Peut-on représenter le divin dans l'art ?
L'artiste ne peint pas Dieu mais ses émanations, à travers son propre prisme, à l'ombre de la lumière.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : La place de l'art dans l'existence juive, 1 h 01
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Chalom Ouvracha. La question qui se pose: est-ce que nous représentons le divin dans les œuvres d'art ? Eh bien, pas du tout. Mais on va représenter des sensations, des expressions que le divin nous a offertes dans notre monde. J'ai la possibilité, par exemple, de prendre un arbre qui, dans la nature, est vert, mais de lui donner une nuance de bleu, d'orange, et d'autres couleurs qui n'existent peut-être pas dans la nature. Mais dans ma nature d'artiste, par mon prisme de perception des choses, je peux absolument arriver à faire en sorte que, pour moi, un arbre devienne bleu. Parce que j'ai une émission à émettre, j'ai un message à partager. On ne peut pas représenter le divin.
On représente en réalité des excroissances de sa volonté divine: la bonté, l'amour, l'équilibre, la gentillesse, les couleurs. Mais à tout cela, ce sont des dérivés de cette divinité, dont on ne parle pas, parce que nous n'avons pas la possibilité tout simplement d'appréhender, ni de dessiner, ni d'imaginer quoi que ce soit au niveau de ce divin.
Ce que je veux dire par là, c'est que l'artiste, d'une manière générale, ne peint pas le divin, mais il peint des expressions de ce divin, car tout ce monde n'est que divinité. Et donc, si je dessine quelque chose, c'est tout simplement que je suis capable de capter une émission de bonté, d'amour, d'équilibre. Et cette expression que je viens de capter, je dois être capable de la plaquer sur mon œuvre d'art. Dans cette condition-là, je réalise en fait cette pensée intérieure qui vient de moi, qui est subjective, on est bien d'accord. Je ne suis pas Dieu, je ne peux pas peindre quelque chose qui est au niveau de l'absolu.
L'absolu, béni soit-il, traverse. Et cette lumière, qui est traversée par mon prisme, arrive à moi et par moi, avec une certaine formulation des choses. C'est-à-dire que je prends certaines données, certaines notions de ce monde, et j'essaie de les traduire sous différentes formes d'art: que ce soit au niveau du chant, que ce soit au niveau de la peinture, de la couleur, que ce soit au niveau de la musique chez les musiciens. Toutes ces formes d'art sont en réalité la capacité à capter certaines émissions qui passent et de leur donner une certaine vie à un moment donné, comme si on faisait un arrêt sur image. Et cet arrêt sur image, on arrive à traduire une pensée, on peut traduire un sentiment, un ressenti, une sensation de froid, de chaud, de soleil, d'hiver. Et toutes ces sensations-là, ces impressions, les plaquer, les faire vivre quelque part dans une œuvre d'art.
Donc il ne s'agit pas du tout de peindre le divin, mais de peindre toutes les expressions de ce monde, en donnant à ces expressions ma manière à moi de voir les choses, puisque les choses passent par mon prisme personnel, qui lui est subjectif. Donc je suis obligé d'avoir mon écriture, ma façon à moi de traduire les mêmes idées, mais à travers la personne que je suis. Tout cela, en réalité, nous pousse à comprendre que l'art, c'est l'expression de l'être, et qu'elle a une place, cette expression, dans la vie de l'homme.
Le premier des artistes dans notre monde, connu par la Torah, était Betsalel. Écoutez bien son nom: Betsal El, à l'ombre de la lumière divine. Autrement dit, un artiste est toujours à l'ombre. Il n'y a qu'à l'ombre qu'on peut voir les nuances. Lorsque les nuances sont dans la lumière, la lumière efface toutes les nuances. On n'a plus à voir le relief.
Betsal El, c'est la clé: à l'ombre de la lumière, à l'ombre de Dieu. Si je me mets à l'ombre, je peux sentir et ressentir les choses d'une manière délicate, précise. Et le message qui m'arrive sera traduit avec le plus de respect de cette délicatesse, de cette tension d'amour, de cette vision des choses, de cette représentation de notre vie sur l'œuvre que je suis en train de réaliser.
L'œuvre d'art, en réalité, pour moi en tout cas, c'est embellir le monde. C'est rajouter quelque chose que l'homme, d'une manière générale, n'arrive plus à voir. C'est-à-dire avoir une vision qui calme, qui rassure, qui repose, qui donne une sensation d'équilibre, de beauté, de sérénité. J'ai envie de me réveiller la nuit et de voir l'œuvre d'art sans avoir peur. C'est-à-dire quelqu'un, ou quelque chose, et là j'ai donné un sens presque humain à l'œuvre d'art, parce que l'œuvre vit. Malgré le fait qu'elle soit plaquée, figée, elle a une vie intérieure. Mais cette vie n'est rien d'autre que l'énergie que l'artiste y a mise, y a placée à l'intérieur de cette œuvre d'art.
Moralité, c'est comme si l'œuvre bougeait, vivait, évoluait avec la personne qui la regarde. Et c'est tout simplement un bienfait que Hakadosh Baroukh Hou a donné aux hommes: pouvoir traduire certaines sensations, certains sentiments en œuvres d'art. Toda Raba.
Cours de Machon Meir
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