Passer des larmes à la joie : le secret du peuple juif
Comment Kippour, jour de reconstruction, unit tristesse du passé et émouna dans les miracles présents.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : La structure du Tanakh : Torah, Neviim et Ketouvim, 6 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Avec la permission du Makhon Meir, c'est un plaisir non dissimulé et un honneur de pouvoir me tenir ici devant vous. Je le dis à chaque occasion qui m'est donnée. Pour moi, venir donner des cours de Torah au Makhon Meir, au Makhon Ora, c'est tellement le fait même de ce qu'on appelle Hakarat Hatov, puisque je ne serais rien de ce que je suis aujourd'hui sans le Makhon Meir.
C'est là que j'ai atterri, c'est là que j'ai vraiment atterri, quand j'ai fait mon alyah. Il y a 22 ans, je suis arrivé directement de France, d'un monde où je ne savais pas ce que c'était que faire Chabbat, manger casher, et je suis arrivé au Makhon Meir.
Et quelques années plus tard, me voilà ici devant vous, parce qu'on me donne la responsabilité de transmettre ce que j'ai appris. Pour moi, à chaque fois que je parle au Makhon Meir, au Makhon Ora, c'est l'accomplissement de Hakarat Hatov. Les amis, je ne sais pas si vous avez, c'est bon, les feuilles se baladent ? On m'a demandé de parler ici, dans ce Kenes, et nous sommes Erev Kippour, la veille de Kippour.
Mais je pense que pour tout le monde, c'est une évidence que le Kippour que nous vivons cette année, comme celui de l'année dernière, n'a plus rien à voir avec tous les Kippour qu'on a pu vivre dans notre vie. Évidemment, parce que l'ombre du 7 octobre plane toujours. Vous avez certainement entendu les propositions de Trump hier soir. On a toujours des otages. Et d'un autre côté,
on a vécu deux ans de miracles qui ne cessent de se renouveler et de devenir de plus en plus grands. Et donc, j'aimerais qu'on essaye de voir ensemble comment est-ce qu'on fait ? Quel est ce secret qui est le nôtre, le secret du peuple juif, le secret de passer des rires aux larmes et des larmes de tristesse aux larmes de joie ? Comment est-ce qu'on arrive à passer d'un monde qui est un monde de destruction à un monde qui est celui de la reconstruction ?
Kippour, c'est le jour de la reconstruction. C'est le jour du yihoud chalem, de l'unité profonde entre le peuple juif et Hakadosh Baruch Hou. C'est le jour où on a reçu la Torah. Donc venez, on va essayer de rentrer ensemble dans cet univers-là: comment on arrive, et pourquoi on y arrive. Je vais commencer par la feuille que je vous ai distribuée, la source numéro 1.
Alors je l'ai marquée en hébreu, mais le journal n'a pas été écrit en hébreu, c'est pour faire genre, c'est un truc sérieux, donc je l'ai traduite en hébreu. Mais le journal a été écrit en français, par une dame qui s'appelait Sabine Vogluck. Elle écrit ces lignes en 1946, et elle relate ce qu'elle a vécu dans le camp d'Auschwitz. Alors moi, j'ai eu la chance d'avoir ce journal assez tôt, puisqu'il se trouve que Sabine Vogluck est devenue ma grand-mère.
Je vais vous lire quelques lignes. Nous sommes en décembre 1944. Dans le camp d'Auschwitz, elle ne sait pas, elle ne sait pas, puisque nous sommes fin décembre, elle ne sait pas que dans deux semaines et demie, Auschwitz, c'est fini. Elle ne sait pas que dans deux semaines et demie, elle va commencer les marches de la mort. Elle ne sait pas non plus que dans trois mois et demi, elle sera libérée. Pour l'instant,
c'est fin décembre, le mois le plus froid possible, un mètre de neige, moins dix la nuit, elle avec son pyjama rayé, ses sabots de bois, et c'est Hanouka. Et voilà ce qu'elle nous écrit. Je vous le dis par cœur sans le lire, parce que d'abord je ne vais pas retraduire en français, et puis surtout parce qu'à force de l'avoir lu et relu, elle nous dit: c'était certainement une idée que nous nous faisions, mais la soupe, ce jour-là, avait un meilleur goût que d'habitude.
