Surmonter les épreuves : la sagesse face au mal selon Maïmonide
Pourquoi la souffrance reste douloureuse même quand elle a un sens, et comment garder l'émouna face au malheur.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Techouva, capara et le jour de Kippour selon le Rambam, 49 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour à tous et bienvenue sur la télévision de Machon Meir. Ce cours est diffusé pour la refoua chléma de Rahamim Yehouda Eliézer ben Chayna Kachem, et que nos prières puissent lui apporter une guérison complète et rapide. Personne n'ignore que ce monde n'est pas parfait et que nos vies sont jonchées d'épreuves. À différentes échelles, les individus traversent des épreuves à plusieurs niveaux. Certaines sont la conséquence d'un choix personnel: un départ, un divorce, etc. D'autres proviennent de quelque chose d'extérieur à l'homme, comme une maladie, un accident, la perte d'un proche. Alors comment surmonter ces épreuves ? Comment garder sa émouna, sa confiance en Hakadoch Baroukh Hou, dans ces moments douloureux ? Des éléments de réponse tout de suite avec le Rav Ouri Cherki.
## Pourquoi moi ?
— Rav Cherki, Chalom.
— Chalom, bonjour à tous.
— Bonjour.
— Alors, pour les plus croyants d'entre nous, on se répète sans cesse: Hakol letova, gam zou letova, tout est pour le bien. Mais pourtant, une question nous trotte dans la tête et nous submerge lorsque l'on est confronté à une épreuve douloureuse: pourquoi moi ? Comment réagir, et comment accepter une épreuve ?
Disons que les épreuves sont évidemment douloureuses, mais cela n'a absolument rien à voir avec le monde de la émouna. Je suis toujours surpris d'entendre des gens dire: « Quand j'ai traversé telle épreuve, alors j'ai soit perdu ma émouna, soit je me suis renforcé dans ma émouna », comme si on n'était pas au courant, avant que l'épreuve arrive, qu'il y a des épreuves dans le monde, comme si on ne connaissait pas la souffrance à l'avance. Il est donc assez surprenant de penser
que des gens ont pu élaborer une conception du monde sans tenir compte de l'existence du mal. En fait, la seule chose qui change, c'est la rencontre avec le mal. Le problème n'est pas, disons, de savoir quelle opinion on a sur l'âge du monde, sur la providence ou sur le devenir humain. C'est simplement de savoir comment on peut y être confronté.
Je pense qu'il faut se référer à ce que dit Maïmonide. Maïmonide dit des choses absolument incroyables, disons pour une pensée sensible, dans le Moré Nevoukhim, le Guide des égarés, quand il dit qu'il y a des degrés dans l'insupportable. Il y a ceux qui se révoltent dès qu'ils ont perdu leurs biens, d'autres uniquement quand ils ont perdu leurs enfants, ou d'autres quand ils ont perdu leur santé.
En fait, ce que dit Maïmonide, c'est que tant qu'on a la connaissance, tant qu'on a la connaissance de Dieu, toutes ces épreuves, aussi douloureuses qu'elles soient, ne remettent pas en question notre être. Et il y a une très belle expression: Dat kanita ma khasarta, dat khasarta ma kanita. Si tu as acquis la sagesse, tu ne manques de rien; si tu n'as pas la sagesse, tu manques de tout. Donc la douleur est douloureuse, évidemment, mais elle n'est pas un scandale métaphysique.
Or, l'erreur serait justement là: quand il y a scandale métaphysique, c'est qu'il y a absence de sagesse. Il y a une phrase que l'on dit lorsqu'il y a une épreuve: Baroukh Dayan ha-emet. Dayan, c'est en fait la souffrance, mais ha-emet, la vérité, cela veut dire que nous savons qu'il y a un sens, même si ce sens nous est inconnu. Le fait de savoir qu'il y a un sens est déjà un début de consolation.
C'est d'ailleurs ce qui se passe dans le livre de Job: Job a des souffrances terribles, et Dieu se révèle à lui et lui parle. Job ne comprend rien, et pourtant il est satisfait. Il est satisfait de savoir qu'il n'est pas abandonné. Alors je pense que c'est surtout cela qu'il faut savoir développer: nous ne sommes pas abandonnés. Celui qui nous a créés a donné un sens à notre existence, et donc la souffrance a un sens, même si je ne suis pas à même d'expliquer le pourquoi et le comment, à la manière d'un avocat qui devrait défendre Dieu à tout prix.
