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Les quatre langages de la Gueoula et la cinquième coupe

Les quatre verres de Pessah suivent les quatre étapes de la sortie d'Égypte, et la cinquième coupe ouvre sur la Gueoula d'aujourd'hui.

1 h 11

Rav Élie Kling

Ensuite : La sortie d'Égypte et la dignité de chaque homme, 24 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

En direct sur l'île Maud. Shalom à toutes et à tous. On a le plaisir de se retrouver pour une nouvelle rencontre avec le Rav Eytan Fiszon. Toujours parler de Torah et d'actualité. Et ce soir, le cours tout particulièrement porte sur l'Éloui Mishmat et sur Joseph Durand.

Parce que ce soir, c'est Chloshim du soldat Yosef Durand, qui est tombé au combat à Gaza, et qui est issu d'une famille francophone. J'ai décidé, Rav Kling, ce soir, de nous parler d'un thème qui est lié à la paracha, mais également à l'époque que nous sommes en train de vivre, puisque tu veux nous parler des Arba Lechonot, les quatre langages de la Gueoula, les quatre langages de délivrance. On a commencé Chemot. Chemot, c'est aussi le livre qui est appelé par le Rambam le livre de la Gueoula, le livre de la délivrance.

Et ces quatre lechonot, on les connaît bien à Pessa'h, et on les découvre dans les paracha'ot qu'on vient de lire. *Bereshit, Rav Tewi...

Ouais, alors en fait, ça commence par un minhag que tout le monde connaît, une habitude que l'on a à Pessa'h, justement, comme tu dis: c'est de boire quatre verres de vin. On a l'habitude de boire quatre verres de vin le soir du Seder. Et il n'y a pas de verset dans la Torah qui dise le soir du Seder, le 14 et le 15 de Nissan, qu'on a l'obligation de boire quatre verres de vin. Il n'y a pas de mitsva de la Torah de boire ces quatre verres. Donc c'est ce qu'on appelle une mitsva derabanan, c'est-à-dire que ce sont les rabbins qui ont instauré cette habitude de boire quatre verres de vin. Sur quoi ça se base ? Quelle est la situation de ces quatre verres ? Pourquoi quatre, justement ?

Ce n'est pas très clair, enfin, ce n'est pas que ce soit peu clair: il y a plusieurs explications possibles dans le Talmud. Et l'explication la plus connue, celle qui est retenue en général, c'est celle qui fait allusion aux quatre étapes de la libération d'Égypte. Le plan divin est donné au début de la paracha de Vaéra, qu'on lit le Chabbat. Dieu dit à Moshé: d'accord, ça s'est mal passé jusqu'à maintenant. Ton premier essai devant Pharaon s'est soldé par un échec puissant: non seulement il n'a évidemment pas

voulu laisser partir le peuple, mais en plus les conditions de travail ont été aggravées. Voilà qu'il doit maintenant chercher lui-même la paille pour faire les briques, avec le même rendement. C'est horrible. Et donc tu te plains, évidemment. Tu te dis: mais comment ça se fait ? Eux-mêmes se sont plaints à toi: « Vous auriez mieux fait de rester chez vous. Depuis que vous êtes arrivés, ça allait encore, maintenant c'est pire. » Et Moshé répercute cette frustration devant Dieu lui-même, en disant: tu vois, je te l'avais

dit, c'est toi qui m'as forcé à y aller, et finalement tu ne nous aides pas.

Ça, c'était la paracha de la semaine dernière. La paracha qu'on a vue cette semaine commence en effet par une sorte de volonté de la part de Dieu de calmer la frustration de Moshé, et donc du peuple également, et de lui dire: ne t'inquiète pas, tout est prévu, tout est sous contrôle. Il y a un plan, et le plan, le voici. Et le plan est en quatre étapes. Et comme il y a quatre étapes du plan de la Gueoula, du plan de la sortie d'Égypte, de la

libération, eh bien nos sages ont décidé que, pour représenter ou symboliser ces quatre étapes, il fallait boire quatre verres de vin. Le vin, tout le monde le sait, c'est un symbole de joie, de bonheur, de fête, de festivité. Il y a donc quatre moments où il faut remercier, où il faut être heureux de ce qui nous arrive, parce que ce sont des étapes successives vers la libération définitive, la sortie d'Égypte, etc.

C'est donc ce qu'on appelle une mitsva derabanan, une mitsva des rabbins. Même s'il y a en effet quatre étapes qui sont écrites dans le texte de la loi écrite, comme il n'y a pas de rapport direct entre ces quatre étapes et les quatre verres de vin, cette idée qu'il fallait boire quatre verres de vin en souvenir des quatre étapes est une institution des rabbins. Ce n'est pas quelque chose qui a été demandé par la Torah elle-même. Très bien. Où est le problème ? Le problème, c'est

qu'en général, lorsque c'est une institution rabbinique et non pas quelque chose qui provient de la Torah, dans des cas extrêmes on est beaucoup plus coulant, beaucoup plus conciliant. Si, par exemple, l'application de cette mitsva occasionne des pertes financières énormes, ou d'autres cas où l'on peut se mettre en danger, même minime, et que ce sont les rabbins qui ont instauré la chose et non la Torah, en général on est plus souple.

Autre point de surprise: dans le dixième chapitre du traité de Pessa'him, qui parle donc de Pessa'h, et qui est consacré au Seder de Pessa'h, à la manière dont doit se dérouler la soirée pascale, ce chapitre commence par une sévérité concernant ces quatre verres de vin, alors que, pour quelque chose qui provient uniquement des rabbins, on n'a pas l'habitude d'être aussi strict.

On remercie évidemment notre ami Yoann d'avoir préparé tout ça. Je suis toujours épaté qu'il réussisse à préparer ses... ses choukoufiyot, là, ses trucs, alors que moi je lui envoie les textes quelques minutes avant. Je ne sais pas comment il fait. Enfin bon. Vous voyez la première Mishna, c'est la première Mishna du dixième chapitre. Voilà ce qu'elle nous raconte: Arvei Pessa'him, le soir de la veille de Pessa'h, donc le soir du fameux Seder. Avant, pendant l'après-midi, Samoukh lamincha, on n'a pas l'habitude de manger jusqu'à la nuit. C'est-à-dire que la veille de Pessa'h, avant le Seder, on fait attention, l'après-midi, de ne pas trop manger. Pourquoi ? Pour rentrer dans la fête avec appétit. D'ailleurs, c'est une loi qui vaut également pour les veilles de fête, les veilles de Chabbat* également. Et c'est bon de rentrer dans la fête avec appétit. On s'abstient donc de faire de gros repas juste avant.

Bien. Mais là où ça devient curieux, c'est la suite. Cette loi concernant l'obligation de prendre un repas de fête le soir du Seder concerne tout le monde, y compris les pauvres. Ça, ça se comprend, puisqu'il n'y a évidemment pas de raison de faire une différence de classe: pauvres comme riches, on est tous sortis d'Égypte, et donc on doit évidemment participer aux festivités. Et si ça demande de faire un repas, il faut faire un repas. Et là, tout d'un coup:

Il est absolument interdit de prendre moins de quatre verres de vin, même s'il s'agit d'un pauvre qui est tellement pauvre qu'il se nourrit aux restos du cœur. Ce n'est pas écrit exactement aux restos du cœur, puisque Coluche n'existait pas encore à l'époque, mais c'est écrit, et c'est ça, en fait: la soupe populaire. Tout le monde …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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