Israël, épouse et non mère : le lien choisi à la terre
Le Rav Benaroche explique pourquoi le peuple juif s'est formé en Égypte et ce que signifie aimer la terre comme une épouse.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Le peuple juif, seul porteur d'un message de l'Infini, 1 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
— Shalom à tous, quel plaisir de vous retrouver sur la télévision du Machon Meir, avec moi aujourd'hui le Rav Yoël Benaroche. Shalom Rav.
Rav Yoël Benaroche: Shalom, Ouvracha.
— Alors Rav, la fête de Pessah, où l'on célèbre la sortie d'Égypte et où l'histoire du peuple hébreu est en marche, approche à grands pas. Il faut bien s'y préparer. Le peuple juif a toujours eu un lien complexe avec la terre d'Israël. C'est un peu l'histoire de « Je t'aime, moi non plus », pour évoquer la chanson de Gainsbourg. Et honnêtement, on peut comprendre la difficulté première de s'y attacher. En effet, le peuple juif s'est créé en dehors de sa terre. Et si je ne me trompe pas, c'est le seul peuple qui s'est constitué en exil, en dehors de sa terre donnée.
Rav Yoël Benaroche: Toute l'identité morale et religieuse a été donnée à l'extérieur de la terre, au mont Sinaï. Quant au nombre, ils se sont multipliés en Égypte.
— Alors pourquoi aurait-il été impossible de créer le peuple d'Israël en terre d'Israël ?
Rav Yoël Benaroche: C'est une question exceptionnelle, très large, et qui ouvre en réalité notre structure. La plupart des nations sont issues de leur propre terre. Bien entendu, le peuple d'Israël, avant de devenir peuple, était déjà sur la terre. Ce n'est qu'un retour sur la terre, ce qui s'est passé à la sortie d'Égypte. Mais nous étions en tant que famille encore, des familles hébreux, c'est-à-dire qui venaient de Chem et d'Ever. La racine du peuple d'Israël était déjà sur la terre. Mais au niveau de la nation, du peuple, effectivement, notre relation est une relation qui ne peut pas être une relation de mère à enfant.
J'explique. Lorsqu'une nation, en tant que telle, naît sur sa terre, sa terre devient sa maman. Le peuple devient le fils de la maman. Nous avons, nous, un lien très différent avec la terre. Ce n'est pas notre maman, c'est notre épouse. Et c'est pour cela qu'il fallait en réalité naître chez une autre maman, en Égypte, pour quitter la maman et se relier à notre épouse.
Et pourquoi c'est tellement important ? Tout simplement parce que le lien à la maman est un lien filial, un lien de nature. Mais le lien avec son épouse est un lien de choix. Et ça, c'est ce que Hakadosh Baroukh Hou veut de nous. Il ne veut pas que notre relation soit une relation forcée, naturelle, mais une relation qui est choisie, une relation qui est voulue, et sans cesse renouvelée. C'est-à-dire que notre amour, notre lien à notre terre, doit ressembler plutôt à l'amour d'un homme pour son épouse qu'à celui d'un homme pour sa maman.
Et c'est pour ça que le verset de la Torah nous dit: pour pouvoir se marier, il faut quitter maman. Quitter l'Égypte, c'est quitter maman, c'est-à-dire ne pas tomber dans un complexe d'Œdipe qui nous empêche de nous marier avec notre terre pour révéler notre nation.
— Mais cela remet en question le terme de patriotisme, qui veut dire l'attachement profond à la terre. Par exemple, un Français se définit en tant que Français parce qu'il appartient à la nation géographique française. C'est comme ça qu'il a ce lien patriotique.
Rav Yoël Benaroche: Tout à fait. Nous n'avons pas un lien de patrie. Ce n'est pas une mère patrie, c'est une épouse qu'il faut défendre. C'est-à-dire que Hakadosh Baroukh Hou nous a donné un mariage, et le mariage a un degré supplémentaire, un degré de choix. Et à partir du moment où ce degré nous a été donné, il faut le défendre, il faut tout faire pour gagner la confiance de cette femme, en l'occurrence la terre d'Israël, la protéger. Et en réalité, c'est par cette terre que nous nous révélons.
De la même manière qu'un homme ne se révèle qu'au travers de son épouse, le peuple d'Israël ne peut se révéler que par son épouse, par la terre d'Israël. Mais pourquoi cette particularité spécifique au peuple juif ? D'un coup, la terre est épouse et n'est plus une mère. Tout simplement parce que notre but dans ce monde, c'est de révéler le royaume du ciel. Or pour révéler le royaume du ciel, nous avons une règle que les sages nous donnent: pour révéler la royauté céleste, il faut être volontaire, il faut le vouloir. Il ne faut pas y être forcé. Et si nous étions ici d'une manière forcée, la chose n'aurait pas pu exister et se développer.
Regarde bien: lorsque Dieu créa l'homme, il a créé avec lui une forme féminine qui lui donnait d'eau. Il fallait les séparer pour qu'ils deviennent face à face. C'est-à-dire qu'il fallait séparer le lien filial pour qu'il devienne un lien choisi et voulu.
— Alors comment expliquer justement que, même une fois le peuple juif en terre d'Israël, avec le Beth Hamikdash et la présence d'Hakadosh Baroukh Hou sur terre, de Dieu sur terre, le peuple ait pu autant fauter et arriver à un stade où il a dû partir dans un exil long et douloureux ? On n'était pas encore assez prêts ?
Rav Yoël Benaroche: Justement, puisque nous sommes, entre guillemets, libres dans notre relation de couple, Israël-Terre. Cette relation de couple donne une liberté à chacun des membres du couple, c'est-à-dire à cette nation et à la terre: être en réalité libre de maintenir ce lien à chaque instant, ou bien de le couper. Eh bien, si on n'avait pas ce choix, notre réalité de nation n'aurait pas été une réalité complète, aboutie.
C'est pour ça qu'Hakadosh Baroukh Hou nous a placés dans une situation bien précise. Nous sommes le peuple de la révélation divine sur terre, et ce peuple-là doit vouloir faire ce pour quoi il a été doté, ce qu'il a reçu en réalité dans ses gènes. On a reçu un cadeau, mais il faut le développer. Ce développement se fait par choix, bien que le cadeau nous ait été donné par force. C'est toujours cette double vision, ce double étage.
Nous avons un degré qui nous a été donné par nature, ce qu'on appelle la segoula, et un degré supérieur qui nous est en réalité donné par choix. Si nous ne voulons pas, même ce qui nous a été donné en cadeau ne se développe pas. Il faut que nous activions le cadeau que nous avons reçu.
— Alors comment, Rav Benaroche, comprendre que la catastrophe de l'exil n'ait pas mis fin à l'Alliance, mais qu'au contraire l'exil soit ce qui prépare au retour ? Un exil de 2000 ans, le dernier.
Rav Yoël Benaroche: Effectivement, la Méguila d'Eikha nous dit que la séparation entre nous et la terre est une séparation d'un homme par rapport à sa femme lorsqu'elle est impure, c'est-à-dire lorsqu'elle est nida. Étant donné qu'elle est nida, son impureté est limitée dans le temps. Et donc notre relation ne s'arrête jamais, définitivement. Mais elle peut s'arrêter momentanément, comme au moment où la femme est impure et où l'homme doit se séparer d'elle. Pourquoi faire ? Justement pour retrouver cette épouse avec beaucoup plus de désir, avec beaucoup …
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