La liberté de l'homme selon le Rambam et la Torah
Pourquoi la mitsva suppose la liberté de transgresser, et ce que le Yovel dit de la liberté.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La techouva selon le Rav Kook face au Rambam, 54 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour tout le monde. Le sujet général de ce séminaire, c'est le libre-arbitre. Nous avons choisi un sujet un peu ardu, la liberté d'être. De quoi s'agit-il ? Alors, ça va se partager en deux parties. La première simple, la deuxième compliquée. La stratégie, c'est de faire les choses du simple au plus compliqué.
Si quelque chose n'est pas clair dans le cours, n'attendez pas la suite en vous disant que ça sera plus clair par la suite. Ça ne sera que plus compliqué. Donc si quelque chose n'est pas clair, il faut le demander tout de suite, dès le début.
Tout d'abord, nous allons passer à une affirmation que je pense être connue de la plupart des assistants: le judaïsme affirme que l'homme est libre. Que l'homme est libre, libre de son comportement. C'est-à-dire ?
Nous pouvons choisir entre le bien et le mal. Et étant donné que nous pouvons choisir entre le bien et le mal, nous sommes donc également responsables. C'est-à-dire que le fait que l'on soit rétribué, c'est-à-dire châtié ou récompensé, c'est justement parce que j'ai le choix. Si je n'étais pas libre, je ne serais ni méritant, ni punissable.
Vous connaissez certainement la demande du petit prince au roi sur sa planète. Il lui dit: « Sire, vous régnez sur quoi ? » Il dit: « Je règne sur tout ça, toutes les étoiles, je règne. » « Vous régnez également sur le soleil, Sire ? » « Oui, mais bien sûr, je règne également sur le soleil. Alors, vous pouvez, Sire, m'accorder une faveur: dites au soleil de se coucher, j'aime tellement les couchers de soleil. »
Le roi lui dit: « Si je demandais à un de mes généraux de voler à la manière d'un papillon, il ne le ferait pas. Qui serait le coupable ? Lui ou moi ? » Le petit prince répond, sérieux: « C'est vous qui seriez le coupable. » Et pourquoi ? « Tout simplement parce que j'ai demandé à mon général de faire quelque chose qu'il ne peut pas faire. »
De même, demander au soleil de se coucher maintenant, c'est impossible. Mais alors le roi sort son almanach, il regarde l'heure du coucher du soleil ce jour-même, et il dit: « Voilà, viens chez moi à 19 h 15, et tu verras comme mes ordres sont écoutés. »
Donc ça veut dire, en fait, quelque chose de tout simple: on ne peut pas parler en vérité de mitsva, de commandement, ou de avera, de transgression, si on ne suppose pas la liberté d'accomplir ou de ne pas accomplir. C'est-à-dire, si on me dit que tel acte est un commandement, une mitsva, ça suppose la possibilité de la transgression. S'il m'était impossible de transgresser, eh bien, ça ne serait pas une mitsva. Et donc, je ne serais ni récompensable, ni punissable. Voilà, ça c'est une chose fondamentale.
Le Rambam, en particulier, affirme avec grande force tout cela. Il a consacré le huitième de ses huit chapitres à cette question-là. Également le cinquième chapitre, et certains chapitres du Guide des égarés. En tout cas, ce que dit le Rambam est absolument énorme, parce que ça contredit la plupart des normes admises aujourd'hui en Occident et en Orient.
Pour ce qui est de l'Orient, ça va de soi. L'islam sunnite, qui est l'islam majoritaire, n'admet pas que l'homme soit libre. Pour les musulmans, considérer que l'homme est libre est un blasphème. Parce que si l'homme est véritablement libre, alors ça voudrait dire que Dieu n'est pas tout-puissant, puisqu'il y a quelqu'un d'autre qui peut décider à sa place. C'est ce que pensent les musulmans. Et donc, pour les musulmans, parler de liberté est un blasphème.
Par contre, en Occident, on affirme en principe la liberté de l'homme, mais on n'y croit pas vraiment. Vous savez qu'il y a une Déclaration universelle des droits de l'homme. Ça a commencé aux États-Unis, plus tard dans la Révolution française, et puis ça continue avec l'ONU. On affirme que l'homme est libre. Tous les hommes naissent libres. Mais si on approfondit la signification de ce terme, ça veut dire quoi, que l'homme est libre d'après la Déclaration des droits de l'homme ? Qu'il est libre en droit. Il n'est pas libre dans son être.