Je vous rassure, c'était toujours une soupe de rutabaga, et c'était toujours pas bon. On avait réussi à mettre toutes nos gamelles ensemble dans une casserole que l'une des filles avait réussi à se procurer. Ça donnait l'impression d'en avoir beaucoup à manger. Évidemment, nous étions toutes affamées à la fin, mais on avait cette impression-là. Après avoir fini notre repas de fête, car c'était le premier jour de la fête des Lumières, c'est comme ça qu'elle appelle Hanouka, après notre repas de fête, une des femmes du baraquement, qui était religieuse,
a échangé une semaine de ration, une semaine de nourriture, contre un peu de graisse de moteur et une mèche. Parce que pour elle, c'était impensable de ne pas allumer une lumière le premier jour de la fête. Nous nous sommes toutes réunies autour d'elle et nous avons allumé cette mèche. Tout le monde voulait voir la lumière sortir de cette bougie improvisée.
Et d'un autre côté, tout le monde voulait faire barrière pour que personne de l'extérieur ne puisse voir qu'il y avait une lumière allumée. Il fallait garder ça secret. Et quand on était comme ça tout autour de la mèche, on s'est mis à chanter. Réa Lalouch, elle n'était pas là, donc on a été obligées de chanter sans elle. Et elle dit: elles ont commencé à chanter les chansons traditionnelles. Je ne les connaissais pas. Peut-être qu'elles ont chanté Maoz Tsour, Hayehoudim, Hayevanim Nikbetsou Alaï. Je ne sais pas ce qu'ils chantaient à l'époque, mais ma grand-mère n'a jamais grandi dans une famille religieuse, elle ne connaissait pas.
Elle dit: après les chansons traditionnelles, nous les Françaises, il y avait 16 Françaises dans son baraquement, et elle était la plus jeune, elle avait 16 ans et demi à ce moment-là. Et elle dit: nous, les Françaises, on s'est mis à chanter les comptines de notre enfance. Donc tu t'imagines, d'un côté Maoz Tsour, et après « Frère Jacques », « Une souris verte ». C'est un monde. Et on riait.
Et à ce moment-là, notre capo, une juive hongroise très grande, nous a dit: mais enfin, pourquoi êtes-vous toujours pleines d'entrain et toujours fleuries ? Vous souriez tout le temps, les Françaises. Et là, je lui ai répondu: mais enfin, évidemment qu'on sourit. On ne va quand même pas leur donner aussi notre joie. Nous n'avons pas le droit de baisser la tête devant ces crapules de tortionnaires. Je commence avec ce récit.
Parce que l'année dernière, et cette année encore, on m'a posé la question de savoir quel devait être notre comportement, pas forcément à Kippour, mais durant les fêtes, et particulièrement à Simhat Torah qui va arriver. Est-ce qu'on doit se réjouir à 100 % à Simhat Torah, alors qu'on a encore des otages, alors que nos soldats font un travail absolument incroyable, qui amène un Kiddouch Hachem qu'on n'a jamais vu dans l'histoire de l'humanité, mais que malheureusement plus de 900 sont tombés ?
Est-ce qu'on peut être joyeux ? Les amis, c'est ça qu'on va essayer de voir ensemble. Je ne sais pas si vous avez entendu, il y a quelques jours, le Rav Shmuel Eliyahu, je ne …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
37 cours du Rav Eytan Fiszon, en direct du Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Émouna, Personnages bibliques, Identité juive, Techouva.
- 1
Les quatre fils de la Haggadah et leurs questionsLe cours montre que les questions du Séder révèlent surtout la réponse de chacun face à la sortie d'Égypte. - 2
Passer des larmes à la joie : le secret du peuple juifComment Kippour, jour de reconstruction, unit tristesse du passé et émouna dans les miracles présents. - 3
La structure du Tanakh : Torah, Neviim et KetouvimComment les trois parties du Tanakh s'organisent, pourquoi elles ne suivent pas l'ordre chronologique, et ce que chacune transmet. - 4
Pourim, la fête de l'unité du peuple juifPourquoi Pourim reste fêtée après la Gueoula, et les cinq explications sur le refus de Mordechaï de se prosterner. - 5
Hévron, premier lieu de la Terre d'Israël pour le peuple juifLe cours part de la notion de yehouch (propriété abandonnée) puis montre pourquoi Hévron, et non Jérusalem, est le point de départ du lien à la terre.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav