l'entité universelle. » Qu'est-ce qu'elle me dit, cette entité universelle ? « J'ai de la vie. Prends donc, prends. » C'est une invitation à prendre de la vie, à s'alimenter au trésor de la vie.

Vous voyez, c'est déjà une approche fondamentalement juive. Dans une approche fondamentalement juive, il y a de l'optimisme. C'est-à-dire qu'a priori on est prêt à s'emplir de tout contenu de vie. Il n'y a donc pas, comme dans le bouddhisme, une sorte de déception par rapport à l'existence, une fuite de la vie, ou bien, comme dans le christianisme, un rejet de la vie terrestre. Tout cela est très loin de l'approche juive. Le Rav Kook, ici, est un juif.

Cela veut dire qu'il considère que tout être, que l'ensemble des êtres, nous invite à nous alimenter de vie. On peut dire que c'est l'intuition fondamentale qu'a un enfant quand il tète le sein de sa mère. Il est arrivé au monde, il reçoit un flux de vie qui l'emplit entièrement. « Mais si ton cœur est incirconcis… »

Cela veut dire que ton cœur est bouché, il est obstrué. « Et ma beauté ne t'émerveille pas. Alors la création me dira: éloigne-toi de moi, éloigne-toi. Je te suis interdite. »

Il y a ici, si vous voulez, une sorte de relation quasi conjugale entre la création dans son ensemble et l'homme. L'homme est censé être l'époux, et la création son épouse. Entre un époux et une épouse, il y a une relation d'amour. Mais cette relation d'amour est parfois empêchée, par exemple s'il y a impureté, impureté menstruelle, par exemple.

Mais ici, dans ce cas précis, c'est l'impureté de l'homme. L'homme qui n'est pas rempli d'espoir, qui n'est pas optimiste, et qui a donc une vision mauvaise. Il a une vision, pourrait-on dire, de malveillance par rapport à l'être. Dans ce cas-là, on lui dit: éloigne-toi. Cela veut dire que tu dois revenir, tu dois te ressourcer dans ta pureté intérieure que tu as oubliée.

« Si tout bégaiement délicat, toute beauté vivante, ce n'est pas la splendeur d'un champ sain. » Mais au contraire, « un courant d'un feu étranger s'éveille en toi. »

« Éloigne-toi de moi, éloigne-toi, je te suis interdite. » Effectivement, nous en avons parlé dans notre étude d'Orot HaTechouva, nous avons pu voir que très souvent, quand il y a eu ce qu'on appelle un retour à la nature, une invitation à se relier à la vitalité des êtres, il y a parfois un retour à la barbarie.

Ce n'est donc pas par amour de la création que l'on se lie à l'ensemble des êtres, mais par paganisme. Dans la vision païenne, il y a souvent cette idée que le monde est très beau, c'est vrai. Il est beau, mais il n'est pas moral. Tandis que chez le Rav Kook, la contemplation de la beauté du monde est liée également à une ascension morale. « Vedor Yakum Vahai ».

Si vous voulez, il y a ici, en filigrane, une critique que le Rav Kook adresse à la pensée du philosophe Friedrich Nietzsche. Friedrich Nietzsche était un philosophe allemand qui œuvrait à la fin du XIXe siècle, et qui a écrit une quantité énorme de livres. Tous ces livres sont, si vous voulez, poétiques et lyriques, mais pleins de violence. Par exemple Ainsi parlait Zarathoustra, Par-delà le bien et le mal, L'Aurore. Tous ces livres sont des livres dans lesquels il y a une révolte, fondamentalement justifiée, mais une révolte quand même, de Nietzsche, contre la morale et la émouna, l'idée de Dieu et l'idée de morale.

Quand il parle de morale, il parle ici de la morale chrétienne. Dieu et la morale, pour Nietzsche, sont des institutions immorales. Et pourquoi donc ? Parce que la morale telle que Nietzsche la connaît, c'est l'écrasement de la pleine stature de l'homme. Ce que dit Nietzsche, c'est qu'il faut se débarrasser de la morale pour des raisons morales, pour arriver au surhumain.

En allemand, Übermensch, l'homme supérieur. Et l'homme supérieur est au-delà de l'homme. De même, l'idée de Dieu telle qu'elle a été véhiculée et transmise par les religions est une idée nocive, parce qu'elle rabaisse l'homme. Le Rav Kook est tout à fait conscient de l'étincelle de bien-fondé qu'il y a dans la pensée de Nietzsche. D'ailleurs il l'a écrit plusieurs fois, dans différents passages, et il parle de Nietzsche comme étant quelqu'un dont l'intuition est juste, mais dont l'application est mauvaise.

Effectivement, vous savez, l'utilisation qu'ont faite les Allemands, les nazis en particulier, de la pensée de Nietzsche: ils pensaient justifier, à travers sa lecture, l'idée d'un homme barbare et cruel, qui serait l'homme supérieur. Ce n'était pas cela que voulait dire Nietzsche. Il aurait certainement refusé avec horreur ce genre d'interprétation, mais malgré tout, il est un peu responsable.

Ce que dit le Rav Kook, c'est qu'il ressent, dans la génération qui est en train de se former en Erets Israël, une solution à ce problème. La solution, c'est justement que cette génération qui réclame le retour à la nature – il pense donc à des gens comme Brenner, comme A.D. Gordon, tous ces gens qui ont fait une sorte de religion de la terre, du retour au travail manuel, tout cela comme une réhabilitation, une restauration de l'être humain – eh bien …

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