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Yoël Benharrouche : entre art, Kabbale et Torah

Un entretien où le rav explique comment peindre et chanter se concilient avec la halakha et la Kabbale.

48 min

Rav Yoël Benharrouche

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

— Shalom Rav. Shalom. Ma première question va porter sur la manière dont vous souhaitez que je vous appelle au cours de l'entretien, puisque pendant des mois je vous ai appelé Rav Yoël Benharrouche, et puis on a appris à se connaître, et maintenant je vous appelle tout simplement Yoël. Alors, comment est-ce que je vous appelle ? Yoël ou Rav Yoël ? Et finalement, on en vient à la question: qu'est-ce qu'un Rav ?

Rav Yoël Benharrouche: Alors, je n'attends pas du tout qu'on m'appelle Rav, je préfère qu'on m'appelle par mon prénom.

Vous savez, le prénom de quelqu'un, c'est quelque chose d'immense, de très profond. C'est une direction de vie, un sens de vie. Donc, je préfère être dans la simplicité. D'ailleurs, vis-à-vis de l'infini, il vaut mieux être dans cette humilité, dans cette simplicité. Donc, aucun titre.

— Yoël, c'est parfait. Très bien. Donc, je vous appellerai Yoël pour tout le reste de notre entretien. Yoël, vous avez une particularité. Vous êtes Rav, mais vous êtes aussi…

Rav Yoël Benharrouche: Un artiste peintre.

— Et ça, c'est assez rare dans notre histoire. Quand on regarde nos maîtres, ils étaient physiciens, mathématiciens, médecins. On en a peu connu des Rav artistes. Alors, ma seconde question, c'est: est-ce que ce n'est pas un petit peu lourd à porter, ça ? Est-ce que ce n'est pas compliqué d'être un Rav et en même temps un artiste peintre ?

Rav Yoël Benharrouche: D'abord, la définition de Rav, en hébreu, c'est celui qui a une connaissance assez importante de la racine du mot rav. Donc le Rav, c'est quelqu'un qui a acquis, au fur et à mesure de sa vie, une connaissance au niveau de la Torah, de ce que représente en fait tout le paravent de toute la Torah entière. C'est vrai qu'il est plus facile de trouver des rabbanim qui sont au niveau de la science, mais il n'est pas rare, et de moins en moins rare, de

trouver des enseignants, des Rav, des maîtres qui sont liés à l'art. Notamment parce qu'il y a eu l'introduction beaucoup plus forte de la chassidout, du chassidisme et de la Kabbale; eh bien, on est beaucoup plus proche de l'art que de la science. Et donc, il n'est pas rare aujourd'hui de trouver des gens versés dans la partie cachée de la Torah, dans la Kabbale, et qui soient en même temps artistes, parce qu'en réalité il y a ici une notion commune qu'on appelle émouna. Émouna, qui veut dire

la émouna, dans une traduction que je n'aime pas trop, mais omanout, qui est en réalité l'art. Et la même racine se trouve donc dans les trois lettres Amen, dont la véritable traduction, c'est être capable de traduire à l'extérieur quelque chose que nous avons au plus profond de soi.

C'est ce qu'on appelle la émouna, c'est la certification de quelque chose d'immense: arriver à le plaquer, ou à le décrire, à le construire, à le placer sur une œuvre d'art, que ce soit une écriture, que ce soit une sculpture, que ce soit une peinture, ou bien que ce soit du verbe, tout simplement. La capacité à traduire quelque chose de très profond vers l'extérieur, c'est ce qu'on appelle Amen.

— Oui, j'entends ce que vous dites, mais c'est bien joli. Mais lorsqu'on se place d'un point de vue pratique et non d'un point de vue conceptuel, vis-à-vis de la halakha, on ne peut pas écouter une femme chanter, on ne peut pas danser avec une femme, on ne peut pas peindre des hommes ou des femmes nues, par exemple. Comment un artiste peut-il s'exprimer dans un cadre aussi rigide ?

Rav Yoël Benharrouche: Alors, effectivement, il y a quelques règles à maintenir. Vous savez, au niveau de la Kabbale, l'art, on peut le placer dans une des sphères. Vous savez, on parle de dix sphères. L'art se trouve dans le Hod. Il faut tout simplement le lier à la sphère d'avant, qui est juste en face de Hod, c'est-à-dire le Netzah. Si je me relie au Netzah, je traduis simplement à l'éternité, eh bien, il n'y a plus aucun problème. Tous les problèmes au niveau de la halakha, c'est de

tomber justement dans l'hérésie, de tomber dans la déconnexion entre l'art appliqué et la source divine de cette chose-là. Je ne suis pas dans cette optique, donc je ne vois aucune interdiction, je ne fais pas quelque chose qui est anti-halakha. Je suis justement dans la réconciliation entre l'infini et le monde, entre le transcendant et l'immanent, entre le Créateur et la création. Donc finalement, tout ce qui est dans ce monde-là, à condition d'être justement dans cette ligne de conduite et de vision, eh bien, il n'y a aucun

problème. Au contraire, c'est traduire la beauté de l'infini dans le monde du fini.

— Alors, vous avez commencé à aborder les séphirot, qui sont des concepts kabbalistiques développés par nos grands kabbalistes. On ne va pas pouvoir faire une heure sur la Kabbale, mais si on voulait synthétiser en quelques mots le message de la Kabbale, la Kabbale, c'est quoi ?

Rav Yoël Benharrouche: Eh bien, la Kabbale, c'est très simple. En fait, ce sont les hommes qui ont tout compliqué. Il y a un texte en hébreu que j'adore: Dieu nous a créés simples et droits. C'est eux, les hommes, qui ont commencé à faire des calculs et des comptes, et tout est devenu compliqué. La Kabbale, c'est tout simplement, en hébreu, les kabbel, recevoir. Donc la Kabbale, c'est l'art de savoir recevoir, capter ce qui est autour de nous. L'infini, béni soit-il, est là. Tout est présent. Il faut savoir recevoir, être un capteur d'énergie, être un écran sur lequel le film de l'infini se projette, être un ustensile de réception et de perception. Les kabbel, tout simplement. Donc étudier la Kabbale, je traduis réellement, textuellement, c'est étudier la réception, la réception de cette lumière divine qui nous entoure.

— Pourtant, lorsque j'étais à l'école, on m'a toujours appris que la Kabbale, c'était dangereux. C'était une matière éminemment explosive, inflammable, et qu'il ne fallait pas étudier la Kabbale avant 40 ans. Alors, qu'en est-il de cette interdiction ? Est-ce qu'elle est toujours d'actualité ?

Rav Yoël Benharrouche: Cet avertissement de ne pas étudier la Kabbale avant 40 ans est déjà périmé depuis à peu près 150 ans, depuis l'arrivée du Ari Hakadosh, dont le Zohar lui-même nous dit que cette interdiction n'était même pas une interdiction: c'était que le monde n'était pas assez mûr pour cette étude. Mais vous savez que les choses qui sont interdites à un moment donné deviennent obligatoires à l'enseignement à une autre époque. Un homme ou une femme, on ne va pas leur parler de sexualité, mais la veille de leur mariage, ils ne savent pas ce que c'est. C'est une catastrophe au niveau de leur couple. Donc ce qui était interdit, ou bien mis de côté pendant des années, est aujourd'hui quelque chose de très important, de capital, de central dans notre vie. Et donc il n'y a non seulement pas à avoir peur, mais je dirais l'inverse. …

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