Les quatre fils de la Haggadah et leurs questions
Le cours montre que les questions du Séder révèlent surtout la réponse de chacun face à la sortie d'Égypte.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Passer des larmes à la joie : le secret du peuple juif, 40 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Tout d'abord, avant de commencer, je tiens à vous dire que je suis très, très ému de parler ici devant vous. C'est ce qu'on appelle, et ça va être le sujet de notre cours, zgirat ha-magal, la boucle est bouclée. Il y a 14 ans, j'étais à votre place, élève au Machon Meir. Et c'est la première fois que je viens donner cours au Machon Meir. Donc c'est pour moi un grand, grand, grand moment. Si je bafouille, ce sera à mettre sur le coup de l'émotion, d'accord ?
On va parler un petit peu de Chag Pessah. Il paraît qu'il y aurait énormément de choses à dire sur cette soirée. Nous, on va essayer de s'occuper de ce qu'on appelle les questions de nos fameux quatre enfants, ou plus particulièrement des réponses. Pas les réponses que nous donnons aux quatre enfants de la Haggada, mais les réponses que ces enfants nous donnent à nous.
On commence directement, et vous savez quoi ? On va rentrer sans introduction. Quand je veux parler de la fête de Pessah, je ne sais pas comment ça se passe chez vous, mais je trouve bizarre de commencer le soir du Seder par un mensonge. Ce n'est pas la chose la plus évidente. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Évidemment, on rentre dans le Seder, on fait Kadesh, Ourhatz, Karpass, il y aurait des millions de choses à dire sur chaque chose. Mais je vais m'intéresser directement au Maguid, à savoir le corps de la soirée: la mitsva de raconter la sortie d'Égypte. Une mitsva tellement aimée par les bahourim et les hévrouta, et tellement redoutée par leur famille.
J'en profite pour dire que ce n'est pas la peine de faire souffrir vos parents, vos grands-parents, vos amis, vos cousins, tout ce que vous voulez. Ce n'est pas forcément pendant le Maguid que vous devez dire tout ce que vous avez appris au Machon Meir cette année. Ce n'est pas obligé. Les gens ont faim.
Alors, quand on commence le Maguid, on commence directement par une phrase qui ouvre la Haggada, mais qui est un mensonge: « Voici le pain de misère que nos ancêtres mangeaient en Égypte. » Jusque-là, ça va. Mais le problème, c'est qu'on dit ensuite: « Que tous ceux qui ont faim viennent et mangent. Que tous ceux qui sont dans le besoin viennent et fassent Pessa'h. » Là, ce n'est pas encore un mensonge, c'est se moquer du monde. Si tu veux vraiment ouvrir ta maison, être un mec sympa,
faire de l'hessed, le problème, c'est que tu dis cette phrase une fois que tu es rentré chez toi, que tu as fermé la porte et que tout le monde est déjà assis autour de la table. Si tu voulais vraiment inviter les gens, quand est-ce qu'il aurait fallu dire ça ? Dans la synagogue. Et là, s'il y a quelqu'un qui n'a pas où aller, qu'il vienne à la maison. Mais non, toi tu dis ça chez toi, tranquille.
Ça, c'est se moquer du monde, ce n'est pas encore un mensonge. Le mensonge arrive juste après: « Que tous ceux qui veulent viennent et mangent le Korban Pessa'h. » Je ne dis pas que c'est un mensonge parce qu'aujourd'hui on ne le mange pas, parce que Bézrat Hachem, on va le manger. Non, le mensonge, il est là: c'est qu'on ne peut pas inviter des gens comme ça, que je ne connais pas, que je viens de rencontrer, à manger mon Korban Pessa'h.
Et on va commencer directement par ce yissour là, qui est marqué dans la source numéro 1, dans les Hilhot Korban Pessa'h, les lois sur le Korban Pessa'h. Malheureusement, ce sont des lois qu'on n'étudie pas beaucoup. Vous allez me dire qu'il y a tellement de choses à étudier avant Pessa'h. C'est vrai, et vu qu'on ne fait pas forcément le Korban Pessa'h, on ne dit pas que c'est dommage. Mais le Rambam nous en parle ici, au chapitre 9, halakha 1.
Le Korban Pessa'h, je dois le manger khaboura khaboura. Qu'est-ce que ça veut dire en français ? Le Korban Pessa'h, je ne peux le manger qu'en groupe. Celui qui n'est pas dans mon groupe ne peut pas manger mon Korban Pessa'h avec moi. Maintenant, attention: on est censé manger kazaït basar du Korban Pessa'h, quand on fait le Korèh, et kazaït basar quand on fait l'Afikoman. Disons qu'un bon mouton pèse... je ne vais pas aller jusqu'au bout du calcul, disons qu'il me reste, une fois que j'ai enlevé la peau et tout ça, 60 kilos de viande. Si chacun doit manger deux kazaït, environ 60 grammes, je peux quand même inviter pas mal de personnes dans mon groupe. Mais il est fondamental qu'elles fassent partie de la feuille de match. Quand ? Quand j'ai fait la shehita du korban, bien avant. Lorsque je vais shéhiter mon korban. Oui, je viens d'inventer le mot.
Je dois avoir ma liste, la liste des gens qui vont manger avec moi. Celui qui n'est pas sur la feuille de match ne mange pas. Il ne peut pas. Alors qu'est-ce que ça veut dire que je suis à la maison et que je dis: « Que tous ceux qui veulent viennent et mangent » ? Et pourquoi le Rambam me dit-il ça ? Et pourquoi ne pas dire simplement: « Que tous ceux qui veulent viennent » ? Ici, le Rambam dit: celui qui n'est pas inscrit sur la feuille ne vient pas. C'est la première question de notre cours: pourquoi faut-il être sur la feuille de match ? Je la laisse de côté, on y reviendra à la fin.
Et j'enchaîne avec une deuxième problématique, toujours dans le Rambam, quand il parle de l'Haggada dans la source numéro 2. On est dans les lois de Hametz oumatza, cette fois au chapitre 7. Le Rambam nous explique comment se déroule la soirée. Au début, ça va. Il dit qu'il y a une mitsva de raconter, le soir du 15 Nissan, les miracles qui ont été faits à nos ancêtres. Jusque-là, tout va bien. D'où je sais qu'il y a une mitsva ? Parce qu'il est écrit dans la Torah: quand il faut que je me rappelle ce jour-là, ce qui s'est passé, je le raconte. Il y a une mitsva. Jusque-là, tout va bien.
Ensuite, le Rambam me dit: d'où je sais que c'est le 15 ? Il faut bien que je le sache, il faut le dire. Mais là, ça se corse. Le Rambam me dit qu'il y a une autre mitsva: celle de raconter à mes enfants ce qui est arrivé à nos ancêtres. Cette mitsva s'appelle mitsva lehodia labanim. Et là, je vous le dis tout de suite: lehodia, dans le Rambam, ce n'est pas de l'hébreu moderne. En hébreu moderne, lehodia veut dire « annoncer ». Ici, ce n'est pas ça. Il faut qu'ils en prennent conscience. Le Rambam nous dit: je dois enseigner en fonction de mon fils.
Cours de Machon Meir
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