Pourim, les vêtements de lumière et le rachat qui revient
Pourquoi les sages taisent le nom d'Haman, et ce que signifie perdre ses vêtements de lumière en exil.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : La fête de Pourim, 47 min
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Alors, on remercie tous les rabbanim qui ont précédé et qui vont succéder, les aides, pour être toujours des passeurs de lumière, j'allais dire. Et qu'on soit nous aussi dans ce programme. Alors aujourd'hui, avec votre permission, je voudrais parler des vêtements qu'on appelle bigdei or yakar dans le langage kabbalistique, c'est-à-dire des vêtements de lumière, des vêtements chers à Kadosh Baruch Hou. Donc, la Guemara pose la question dans le traité de Meguila, à la page 12. Les élèves de Rabbi Chimon bar Yochaï lui posent la question: pourquoi les enfants d'Israël de cette génération, de Mordekhaï et Esther, ont-ils été condamnés à ce pogrom ?
Amar lahem, il leur répondit comme un bon juif: « Dites-moi, vous, la réponse. Je ne vais pas vous faciliter la tâche. » Amru lo, les élèves lui dirent: « Parce qu'ils ont profité de ce fameux plat, de ce fameux festin, de ce fameux rachat. »
Alors, les questions qui se posent sont au minimum trois, il y en a beaucoup d'autres, mais je me limite. Mi, ota seouda ? Qu'est-ce que c'est que cette séouda ? Deuxième question: Mi hou oto racha ? Qui est ce fameux racha ? Et troisième question: pourquoi les élèves de Rabbi Chimon bar Yochaï ne disent-ils pas son nom ? D'accord ? Ils auraient pu dire: parce qu'ils ont mangé dans le festin d'Achashverosh. Ils ne disent pas cela. Ça veut dire qu'il y a quelque chose de beaucoup plus puissant dans leurs paroles, et on va essayer, avec votre permission, de comprendre cela.
La réponse: à chaque génération, poch'é oto racha, je reprends l'expression de nos sages, ce fameux racha. Chaque génération, c'est toujours le même racha, mais qui change de vêtement. Et c'est pourquoi les Sages, les élèves de Rabbi Chimon bar Yochaï, ne voulaient pas dire son nom, pour ne pas enfermer l'idée dans Achashverosh. S'ils l'avaient fait, on aurait dit, nous aujourd'hui: ce n'est plus du tout Achashverosh, donc on n'a pas de souci. Les élèves de Rabbi Chimon bar Yochaï sont sages et nous disent: faites très attention, ce fameux racha, je ne veux pas dire son nom, parce qu'il reviendra à toutes les générations, et il va se vêtir à chaque fois avec des vêtements différents.
Autrement dit, le fond même du mal reste. Ce ne sont que les vêtements qui changent. Autrement dit, si je ne comprends pas ce secret, je risque de me tromper et de voir la Meguila comme quelque chose qui relève du passé.
Et les sages nous disent quelque chose de très important, et maintenant je passe à la halakha. Si je lis la Meguila, et admettons que je me sois trompé dans un passage et que j'en aie sauté un, les gens de la synagogue, ou bien les gens pour lesquels je lis, me disent: « Tu t'es trompé, tu as sauté un passage, donc je vais reprendre le passage que j'ai sauté et je continue plus tard. » Pourquoi est-ce interdit ? Parce que la Meguila, et je vais vous dire
maintenant la façon de dire de nos sages, la formulation des choses, est extraordinaire: je ne peux pas lire la Meguila à l'envers. Qu'est-ce que ça veut dire, à l'envers ? Ça veut dire que je ne peux pas, en réalité, laisser la Meguila dans le passé, dans le temps où elle s'est passée. Je suis obligé de la traduire au présent, donc je ne peux ni sauter, ni reculer, ni avancer.
Moralité: il s'agit de vêtements. Les vêtements, ce sont des écrans sur lesquels je vais projeter, en réalité, tout le film, toute l'idée divine qui se cache à l'intérieur. Qui donc a profité de ce repas, de ce fameux racha ? Vous avez compris maintenant qu'il ne s'agit pas seulement de ceux qui ont profité du repas d'Achashverosh à cette époque-là.
Et là, je vais dire quelque chose qui fait un petit peu mal: malheureusement, ce fameux racha se répète tout au long de l'histoire. À chaque fois qu'un juif ne se trouve pas sur sa terre, il est considéré comme s'il était en train de manger, de profiter de la séouda, de ce fameux racha, parce qu'il ne mange pas, il ne consomme pas le repas de Dieu, car le repas de Dieu, à la table de Dieu, ne se donne qu'en Erets Israël.
Je sais que c'est difficile, ce que je suis en train de dire, mais vous allez voir que je le prouve dans le texte même de la Meguila et dans les halakhot. On vous a sûrement parlé, malheureusement je n'ai pas pu assister à tous les cours, de la destruction d'Amalek, de l'obligation de détruire Amalek. Mais comment est-ce que vous détruisez Amalek ? Avez-vous la possibilité de détruire Amalek en étant je ne sais où dans le monde ? Pas du tout. Il est impossible de détruire Amalek en dehors d'Erets Israël.
Et pourquoi ça ? Tout simplement parce que le Rambam fixe dans la halakha que lorsque le peuple d'Israël revient sur sa terre, il doit accomplir trois mitsvot. La première mitsva, c'est de se donner un roi. La deuxième mitsva, c'est de partir en guerre contre Amalek. La troisième mitsva, c'est de construire le Beth Amikdash. Alors je vous pose une question: pourquoi dans cet ordre-là ? Tout simplement parce que s'il n'y a pas de roi, je ne peux pas partir en guerre contre Amalek. Et le roi n'étant
pas possible pour le peuple d'Israël en dehors d'Israël, je ne peux pas, en réalité, sortir contre Amalek, si ce n'est lorsque le peuple d'Israël est sur sa terre avec un roi. D'ailleurs, le passage que nous avons lu hier matin, tout le Chabbat, « Zakhor » et « Asher assa lekha Amalek », c'est écrit textuellement. On ne peut pas faire semblant de ne pas comprendre: c'est seulement quand tu es sur la terre que Dieu te la donne.
Alors c'est facile de dire que Amalek, c'est le doute, que Amalek, c'est le mauvais penchant, que Amalek, c'est très vrai, tout ça. Mais je ne peux pas sortir du texte et du contexte. Je ne peux pas traduire la Torah seulement en valeurs virtuelles. Tu vas sortir contre ton yetser hara, tu es bien gentil, mais ce n'est pas ce qui est écrit dans le texte. Je ne peux pas sortir contre Amalek si je ne suis pas souverain sur ma terre.
Et donc, lorsque le peuple d'Israël ne se trouve pas sur sa terre, alors que nous avons une terre, alors que nous avons une indépendance, alors que nous avons une souveraineté, ça veut dire que ça ne t'intéresse pas. Donc tu retombes, en réalité, dans la même faute que les Juifs de l'époque de Mordekhaï et d'Esther. Puisque là-bas aussi, ils devaient rentrer en Erets Israël, puisque l'exil était terminé, et ils traînaient. Et Haman, qui voit ce phénomène se dérouler devant ses yeux, se dit: mais attends, ils sont malades, ceux-là. Il y a un peuple qui est normalement sur sa terre, il est …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
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