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Maïmonide, les cinq parties de l'âme et l'imagination

Comment l'imagination compose des images impossibles, et la critique des Mutakallimoun

20 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le Rambam et les cinq parties de l'âme : ce qui relève de la liberté, 16 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous continuons notre pénétrante étude du Chemonah Perakim de Maïmonide, le traité des huit chapitres, et nous sommes en plein premier chapitre. Nous sommes dans la description des cinq parties de l'âme, d'après Maïmonide. Les deux premières sont un peu, disons, fastidieuses, puisque cela appartient plutôt à la médecine qu'à la psychologie. La première partie s'appelle zan, la partie nutritive. En fait, cela veut dire tout ce qui relève de la physiologie du corps.

Puis la deuxième partie, le sensitif, c'est-à-dire le marguiche, les cinq sens. Cela aussi est assez connu. On peut donc dire que nous n'avons pas appris grand-chose au niveau moral. Nous allons passer à la troisième partie, qui, elle, est passionnante: la partie imaginative. Pour ceux qui ont cette édition-là, qui est une très bonne édition, c'est à la page même Aleph, mais il y a beaucoup d'éditions, comme vous le savez.

Ce qu'on appelle la partie imaginative chez Maïmonide, ce sont deux choses: l'imagination et la mémoire. En fait, c'est à peu près la même chose. Nous allons voir pourquoi. C'est la mémoire des sens, la partie qui se souvient des traces laissées par les choses senties, une fois qu'on s'est retiré de la proximité des sens qui les ont acquises.

La phrase est un peu biscornue, nous allons l'expliquer. J'ai vu une image, j'étais devant un paysage. Et maintenant, je ferme les yeux, ou bien je vais chez moi et je me souviens du paysage. C'est le souvenir de quelque chose qui a été ressenti, et c'est cela qu'on appelle la partie imaginative. Je me souviens d'une odeur, d'un goût, d'une musique, d'un toucher, alors que je ne suis plus dans la situation de toucher, de voir, d'entendre, de goûter ou de sentir. Mais je m'en souviens. Ce souvenir s'appelle le médamé. C'est le souvenir de ce que les sens ont ressenti.

Vous voyez que pour Maïmonide, il est très important d'insister sur le fait que l'imagination est liée directement aux sensations. Il y a des conséquences à cela, c'est la suite.

Elle peut composer une partie d'entre elles avec une autre partie, et diviser une partie d'une partie. De quoi parle-t-il ? Par exemple, j'ai vu une fleur de couleur rose. J'ai vu un éléphant de couleur grise. Je peux détacher l'un de l'autre: je peux détacher le rose de la fleur et le gris de l'éléphant. Je peux ensuite assembler les deux, et cela me donne un éléphant rose. On peut voir un éléphant rose en se servant de certaines boissons alcooliques, mais on peut aussi, par l'imagination tout simplement, s'imaginer un éléphant rose. C'est ce que dit ici Maïmonide: c'est pour cette raison que cette force peut composer à partir des choses qu'elle a senties.

Elle peut aussi composer à partir de choses qui n'ont jamais été ressenties, mais qu'il est impossible de sentir. C'est-à-dire que l'imagination peut créer des choses monstrueuses, absolument impossibles dans la réalité. Maïmonide nous donne trois exemples d'imagination de l'impossible. Par exemple: « Que moche y est d'amé à Adam, comme par exemple un homme pourrait imaginer ? » Vous allez voir l'absurde.

C'est absolument absurde. Un bateau, un vaisseau de fer: le fer est un métal très lourd, il ne peut pas tenir dans l'air. Si quelqu'un imagine un vaisseau de fer qui court dans les airs, il pense quelque chose d'absolument absurde, mais c'est possible par l'imagination. « Ve Adam », de même, un homme: « Cherosho bachamayim veraglav baharetz », un homme qui a la tête dans le ciel et les pieds sur la terre. C'est Jacques et le petit pois. « U behema be'elef ainaim », et un animal avec mille yeux. « Alder machal », par exemple. « Ve harbe me'ilou animnaot », et beaucoup de ces choses impossibles, « yarkivem akwa hamedame vi amtziem adimion », sont composées par la partie imaginative et inventées par l'imagination.

Maïmonide nous dit: ne pense pas que tout ce que tu peux imaginer est également possible. Par exemple, l'absurdité évidente d'un vaisseau de métal lourd qui court dans l'air: c'est absolument impossible.

Je sens peut-être chez nos auditeurs une objection. Certains pensent avoir déjà vu un avion. Or un avion est fait de métal très lourd et il court dans l'air. Cela veut peut-être dire que les avions sont le fruit de l'imagination et que, lorsqu'on est dans un avion, on est dans un monde imaginaire. C'est un peu vrai, c'est ce que l'équipage de l'avion essaie de vous faire penser: il vous met un film, il vous distribue des jus de fruits, des cigarettes. Enfin, soyons un peu plus sérieux.

Maïmonide explique qu'en vertu des principes de la physique qu'il connaissait, la physique d'Aristote, l'idée d'un vaisseau de fer dans les airs est absolument impossible. Cela ne veut pas dire qu'avec une autre physique, celle qui est la nôtre, si Maïmonide l'avait connue, il aurait admis l'avion et aurait donc proposé un autre exemple de choses impossibles. En tout cas, ce qui est important ici, ce n'est pas de savoir si l'avion est possible ou non, ni si Maïmonide connaissait la physique à fond. Ce qui est important, c'est de savoir que l'imagination peut inventer des choses absurdes.

Soit dit en passant, l'idée d'un homme qui a la tête dans le ciel et les pieds sur terre n'est pas totalement dénuée de sens. Au niveau métaphorique, on peut dire de quelqu'un qui a des pensées très élevées, mais qui a aussi le sens pratique, qu'il a la tête dans le ciel et les pieds sur terre. De même pour l'animal aux mille yeux: chez les mouches, plus précisément, il y a un œil qui est fait de mille facettes, on peut dire d'une certaine manière qu'il y a ici mille appareils oculaires. Mais ce n'est pas vraiment important.

Ce qui nous importe ici, c'est de voir que Maïmonide insiste sur cette idée, qui est vraie en elle-même: le fait que j'imagine quelque chose ne dit pas que cette chose est possible. Pourquoi insister tellement là-dessus ? Tout simplement parce que Maïmonide a ici quelqu'un contre lequel il dirige ses flèches. C'est là que se sont trompés les medabrim.

Qui sont les medabrim ? Medabrim est la traduction qu'on donne en hébreu à un mouvement de pensée qu'on trouvait essentiellement chez les musulmans, mais aussi chez quelques chrétiens, et qu'on appelait les moutakallemim. Les moutakallemim sont les sages du kalam. Kalam veut dire « la parole ». En hébreu, on dit « medabrim », « ceux qui parlent »: les sages du kalam, les sages de la parole, sont appelés en hébreu du Moyen Âge medabrim.

Que pensaient ces penseurs musulmans ? Maïmonide les attaque ici un petit peu, beaucoup plus violemment dans son Guide des égarés. Ils avaient beaucoup de thèses contraires à celles de la philosophie d'Aristote. Entre autres, au niveau de la physique, ils étaient atomistes: ils pensaient que la matière est formée de petits corpuscules. Mais ils rejetaient également la causalité.

Par exemple, pour vous donner un exemple: si je prends une craie, disons de couleur bleue, et que je passe …

Cours de Machon Meir

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