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Modé ani : Dieu croit-il en l'homme ?

Le matin, la prière de remerciement révèle la confiance de Dieu envers l'homme, à travers le mot « Rabba émouna Techa ».

5 min

Rav Élie Kling

Ensuite : Le peuple de l'interrogation : humour, Rome et judaïsme, 47 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais il y a quelque temps, on avait fait une vidéo sur le shofar, dont le thème était: « Y a-t-il une mitsva, une obligation pour l'homme de croire en Dieu ? » Eh bien, aujourd'hui, je voudrais vous parler de la question inverse: y a-t-il une obligation pour Dieu de croire en l'homme ? De quoi s'agit-il ? Je vous invite à ouvrir le premier siddour, le premier livre de prière qui vous passe sous la main, et à regarder tout au début, la première page, le premier mot. Que dit l'homme juif ? Que dit la femme juive en se levant ?

Le matin, en se réveillant, la première chose, avant même de se débarbouiller le visage: Modé, merci. Vous savez, Todah veut dire merci, Modé est la conjugaison: je remercie. Modah, si on est une fille. Modé ani lefanecha, je te remercie. Vous avez remarqué que le texte ne dit pas ani modé lefanecha, comme on dit d'habitude en hébreu, avec le sujet avant le verbe. Non: modé, parce qu'il fallait commencer par Todah. L'homme juif, quand il se réveille, doit d'abord dire merci.

C'est tellement important. Si vous commencez votre journée en remerciant pour ce que vous avez, alors après, évidemment, on trouve toujours le temps de critiquer et de se plaindre de ce qu'on n'a pas. Mais l'ordre compte. Commencez par dire merci d'abord. Vous verrez, cela change complètement la manière de voir les choses. D'abord, je dis merci pour ce que j'ai: Modé Ani lefanecha, je te remercie, je suis en position de remerciement devant toi. Melech chai vekayam, le Roi qui est vivant et qui existe toujours, shehehezarta bi nishmati, je te remercie de m'avoir rendu mon âme.

Parce que c'est vrai: quand on dort, l'âme s'en va un petit peu. On n'est plus exactement aussi animé que lorsqu'on est debout dans la journée, bien vivant, bien parlant, bien marchant. Quand on dort, on dort. Nos sages disent que le sommeil est un soixantième de la mort. Donc on pourrait très bien disparaître à ce moment-là, et l'âme qui est partie pourrait très bien ne pas revenir. D'ailleurs, cela arrive de temps en temps. Et donc, lorsqu'on ouvre les yeux et qu'on s'aperçoit que l'âme est revenue, la première chose qu'on dit, c'est: merci, mon Dieu, merci de vivre, merci de vivre encore. J'aime tellement la vie.

C'est tellement juif de commencer la journée par merci. Le juif, en hébreu, se dit Yehoudi, du mot Yéhouda, le quatrième fils de Yaakov, Jacob. Pourquoi ? Parce que sa maman, Léa, a dit merci. Yéhouda vient de Todah, qui veut dire merci. Le peuple juif, c'est le peuple qui sait dire merci.

Mais ce qui est intéressant, c'est la fin de ce petit texte, de ce Modé Ani: Melech chai vekayam, shehehezarta bi nishmati, merci de m'avoir rendu mon âme. Bechemla, avec beaucoup de bonté, finalement, de grâce. Parce que tu n'es pas obligé, je ne te dois rien, tu ne me dois rien, et donc tu n'es pas obligé de me rendre mon âme, mais finalement tu me l'as rendue: Bechemla. Et là, les gens se trompent souvent. Les trois derniers mots, c'est Bechemla rabba émounatecha: rabba veut dire grand, beaucoup, et émounatecha, ta émouna, ta émouna. Il faut donc bien faire attention à l'endroit où l'on met la virgule. Qu'est-ce qui est grand ici ?

Est-ce la chemla qui est grande ? Bechemla rabba, avec beaucoup de gentillesse, de bonté, tu m'as rendu mon âme. Ou alors: Rabba émounatecha, grande est ta émouna. La vérité, c'est qu'il faut mettre la virgule après Bechemla: merci beaucoup de m'avoir rendu mon âme avec beaucoup d'amour, avec beaucoup de bonté. Rabba émounatecha, grande est ta émouna.

Ce n'est pas ma émouna, ce n'est pas ma émouna en toi qui est grande le matin quand je me réveille. Ce qui est grand, ce qui me vient tout de suite à l'esprit, c'est que toi, tu as émouna en moi. Si tu n'avais pas émouna en moi, si tu ne croyais pas en mes capacités, en ma possibilité de changer le monde, en tout cas de changer la journée, de me changer, de changer les gens qui sont autour de moi, si tu pensais vraiment que cette journée serait exactement identique à celle de la veille,

si tu pensais vraiment que je n'ai pas de hidouch, pas de nouveauté à apporter à la nouvelle journée, pourquoi m'aurais-tu rendu mon âme ? Si tu m'as rendu mon âme, c'est que tu as confiance en moi. Toi, tu as confiance en moi. Moi aussi, j'ai confiance en toi. Mais au réveil, le matin, c'est de cette émouna envers moi que je parle: Rabba émounatecha, tu as une grande confiance en moi, et c'est pour ça que tu m'as donné encore une journée, parce que j'ai un grand potentiel et que tu crois en moi.

En une seule phrase, en quelques secondes, le juif dit les deux vérités qui vont lui permettre de vivre une véritable journée, emplie de midot, de qualité, emplie de bien. Premièrement: merci pour ce que j'ai, je vais essayer de bien l'utiliser. Deuxièmement: merci d'avoir confiance en moi. Tu ne peux pas savoir à quel point ta confiance en moi me donne confiance en moi-même.

Et donc je vais essayer d'être à la hauteur de cette confiance, et je vais en effet essayer de faire de cette journée une journée qui vaut la peine d'être vécue.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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