Alors on a sans doute été influencé par d'autres cultures ou d'autres civilisations, puisque dans le judaïsme ce n'est pas si manichéen que ça. Il y a le bien et il y a le mal, puisque finalement Hakadoch Baroukh Hou fait toujours les choses pour le bien. Alors comment pouvoir expliquer un mal qui nous ronge ? On n'a pas besoin de l'expliquer du tout: le mal c'est le mal, la souffrance c'est la souffrance. Et encore, il y a du bien.
Si vous êtes capable d'expliquer le pourquoi, cela peut éventuellement vous aider, mais même quand vous avez une explication tout à fait satisfaisante sur le plan intellectuel, la douleur reste la douleur. Quand ça fait mal, ça fait mal. Et d'ailleurs, vous savez que Rabbi Yo'hanan, dans le Talmud, quand on lui a demandé s'il était heureux d'avoir des souffrances, parce que cela supposait qu'il allait avoir un grand salaire, Rabbi Yo'hanan a dit: « Ni les souffrances, ni leur salaire. » Ce qui veut dire, tout d'abord, qu'on pourrait se passer des souffrances. Si les souffrances sont déjà arrivées, alors elles ont un sens, il faut savoir les utiliser. Mais en fait, on aurait pu également s'en passer. De toute manière, la souffrance est une expérience vécue, c'est du vital. Tandis que l'explication, c'est de l'intellectuel. Vous ne pouvez pas mélanger l'intellectuel et le vécu, ce sont deux choses différentes.
Il serait donc ridicule de dire: « Mais je t'ai donné l'explication de ta souffrance, alors pourquoi n'es-tu pas satisfait ? » Parce que l'explication n'est pas faite pour apaiser le vécu. Alors on a une fâcheuse tendance, ou en tout cas à notre échelle naïve, à faire des jugements extérieurs: « J'ai l'impression de bien me conduire, mon voisin non, et il a l'air de mener une vie paisible et heureuse. » Comment essayer de faire un peu abstraction des jugements faciles ?
Tout simplement en comprenant que les jugements ne sont pas faciles, justement. Quand on dit que tout se fait pour le bien, cela ne veut pas dire que vous savez comment. La Torah nous dit: Berechit bara Elohim. Si c'est Dieu qui a créé le monde, cela veut donc dire qu'il ne va pas le laisser dans l'état dans lequel il est. Disons que dans 3 millions d'années, il est tout à fait probable que je comprenne les souffrances que j'ai pu traverser, moi ou les autres, mais cela prendra quand même 3 millions d'années. Alors, pour l'instant, il faut accepter que la souffrance est une véritable souffrance,
qu'elle justifie parfois un comportement de prise de scandale, même si, au niveau de la émouna, nous savons que tout cela a un sens. Il faut surtout éviter de réduire les souffrances à la rétribution du bien et du mal, le sakhar va-‘onech, parce que parfois cela prend des proportions absolument injustes. Vous avez quelqu'un qui est tout à fait juste, et pourtant il a des souffrances. C'est incroyable. Si vous réduisez cela à la rétribution des péchés, cela devient absolument catastrophique. …
Dans la même série
7 cours du Rav Oury Cherki, classés par sujet.
- 2
La liberté de l'homme selon le Rambam et la TorahPourquoi la mitsva suppose la liberté de transgresser, et ce que le Yovel dit de la liberté. - 3
La techouva selon le Rav Kook face au RambamPourquoi la techouva n'est pas seulement un remède au péché, mais un mouvement de l'être vers l'infini. - 4
Le Rambam et la mitsva de faire techouvaPourquoi le Rambam voit dans la techouva un commandement unique, et ce que cela dit de la formulation de la Torah. - 5
Le Ramban, le Rambam et la mitsva de fonder un ÉtatLe débat entre Rambam, Megillat Esther et les Sages sur la conquête d'Erets Israël et les serments de la Guemara. - 6
Surmonter les épreuves : la sagesse face au mal selon MaïmonidePourquoi la souffrance reste douloureuse même quand elle a un sens, et comment garder l'émouna face au malheur. - 7
Techouva, capara et le jour de Kippour selon le RambamPourquoi le Rambam ajoute que Kippour expie, alors que la techouva suffit déjà à la capara.
Ce cours fait aussi partie de la série « Rav Oury Cherki, en direct du Machon Meir ».
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav