Herzl, la controverse et l'audience avec le pape
Pourquoi le nom de Herzl suscite encore des polémiques, et ce que sa rencontre avec le pape révèle.
Rav Élie Kling
Ensuite : Herzl, le renouveau de l'idéal sioniste dans la politique israélienne, 1 h 55
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— Je voulais, Rav Kling, avant de vous donner la parole, ce qu'on pensait de Herzl. Je suis avec ce fameux livre de Georges Yitzhak Weiss, et il l'ouvre et dit ce qu'on pensait de Herzl, ce que lui-même pensait avant de faire huit ans de recherche. Il pensait que Herzl était un juif assimilé, journaliste en poste à Paris, secoué par la dégradation du capitaine Dreyfus, et qu'il a été amené à chercher une réponse à l'antisémitisme sous la forme d'un refuge territorial quelconque pour le peuple juif, n'importe quel territoire faisant l'affaire. Voilà, en introduction, dites-nous ce que vous en pensez.
Bé'chavod Oui, en effet. Le côté controversé de Herzl m'a toujours épaté. Ce n'est pas qu'on ait jamais eu de personnalités controversées dans l'histoire juive, la liste est très longue. Maïmonide, on a brûlé ses écrits. Spinoza, Hasha, Moché Rabbénou lui-même a été controversé. Dans l'histoire politique récente d'Israël, Jabotinsky, qui était un grand sioniste, l'autre Zeev, l'autre grand Zeev du sionisme, pendant longtemps on n'a même pas voulu ramener son corps en Erets Israël, il fallait attendre que les choses se calment. Aujourd'hui, tous ces gens-là cohabitent, et leurs querelles ne sont plus que des querelles d'historiens. Le temps apaise.
Les polémiques, en général, s'apaisent. Mais pour Herzl, je ne sais pas comment vous expliquer, on a l'impression que les polémiques ne s'arrêtent pas, ne faiblissent pas. Je vais vous raconter une histoire qui m'est arrivée il y a quelques années. J'étais invité à animer la fête de Pessa'h à Eilat, dans un hôtel. Évidemment, je suis allé, on ne m'a pas refusé d'aller dans un hôtel à Eilat. À part le seder communautaire, je devais, pendant Hol HaMoed, donner quelques divré Torah. À un moment, entre Min'ha et Arvit,
je fais un petit chiour et je cite Herzl. Je m'en rappelle très bien, à quelle occasion et dans quelle occurrence: ce n'était pas pour lui lancer des fleurs, c'était au contraire pour dire ce que je pensais de ce qu'il avait dit sur l'Ouganda à l'époque, etc. À peine ai-je prononcé le nom de Herzl... j'ai prononcé le nom de Herzl, et il y a un titre qui se lève.
Quelqu'un qui était assis en face de moi se lève, il devient tout rouge, il prend un tallit et le pose sur l'Aron HaKodech, qui était déjà fermé, en disant: il y a des noms qu'on ne prononce pas dans Beit HaKnesset, il y a des noms qu'on ne prononce pas dans Beit HaKnesset. Je voyais à quel point c'était sincère. Comme j'étais en vacances là-bas, à Eilat, je n'étais pas là pour faire de la polémique, donc je n'ai rien dit, je n'ai pas soulevé le sujet. Mais il
était toujours très énervé à la fin, donc après, vite, je suis allé le voir et je lui ai dit: mais qu'est-ce qui s'est passé de si grave ? Il m'a répondu: j'ai prononcé le nom de Herzl, c'est ça le problème. Il a dit: vous savez très bien qu'on ne prononce pas le nom de Herzl dans une synagogue. Je lui ai dit: mais je crois pas, j'avais prononcé le nom de Spinoza, vous auriez réagi de la même façon. Et là il m'a dit: mais vous savez bien
que ce n'est pas la même chose. Vous savez bien que ce n'est pas la même chose.
C'est très intéressant de voir que, des années, plus d'un siècle après sa mort, son nom suscite encore tant de réactions. La vérité, c'est que le nombre d'opposants à Herzl a quand même beaucoup diminué par rapport à ce qu'il était à l'époque. Heureusement, parce que son œuvre a réussi, parce que son projet s'est réalisé, et parce que cela devient un peu ridicule de continuer à s'opposer à quelque chose qui a marché. Mais malgré tout, ceux qui continuent à être opposés à l'idée de Herzl et à ses réalisations continuent à en faire le représentant même du Sitra Ahra, de tout ce qu'il ne faudrait pas admettre à l'intérieur de nos serres, les serres de l'orthodoxie bien-pensante, etc. C'est très impressionnant. Franchement, c'est très impressionnant de voir à quel point un homme continue à susciter autant de polémiques, autant de controverses.
Alors je me suis posé la question: pourquoi ? Comment se fait-il que ce soit comme ça ? Peut-être que c'est justement parce que cela a réussi. Et le fait que cela ait réussi, c'est peut-être ce qui suscite la violence verbale de tous ceux qui ne voulaient pas que ça réussisse, ou qui misaient sur le fait que ça ne réussirait pas. Mais je pense qu'il y a aussi des raisons plus profondes. Et ton introduction, Yoann, me permet de rebondir là-dessus. Il y a sans doute des réactions, des raisons plus profondes, j'y reviendrai dans un instant. Mais vous savez que l'une des choses qu'on reproche... il suffit de faire une petite recherche sur le net. Vous verrez qu'il y a des vidéos qui circulent.
Par des Rabbanim, par des organisations religieuses, par des Rabbanim dont le seul but est justement de noircir le personnage de Herzl. D'ailleurs, il y en a qui ont été traduites en français. Je vous conseille de regarder. Ou pas, mais en tout cas ça existe. Et ce qui est intéressant, c'est que l'une des choses qu'on lui reproche énormément... je m'excuse, je n'ai pas assisté à tout le Limoud, donc je ne sais pas exactement de quoi les autres ont parlé avant moi. Cela me permettra une bonne excuse
pour être bref et pour ne pas trop raconter, j'ai peur de redire des choses qui ont déjà été dites. Mais je ne sais pas si vous avez déjà parlé de l'un des reproches les plus virulents, et peut-être les plus justifiés d'ailleurs, que l'on fait à Herzl: celui d'avoir voulu convertir des enfants juifs de Vienne. Il avait un projet de conversion. Et j'ai vu dans ces vidéos qui circulent sur lui que Herzl n'avait pas réussi à faire son projet de conversion et rester fidèle à son idée.
Et comme il n'arrivait pas à convertir les juifs un par un, il aurait essayé de les convertir à l'échelon national. Donc il a voulu fonder un pays laïque pour que cette assimilation se fasse, ou cette conversion chrétienne, si vous voulez, se fasse de manière nationale. Ce qui est évidemment un non-sens. Et je vais vous montrer précisément l'évolution du personnage de Théodor Herzl.
D'abord, comment sait-on qu'il avait eu, à un moment, cette idée de convertir les enfants juifs de Vienne ? On le sait uniquement parce qu'il l'a écrit. L'une des choses qu'on ne peut pas reprocher à Herzl, c'est son honnêteté. Il savait très bien qu'en écrivant dans son Yoman, dans son journal, cette anecdote, que cela lui était passé par l'esprit, et même qu'il avait imaginé comment les choses devraient se dérouler, il savait bien qu'étant donné ce qu'il est devenu, les gens se serviraient de ça pour l'attaquer. Mais il ne lui est jamais venu à l'esprit d'effacer ou de censurer. Parce que l'homme est honnête. Comme il le dit dans son …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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