L'affaire Dreyfus et la mitsva de se souvenir de l'histoire
Pourquoi étudier l'histoire juive contemporaine, puis comment l'affaire Dreyfus commence en octobre 1894.
Rav Élie Kling
Ensuite : Théodore Herzl, un fondateur controversé, 1 h 45
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Est-ce que c'est une mitsva d'étudier ? C'est écrit où ? C'est quoi le pasouk ? — Pardon ? — Non, je ne parle pas du, c'est du fromage, ça. Où est-ce que c'est écrit que c'est une mitsva d'étudier ?
Zakhor yemot olam, binou chnot dor vador, cha'al avicha veyagguidcha, zeqenecha veyomrou lakh. Vous connaissez ce passage ? Zakhor yemot olam, c'est-à-dire: souviens-toi. Zakhor yemot olam, les jours passés. D'accord ? Souviens-toi des jours passés. Binou chnot dor vador, « comprenez les années de génération en génération ». Non seulement il faut connaître. Zakhor.
Mais il faut également comprendre. La raison pour laquelle, apparemment, c'est une mitsva, c'est que l'histoire juive est une manifestation de la hachgacha. Il y a plusieurs manifestations de la hachgacha. Dans le monde, il y a, je ne sais pas, la nature par exemple: il y a des gens qui voient la hachgacha, qui voient la main d'Hachem dans le fait que le soleil se lève, le soleil se couche, etc., et qui voient à travers cela Mah rabou maassekha Hachem, etc. Tu peux voir la hachgacha d'Hachem dans…
…l'étude du Maharal, l'étude du Houmach, enfin, voir à quel point un livre peut être étudié pendant des siècles sans jamais avoir livré tout ce qu'il renferme comme secret. Là-bas, tu peux voir la hachgacha. Et puis il y a une troisième manière de voir la hachgacha, c'est dans l'histoire, en particulier dans l'histoire juive. C'est pour cela qu'il est écrit Zakhor yemot olam. Rappelez-vous: il y a une mitsva de se rappeler les jours passés, donc d'étudier l'histoire.
Pas seulement de la connaître, mais également de la comprendre. D'ailleurs, la fin du pasouk, c'est: demande à ton père, il te racontera; à tes anciens, ils te diront. C'est-à-dire qu'en fait, tu as deux mitsvot et deux adresses pour te rappeler ce qui s'est passé.
Demande à ton père, il va te raconter, parce que le père a la mémoire de ce qui lui est arrivé; il va te raconter ce qui lui est arrivé, ce que son père à lui lui a raconté, etc. Comme ça, tu connaîtras l'histoire. Mais si tu veux vraiment comprendre, tous les papas ne sont pas obligatoirement des Talmid Hakhamim qui puissent comprendre comment cette histoire fait avancer le projet de la Gueoula. Donc si tu veux comprendre comment ça marche, il faut demander à ce moment-là aux Hakhamim, pour essayer de comprendre les choses d'abord.
C'est la vine, c'est la binah d'avar: de quelque chose, tu peux essayer de comprendre autre chose. Donc, si tu veux avoir cette connaissance-là, approfondie, zeqenecha veyomrou lakh, il faut le demander à tes anciens, aux Hakhamim, les Zeqenim: ce sont ceux qui te diront ce qui se cache derrière l'histoire. Vous voyez que ce n'est pas une simple histoire que de raconter l'histoire. — Pardon ?
Pasouk zayin. Ok. Ha'azinou hachamayim, Zakhor yemot olam, binou chnot dor vador, cha'al avicha veyagguidcha, zeqenecha veyomrou lakh. En plus, comme c'est une poésie, c'est écrit dans la Torah, en deux colonnes, et c'est ce qui permet justement, comme le dit le Netsiv de Volozhin, de comprendre que la première colonne, Zakhor yemot olam, a pour adresse cha'al avicha. Pour savoir ce qui s'est passé, il faut demander à son père.
