L'émouna : la dévoilement de l'infini en chacun
Le Rav Ben Arosh définit l'émouna comme être et certifier, non comme une émouna, puis expose le dévoilement de l'infini par la pluralité des hommes.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Gvoura, courage et Torah vivante selon le Rav Cherki, 17 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
— Bienvenue à Jérusalem, dans les studios du Machon Meir. Nous allons parler aujourd'hui d'un sujet essentiel, la émouna. Nous avons la chance d'accueillir le Rav Ben Aroch. Rav Ben Aroch, bonjour.
Rav Ben Aroch: Chalom, chalom ouvrakha. Merci beaucoup d'être parmi nous aujourd'hui. Un grand plaisir.
— Si vous le permettez, j'aimerais aborder le thème de la émouna en trois points. Tout d'abord, la définition. Ensuite, l'acquisition de la émouna. Et en dernier lieu, la transmission.
— Tout d'abord, la définition. On a l'habitude de traduire en français le mot émouna par « la émouna »: la émouna en Dieu, la émouna en la Torah, la émouna en les mitsvot, etc. Pensez-vous déjà que c'est une bonne traduction ?
Rav Ben Aroch: Très mauvaise traduction. La émouna est en réalité quelque chose de basique chez l'homme, et non pas seulement chez l'homme: dans n'importe quelle créature, dans n'importe quelle création, pourrait-on dire. La émouna, c'est la chose la plus primitive. C'est tout simplement être. Ce n'est pas penser être, c'est être. Ce n'est pas comprendre être, c'est être. Une fleur, à partir du moment où elle vit sa vie de fleur, est dans un état de émouna, c'est-à-dire de certification. Voilà la véritable traduction. En hébreu, leéamen, c'est certifier: que tes paroles soient certifiées.
D'où cela vient-il ? De la racine du mot Amen. Le mot émouna, racine à trois lettres, Alef, Mem, Noun, Amen, veut dire « j'accepte, j'acquiesce, je réalise ce que tu es en train de me dire ». De la même manière que le masculin de ben est ben, et qu'en hébreu, lorsque le noun est au milieu, il tombe, ben devient bat, de même amen, au féminin, devient amet, et là, le noun aussi tombe, et cela devient emet. Au pluriel, emounot. C'est-à-dire que la émouna, c'est certifier ce en quoi j'ai la émouna. Le grand kiddouch, c'est d'avoir émouna en Hakadosh Baroukh Hou. Comment peut-on certifier l'infini ?
Certifier moi-même, c'est-à-dire être convaincu de ma propre vie, c'est essentiel. C'est signe de bonne santé morale, psychique. Mais comment faire pour certifier l'infini ? Les nations du monde ont du mal à le comprendre. Et Israël vient et dit: oui, nous certifions l'infini. L'infini, béni soit-il, passe à travers nous. Nous le laissons glisser à travers nous, et nous essayons de vivre cet infini par nos actes, par nos mouvements. Le deuxième degré, c'est sûrement la question qui va être posée maintenant: comment faire pour certifier réellement cette chose-là ? On en discutera tout à l'heure.
— Très bien. Rav, si je comprends vos paroles, c'est une sorte de miracle: l'infini qui se dévoile dans une personnalité finie. Comment ce miracle peut-il s'exprimer au jour le jour ?
Rav Ben Aroch: Cela rejoint un peu les cours précédents. L'Absolu, béni soit-il, on ne parle pas de son être lui-même. On ne peut parler que de ses dévoilements. Son essence, on ne peut pas en parler. Aucune pensée ne peut la saisir, dit le Zohar.
— Donc aucune pensée ne peut saisir cet Absolu. Alors tous les noms de Dieu cités dans le Tanakh, ce n'est jamais l'essence de Dieu, ce sont toujours différents dévoilements de Dieu ?