C'est-à-dire, je ne peux pas ne pas aimer le chocolat fourré. Je ne peux pas faire autrement, ça fait partie de mon déterminisme interne. Et donc quand on m'interdit de manger du chocolat fourré, on porte atteinte à mon droit, mais parce que justement ce qu'on suppose, c'est que je ne suis pas libre.
Il y a aujourd'hui, disons, l'opinion dominante, l'opinion philosophique par rapport à ces questions, c'est ce qu'on appelle le déterminisme. C'est quoi, le déterminisme ? Eh bien, c'est cette affirmation que tous les phénomènes qu'on trouve dans le monde, y compris le comportement humain, sont déterminés à l'avance, ils ne sont pas nuls. Et pour ça, il y a beaucoup de raisons. On peut donner énormément d'explications possibles. C'est de dire qu'il y a un déterminisme astrologique: je cherche dans mon horoscope et je découvre, à ma grande surprise, qu'en février on me prévient que je risque d'attraper une angine.
Et vous voyez d'ailleurs que c'est vrai. J'ai attrapé une angine en février, et surtout parce que je n'avais pas mis de pull-over comme il faut. Mais vous voyez bien que ça marche. Il y a un déterminisme. Maintenant, si ça ne se passe pas, c'est qu'il y a parfois des exceptions à la règle. Mais de manière générale, je suis déterminé. C'est ce qu'on appelle le déterminisme astral.
Il y a une autre opinion qui considère que le déterminisme est biologique. C'est dans mes gènes. Mon code génétique est ainsi fait que je ne peux pas ne pas vouloir faire telle chose. Donc mes actions sont fixées à l'avance.
Il y a une autre forme de déterminisme, qu'on appelle le déterminisme économique. Ça se retrouve par exemple dans le marxisme: il y a ce qu'on appelle la lutte des classes. Je ne peux pas ne pas vouloir faire telle et telle chose parce que ça correspond à ma classe économique. Étant donné que je suis prolétaire, je ne peux pas ne pas faire telle et telle chose. Étant donné que j'appartiens à la bourgeoisie, je ne peux pas ne pas faire tel ou tel choix éthique ou autre.
Et puis il y a également des déterminismes fatalistes. Le fatalisme se trouve chez les Grecs, et on le trouve également dans l'islam, avec le maktoub. Maktoub, c'est-à-dire « écrit ». « Écrit », c'est par exemple quand quelqu'un dit: « Voilà, qu'est-ce que tu reproches à ce vin ? » « Maktoub, c'était écrit. » C'est une vanne de Roland Pacry, bien possible.
Et il y a également le déterminisme éducatif, c'est-à-dire que c'est l'éducation que j'ai reçue qui fait que je suis ce que je suis. C'est l'environnement, c'est tant et tant d'influences de toutes sortes. On a pu passer ici assez rapidement sur un ensemble de conceptions du monde qui toutes considèrent que l'homme n'est pas libre.
Vidéo publiée sur YouTube : voir sur la chaîne d'origine
Dans la même série
7 cours du Rav Oury Cherki, classés par sujet.
- 1
Hilchot Techouva dans le Rambam, un livre à lireLe Rav montre que la techouva efface tout et présente le traité Hilchot Techouva dans le Michné Torah. - 2
La liberté de l'homme selon le Rambam et la TorahPourquoi la mitsva suppose la liberté de transgresser, et ce que le Yovel dit de la liberté. - 3
La techouva selon le Rav Kook face au RambamPourquoi la techouva n'est pas seulement un remède au péché, mais un mouvement de l'être vers l'infini. - 4
Le Rambam et la mitsva de faire techouvaPourquoi le Rambam voit dans la techouva un commandement unique, et ce que cela dit de la formulation de la Torah. - 5
Le Ramban, le Rambam et la mitsva de fonder un ÉtatLe débat entre Rambam, Megillat Esther et les Sages sur la conquête d'Erets Israël et les serments de la Guemara. - 6
Surmonter les épreuves : la sagesse face au mal selon MaïmonidePourquoi la souffrance reste douloureuse même quand elle a un sens, et comment garder l'émouna face au malheur. - 7
Techouva, capara et le jour de Kippour selon le RambamPourquoi le Rambam ajoute que Kippour expie, alors que la techouva suffit déjà à la capara.
Ce cours fait aussi partie de la série « Toutes les vidéos, Rav Oury Cherki ».
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav