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Le deuil, le Kaddish et l'optimisme d'Israël

Un père témoigne de la mort de son fils Joseph à Gaza et du sens du Kaddish.

18 min

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Ensuite : Gaël Grunewald : reconstruire les kibboutzim de Gaza, 21 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

— Et tous nos soldats qui sont montés. Et Eli et Rachel, je sais que Rachel nous écoute. Vous êtes les parents de Joseph Avner Duran, qui a été blessé et qui a été tué dans la bande de Gaza. Et voilà, Eli, je voulais te laisser la parole pour dire quelques mots.

Eli: Les quelques mots, c'est un texte que je vais vous lire. Je n'ai pas cette capacité à maintenir l'attention d'un auditoire public. Il y a un petit lien que je voudrais faire avec ce qu'a dit le Rav Menachem. C'est qu'en fait, c'est la paracha Vayéchev, la paracha de Joseph, qui a eu, demain, 27 ans. Et le Chabbat Nahamou est aussi le désir de mon père, qui s'appelait Eliyahu Ben Yosef.

— Si tu arrives à parler un peu plus près, qu'on puisse t'entendre mieux.

Eli: Merci. Je disais que Joseph a eu 27 ans demain, le 14 août, et que c'était sa paracha d'être à Vayéchev. C'est en même temps le yarzeit de mon papa. Je vais vous lire, ça va peut-être être un petit peu monotone, mais c'est la seule façon que j'ai de pouvoir lire quelques mots sur cette période et sur ce qu'on ressent depuis le 16 décembre.

Comme tu nous as demandé de parler pour l'élévation de l'âme de notre fils Joseph, qui est tombé, comme tu l'as dit, à Gaza, le 4 Tévet, trouver le lien entre cette période de deuil national, qui marque l'absence de la présence à l'endroit du Temple, et notre deuil familial, qui nous fait subir la présence de l'absence de notre fils Joseph, semblait à la fois facile et impossible. Johan, tu nous as encouragés à rester ouverts, en nous disant que notre intervention pouvait prendre la forme d'un drache, de souvenirs, de témoignages, qui apporterait éventuellement, ou n'apporterait rien, à des auditeurs qui nous écouteront, quoi qu'il en soit, avec compassion. Des auditeurs qui, aujourd'hui, comme tout Israël, vivent un deuil collectif de manière intimement personnelle.

Entre Ticha BeAv et notre propre deuil, il nous est difficile d'établir, à partir de nos seuls sentiments, un lien qui ferait sens, sans doute parce que le départ de notre fils Joseph est trop récent, et que nous sommes restés cloués sur le quai de cette gare d'où sont partis, depuis le 7 octobre, tous ces convois de Guy Bory.

Après huit mois déjà, il reste compliqué, dans l'œil de ce cyclone qui a dévasté l'édifice de nos vies, au milieu de ce trou d'air, de pouvoir exprimer et transmettre ses sensations, ses émotions, ses constructions de pensées qui nous submergent jour et nuit, au milieu d'un calme illogique et dans un vacarme silencieux. Dans cet état de confusion et de vide, il nous semblait difficile de transmettre par le verbe quelque chose de positif, ou même de cohérent, au sujet de Joseph. Mais la demande de Johan nous a poussés à identifier des repères de vie qui, depuis ce quart d'évêque, nous ont permis d'imaginer un horizon nouveau.

Parmi ces repères, les cours de Torah de l'Île-Mône notamment ont été de puissants rappels de vie. De même, l'élan de solidarité de notre peuple, les milliers de personnes qui sont venues pendant la Chiva de Joseph partager avec nous un morceau de ce vide. C'est un vide que tous nos proches ressentent toujours et encore, comme nous, sans doute à un degré moindre, mais ce sentiment s'inscrit dans la durée, chez nos proches, mais également chez les proches de nos proches. Cette solidarité, cette fraternité, c'est une infime partie des précieuses qualités de notre peuple.

