Responsabilité collective et alliance avec Yehezkel
Abravanel et Arama expliquent pourquoi le peuple juif ne peut quitter le train de son histoire.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Le Rambam face au terrorisme et à la punition collective, 9 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Chers téléspectateurs, shalom depuis le Makhon Meïr à Jérusalem. Je suis heureux de vous retrouver.
Vous vous rappelez certainement que précédemment nous avons parlé de l'alliance de l'Éternel avec les hommes et de la responsabilité collective, bien sûr. Et donc au chapitre 20 du Sefer Yehezkel, nous avions vu comment les enfants d'Israël, exilés de leur terre, du royaume d'Israël, avaient de prime abord conçu qu'ils pouvaient se sentir totalement détachés de cette responsabilité collective. Ce à quoi Yehezkel répondit que cela était absolument impossible.
Et puis nous avions bien sûr rappelé que cette manière de vouloir être une autre langue, une autre histoire, une autre culture sur une autre terre était relevée de ce que nous appelons dans l'hébraïsme qui est le nôtre, la Avodah Zara, c'est-à-dire l'idolâtrie. Je crois que j'avais terminé en disant que lorsque les jeux de notre histoire ne veulent plus être nous, c'est-à-dire que je, en particulier, ne veux plus être moi, alors il y a de l'idolâtrie dans cela, c'est-à-dire que je viens servir quelque chose qui est totalement étrange et étranger à moi-même.
Pour confirmer cela, il y a deux auteurs qui m'intéressent particulièrement concernant leur rapport à cette responsabilité collective. Le premier, c'est Rabbi Yitzhak Arama, dans son livre Akedat Yitzhak, qu'il écrit vers le 18e-19e siècle.
Le Créateur a gravé dans la mémoire profonde de chaque individu, aux sources premières de la nature réelle de l'être créé, la volonté de vivre. N'est-ce pas ? Vous serez d'accord ? Qui d'entre nous, si ce n'est par une déflagration du psyché, pourrait avoir envie de mettre fin à ses jours ?
L'homme est par essence et par excellence l'homme qui va essayer de survivre, bien entendu. Une volonté de vivre et un refus de se perdre, même si, comme je l'ai dit il y a un instant, il y a des exceptions, le genre humain ne se suicidera pas. Car le genre humain n'est pas seulement dans l'avoir, il est surtout, d'abord et avant tout, dans le devenir de l'être.
Et le Rav Yitzhak Arama continue en disant qu'au vu et au su de cela, toute tentative d'échapper à notre destin est totalement impossible. Ce n'est pas un contrat comme les autres, nous l'avons dit dans la première émission. C'est une autre nature, une dimension de l'être homme.
Qui, comme dira Jean-Baptiste Vico à l'époque de la Renaissance en Italie, ce peuple est inclassable selon les normes et les valeurs de nation. Il est le peuple de la méta-histoire. Vous entendez ? Méta-histoire. Ce qui fera se poser la question à Nietzsche, par-delà le bien et le mal, de se demander comment il se fait qu'un peuple aussi spolié, assassiné, violé, violenté, puisse être encore et toujours présent alors que les empires ont disparu. Et d'ailleurs, l'homme ne peut pas en finir.
Car en fin de compte, ce serait vouloir en finir avec la création. Et je crois que les lois de la création sont, comme nous l'avons appris, des lois immuables.
Je voudrais vous parler d'un deuxième homme maintenant, de Don Itzhak Abravanel. Il vit au XVe siècle. Il est l'éminence grise, premier ministre des cours royales du Portugal, de l'Espagne. Et alors que les décrets d'Isabelle et Ferdinand de Castille vont prendre force de loi, il s'enfuit vers la principauté de Venise où, arrivé dans le comté vénitien, il va aussi trouver une place absolument extraordinaire.
Et ses propos sont véritablement virulents. Sa description, je n'ai pas le temps de lire exactement tout ce qui est écrit, mais sachez que c'est un commentaire d'Abravanel. Non seulement éminence grise, ministre d'économie et des finances, mais aussi un talmid haham éminent qui, sur le Yehezkel 20, chapitre 20 d'Yehezkel, donne ses explications.
Je vous ai dit, ses propos sont virulents, imagés et viennent du plus profond de son cœur car il sait de quoi il parle. Il vit dans une période qui exige des explications parce qu'il est endolori par son propre vécu.
Et ce n'est pas une simple réflexion philosophique que fait Don Itzhak Abravanel, il s'agit véritablement d'une réalité existentielle. Parce qu'il est face à ces hommes, à ces femmes qui, face à l'Inquisition, se demandent: est-ce qu'il faut fuir, est-ce qu'il faut se convertir, comment faire et quoi faire ? Eh bien, lui leur répond, dans son texte bien sûr, parce qu'il ne prend pas la parole en public: vous êtes juifs
malgré vous, malgré vos déguisements, malgré vos maquillages. Et il dit, souvenez-vous de la réponse du prophète qu'on a vue ensemble, je crois, dans la deuxième émission, à l'OIE, ça veut dire: cela ne sera pas. Et vous savez comment ? C'est impossible. Que vous puissiez abandonner le bateau est impossible. Des individus peuvent abandonner le bateau.
Mais le train de l'histoire d'Israël roule inexorablement vers sa destinée. Alors écoutez ce qu'il dit, et là je vous le dis en hébreu: il dit « Mais c'est impossible, l'Éternel fait en sorte que le train roule inexorablement vers sa destinée ». Et Abravanel écrit, je vous rappelle la date à laquelle nous sommes, 1493-1494, il écrit cette phrase: « Be'esh Sarouf, Isafu Otam Alzeh ».
C'est-à-dire, à ce propos-là, nous sommes à la fin du XVe siècle, il écrit ces propos: que les Juifs seront brûlés parce qu'ils veulent abandonner le train de l'histoire d'Israël. Ceux qui veulent s'enfuir, dira-t-il, renier leur nature: la nation est intimement liée à Dieu, et lui-même à sa nation, la nation est le témoin de cette alliance.
Vous êtes devant moi, que vous le vouliez ou non, je lis ce qu'il écrit: ce présent et tous les autres, un destin, une vocation, mais c'est un fait.
Voilà, dans cette veille de Kippour, avoir pu parler succinctement, trois fois de suite, pour essayer de comprendre et d'entendre, un temps soit peu, ce que veut dire cette responsabilité collective concernant l'alliance établie par l'Éternel avec son peuple.
Et dans cette journée de Kippour, où il est question de rachat, alors nous sommes en bon chemin. Nous avons racheté notre terre, nous avons racheté notre histoire, nous avons racheté notre langue aussi, et nous rachetons notre culture. Écoutez ce que nous venons de dire, pour en être certains: les Hébreux sont de retour.
Les Hébreux sont en marche, le devenir est devant nous, envers et contre tous les aléas de l'histoire que nous entendons aux informations au quotidien. L'éternité d'Israël ne se démentira jamais. Et que vous soyez tous inscrits sur le livre de la vie, c'est-à-dire que vous fassiez de votre vie quelque chose capable de devenir de plus en plus vivant.
Shalom, shalom.
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