Pour comprendre ce qui s'est passé, il faut demander à ton zaqen. D'accord ? Tout cela pour vous dire que ce n'est pas du bitoul Torah que nous allons faire. Non, parce que je lisais sur vos fronts plissés: vous me posez la question, mais est-ce que ce n'est pas un bitoul Torah ? Non, ce n'est pas un bitoul Torah. C'est une obligation de la salle. Mais cela ne veut pas dire que c'est un bitoul Torah. Ok ? C'est clair ?
Donc, ce que nous allons étudier cette année, c'est ce que la salle demande, en fait: c'est-à-dire les 100 dernières années. Les 100 dernières années, donc l'histoire juive contemporaine. Ces 100 dernières années peuvent commencer avec plusieurs événements qui sont passés plus ou moins innocemment. Moi, j'ai choisi de commencer par l'affaire Dreyfus, parce que, d'abord, nous sommes de culture francophone, et que cela s'est passé justement en France. Et ensuite parce que cela a eu des répercussions importantes sur l'histoire juive en général. Donc, l'affaire Dreyfus. C'est bien ? Ensuite, je vous donne le plan.
Voilà. Bien. Alors nous sommes…
Le samedi 13 octobre 1894. Le capitaine Alfred Dreyfus, qui est en permission, dans son immeuble un peu bourgeois parisien, s'apprête à passer un week-end sympathique, comme il les aime, c'est-à-dire avec sa femme Lucie et ses deux petites filles. En plus, il fait beau, bien que ce soit le mois d'octobre.
Il a l'intention de se balader samedi et dimanche. C'est quand même curieux, parce qu'il vient de recevoir une lettre, et la lettre lui signifie une convocation militaire. Il est habitué aux convocations depuis qu'il est à l'armée. En général, quand il y a une convocation militaire, surtout pour ce qu'ils appellent là-bas une parade, c'est-à-dire pour voir si tout est en ordre, un contrôle d'état-major, on est prévenu un petit peu à l'avance.
Là, on lui signifie dans cette convocation que c'est lundi matin qu'il doit se rendre à la caserne pour cette fameuse inspection de l'état-major. Cela l'étonne un petit peu, mais il se dit: à l'armée, on ne pose pas de questions. Et ce qui l'étonne encore plus, c'est qu'à la fin de la convocation, il est écrit:
Tenue bourgeoise. Tenue bourgeoise, c'est-à-dire: venez en civil. En général, pour une inspection militaire, tout le principe est d'arriver en tenue militaire. Mais enfin, à l'armée, on ne pose pas de questions. En tout cas, ce n'est pas cela qui va lui gâcher son plaisir et son week-end. Il passe donc un très joli week-end. Ensuite, comme c'est un juif alsacien, — qui c'est qui est alsacien ? Qui vient de Strasbourg ? Personne ?
Personne ? Ah, cette année, ils n'en ont pas pris ? On avait dépassé le quota l'année dernière, je pense. Il n'y en a pas eu. Les juifs alsaciens, vous ne le savez peut-être pas: savez-vous comment on les appelle en Israël ? On les appelle les Yekim. Les juifs alsaciens sont des juifs qui ont pris, dans leur personnalité, dans leur manière d'agir et de penser, un peu de la population ambiante. Comme d'ailleurs les juifs d'Afrique du Nord ont pris un certain nombre de
coutumes, de plats, de ce que faisaient leurs voisins, comme les juifs de Pologne, etc. Donc on a tous un petit peu l'environnement qui déteint sur nous. Les Alsaciens non juifs ont pris un certain nombre de choses, par exemple l'amour de l'ordre. C'est comme ça qu'on les reconnaît, parce que les autres juifs, en général, qu'ils soient de Pologne ou d'Afrique du Nord, ce n'est pas vraiment l'ordre qui est leur théorie. Donc l'ordre,
la ponctualité, et si possible également l'esthétique. Voilà. On lui dit donc de venir à 9h, lundi matin. Il va se pointer à 9h45 pour être sûr de ne pas être en retard, …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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