Compte tenu du caractère contagieux de cette douleur, qui a touché tant de familles depuis le 7 octobre, il est évident que c'est tout notre peuple qui vit ce vide et qui porte ses deuils. C'est peut-être ce qui rend ce Ticha BeAv si particulier. Ne disposant pas de connaissances suffisantes pour même essayer de formuler ce qui ressemblerait à un drache, j'ai rassemblé quelques bribes d'enseignement, certainement déformées, issues de mes lectures et de mes podcasts de ceux que j'ose appeler mes maîtres, avec modestie, car je n'ai ni l'étoffe ni le niveau pour être un de leurs talmidim. Ainsi, avec appréhension, je vais essayer de mettre en relation quelques points de leurs enseignements avec cette journée de deuil collectif, à partir du ressenti d'un père et de sa famille.

Je souhaite commencer en citant l'enseignement des rabbins qui me sont les plus proches: le Rav Menachem Ackerman, qui, depuis le soir de l'affreuse nouvelle, nous a accompagnés et soutenus, ainsi que le Rav Ouri Cherki, qui a célébré le mariage de Joseph et qui, malheureusement, a aussi prononcé les paroles d'Hespèd au Har HaZikaron. Je n'oublie pas non plus tous les Talmidei Chachamim qui sont venus pendant la Chiva et durant le mois qui a suivi: le Rav Eliyahou Martiano, le Rav Marc Pujavski, le Rav David Ben Ezra, le Rav Chaïm Blinovitch et bien d'autres encore.

Enfin, je remercie toute cette partie du peuple, des politiques, des voisins, des personnes venues de toute Israël et de l'étranger, les frères d'armes de Joseph de la Shayetet, de l'unité de Tinshemet, et les fidèles de notre synagogue, qui porte maintenant le nom de Joseph Avner. Les milliers d'âmes sont venues nous soutenir, physiquement, à Joseph. Je pense aussi à ceux qui, bien que physiquement éloignés, ont été touchés par notre deuil et ont organisé, à l'occasion des Chloshim, des cérémonies dans des synagogues parisiennes, bondées. Je pense également aux manifestations de soutien des comités juifs de la diaspora, notamment des États-Unis et du Brésil. Toutes ces personnes, toutes ces sœurs et ces frères sont venus pour partager avec nous cette peine effroyable, simplement pour partager cette tristesse, sans jamais essayer de nous remonter le moral avec de quelconques explications.

Pourtant, il est vrai que, durant cette période, bien après, on recherche des explications. Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'on aurait pu faire ? Qu'est-ce qu'on n'a pas fait ? Les questions se succèdent. Qu'est-ce que la Providence, dans sa bonté, a voulu éviter ? Finalement, on cherche du réconfort, bien que le terme soit relativement mal adapté. En somme, on sait que le Troisième Temple sera reconstruit, bientôt et de nos jours. Et c'est parce qu'il n'est pas encore reconstruit que nous éprouvons si fort ce deuil.

Ce réconfort est l'impression de vivre les moments qui précèdent un événement imminent, et qu'avec cet événement viendront d'autres phénomènes positifs, notamment la résurrection des morts. Pour aller plus loin, l'idée que le deuil d'une fête n'est pas un deuil habituel sur les pierres écroulées des deux premiers temples, mais plutôt l'attente du troisième, empreinte de tristesse mais ouverte sur une période plus heureuse pour notre peuple et l'humanité, est tirée d'un des nombreux concepts autour du Ticha BeAv développés par le Rav Ouri Cherki.

C'est en déformant un autre de ces concepts que je vais essayer d'apporter quelques points, en fait trois, de rapprochement entre le ressenti d'un deuil familial et celui d'un deuil national. Ces trois points sont la normalité, l'anormalité, une présence singulière dans un environnement tendant vers l'uniformité; l'importance …

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