Rav Ben Aroch: Tout à fait. Les noms d'Hakadosh Baroukh Hou sont les noms par lesquels il nous apparaît. S'il m'apparaît avec le tétragramme, je sais que c'est un état de miséricorde. S'il m'apparaît avec une autre combinaison de lettres, c'est comme s'il avait changé de vêtement: c'est le même infini qui apparaît dans ce monde avec un autre filtre.
Nous sommes donc, ici, des receveurs de cet infini. Cet infini, lorsqu'il « descend » — ce monde, entre guillemets, descend, parce qu'il n'y a pas de déplacement —, c'est tout simplement un dévoilement. Mais ce dévoilement de l'infini passe par la multitude des créations. Il emplit le monde. Alors qu'il entoure tous les mondes, il remplit aussi tous les mondes. Et chaque élément de ce monde est porteur de cette vie de l'infini qu'il fait vivre. Il fait vivre le tout, c'est-à-dire toute l'existence, la vie de son être suprême.
Étant donné que cette règle est un tout petit peu mieux comprise: je ne peux pas, moi, dévoiler l'infini tout seul. Ce qui se passe chez moi n'est en réalité que ce que je suis capable, avec mon canal, de faire véhiculer de cet infini. Donc j'ai besoin de toi. J'ai besoin d'elle. J'ai besoin de lui. J'ai besoin de nous tous. Nous nous complétons. Moi, je reçois une parcelle que je peux dévoiler selon ma capacité de recevoir. Et toi, tu révèles une autre parcelle. Je dois t'apporter ma lumière, et toi, tu m'apportes la tienne, et c'est ainsi que nous nous complétons. L'Absolu ne peut pas apparaître chez une personne seule, mais dans l'ensemble de toute la création.
— Très bien. Autre chose: on parle français, on a donc une culture, un arrière-plan occidental et donc chrétien. J'aimerais, si vous le pouvez, après nous avoir donné la définition hébraïque du mot émouna, nous montrer les différences avec ce qu'on appelle la émouna chrétienne. Quelle est la différence entre la émouna chrétienne et la émouna telle que vous venez de la décrire ?
Rav Ben Aroch: La seule différence, c'est: sommes-nous une religion ou pas ? Nous ne sommes pas une religion. Le judaïsme n'est pas une religion; il faut le dire clairement. La religion, c'est faire des actes qui vont me changer, qui vont faire de moi quelque chose. Et je pose la question simple: est-ce moi qui fais des actes, ou sont-ce les actes qui me font ? Bien entendu, c'est très simple: c'est moi qui fais des actes. Si les actes sont pieux, entre guillemets, pour employer des termes connus ailleurs, ce sont mes actes qui iront au jardin d'Éden, pas moi. Mais si c'est moi le porteur de ces actes, j'agis parce que je suis relié à quelque chose, je suis relié à des valeurs. Donc les actes ne sont en réalité qu'un aboutissement, une cristallisation de cette pièce.
Cette émouna, c'est, et là j'introduis une nouvelle traduction, l'hitamna: s'entraîner. Autrement dit, toute ma vie n'est qu'un entraînement. De la même manière que je suis né avec une certaine capacité, par exemple celle d'être artiste, je m'entraîne toute ma vie dans mon atelier à réaliser ce cadeau que le Saint, béni soit-il, a implanté en moi au moment de ma naissance. De la même manière, je fais partie de la nation d'Israël malgré moi. C'est en moi. Eh bien, je vais m'entraîner toute ma vie, dans un travail de
studio, à révéler ce potentiel que l'Éternel a placé en moi, c'est-à-dire mon appartenance à la nation d'Israël. Toute ma vie n'est donc qu'un entraînement, c'est-à-dire émouna. Je m'entraîne à dévoiler, à révéler ce qui est déjà en potentiel en moi. Tout est déjà en moi. Je n'ai rien à inventer. On ne me demandera jamais d'être quelqu'un que je ne suis pas à la source. Il faut bien comprendre cela. Ce n'est pas un rajout d'actes: tu deviens …
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