Une échelle entre ciel et terre selon le Rav Kook
Le chapitre 9 des Orot HaKodech : pourquoi la peur freine l'étude de la Torah d'Erets Israël et des secrets de la Torah.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Orot : les trois forces de la nation, Kodesh, Uma, Enoshihut, 23 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Chers amis, bonjour, heureux de vous retrouver sur la chaîne du Maroc de Meïr. Cela fait quelque temps que nous ne nous sommes pas vus, et je retrouve avec grand plaisir mon ami Yoël Benaroche. Shalom Yoël.
— Shalom, shalom, mon ami Rony Akrish.
— Nous continuons, enfin nous voulons continuer en tout cas, ce tête-à-tête autour des huit chapitres, Chmonè Ketsim, du Rav Abraham Yitzhak HaKohen Kook, Zéher Tsadik Libraha, qui, à notre avis, recèle énormément de choses qui intéressent notre génération, le contemporain de notre quotidien. Et nous sommes au chapitre 9. Alors nous allons commencer avec Yoël, et essayer, avec vous et vous avec nous, de nous instruire et d'en savoir un peu plus. Yoël, le chapitre 9.
— Le chapitre 9 est en fait la suite logique de tout ce que nous avons dit précédemment. Le Rav nous prépare à comprendre les tenants et les aboutissants du temps moderne. Il a pénétré une couche qui, généralement, n'est pas étudiée au niveau de la Torah. Je veux bien entendu parler des secrets de la Torah.
— Plus précisément ?
— La Torah de la terre d'Israël, la Torah de la Kabbale, la Torah du Zohar.
— Voilà, exactement. Précisez les choses pour que nos téléspectateurs puissent mieux entendre et comprendre.
— Il s'agit de ce qu'on appelle philosophiquement l'ésotérisme hébraïque, la Kabbale, le Zohar, et ce qu'on appelle plus largement, et en tout cas ce que le Rav nous fait entendre, Torat Erets Israël.
— Tout à fait. Ce qui est intéressant, c'est que le Rav est au courant de ce qui a empêché des générations d'étudier cette partie de la Torah. En réalité, il va condenser tout ce chapitre en un seul mot, la béhala, c'est-à-dire la peur panique. Il dit qu'il faut faire très attention de ne pas avoir peur de ceux qui, sans arrêt, s'efforcent de faire peur, justement, à tous leurs étudiants, d'une manière générale, pour les empêcher d'entrer et de s'occuper de cette étude particulièrement.
— Tu me permets de dire la formule employée par le Rav ? Nos téléspectateurs te connaissent comme l'homme de la Kabbale, et ils me connaissent comme l'homme de la philosophie. J'ai remarqué ici que, exactement comme tu le dis, il ne faut pas avoir peur, ne pas inquiéter l'interlocuteur.
— Et moi, ce que j'ai noté chez moi, c'est véritablement de permettre à la pensée, à la réflexion, à la raison de pouvoir déployer ses ailes et prendre son envol, et non de rester dans des considérations seulement pragmatiques.
— Je me suis écrit pour moi-même, puisque nous préparons tous les deux ces émissions, que c'est un peu comme l'échelle de Yaakov. J'ai l'impression qu'on ne ferait un focus que sur le bas de l'échelle, celui qui s'attache à la terre, mais qui s'empêcherait de pouvoir s'élever, comme nous l'avons dit, prendre son envol vers une sorte de firmament des cieux. C'est en fait le reproche que font ceux qui ont peur de cette étude, et on le retrouve dans leur verbe: « Ne t'envole pas, tu es un planeur. » Eh bien le Rav nous dit: n'aie pas peur de planer. Car si tu ne planes pas, si tu n'es pas capable de dépasser la première couche de ton étude, tu ne pourras jamais trouver des Hidouchim qui vont abreuver ton étude. C'est une étude stable, certes, mais qui a besoin d'une Echama.
— On peut penser qu'il s'agit ici de la relation si importante dans la pensée humaine, d'une pensée en quelque sorte dualiste, entre la pensée et l'action. On a toujours l'impression qu'au fil des ans, des siècles, des temps, les personnes amenées à la pensée, à la réflexion, auront toujours un statut différent de celui des hommes de l'action. Et pourtant, le Rav nous dit qu'il ne peut en aucun cas séparer Loken Yéshanou Soulam, le Soulam de Yaakov, Mouttsav Artso Véroch Mag'iach Chamayma. Nous avons une échelle qui, parce qu'elle est l'échelle, permet justement de relier le terre-à-terre et l'élévation de cette pensée que l'on considère comme étant bachamayim.
— Il y a quelque chose de très précis. Le terme employé par la Torah, que le Rav utilise ici, fait que l'échelle ne touche ni la terre ni le ciel. Le mot employé, c'est Artza. Artza est une direction: cela introduit une direction, et non pas le fait de toucher la terre. Autrement dit, même ceux qui pensent avoir étudié la Torah de la terre n'y sont pas, car la Torah de la terre doit encore continuer de pénétrer la matière sans jamais réellement arriver à la toucher. De
même, dans la Torah qui va vers le ciel, il n'est pas écrit Véroch Mo'ia Lachamayim. Le terme employé est Hachamayma. Comme si je voyageais de Jérusalem vers Tel-Aviv ou vers Ashdod: je dis Anou Noséa Achdoda. Donc Anou Noséa Hachamayma: je vais vers le ciel et je vais vers la terre, sans jamais toucher ni le ciel ni la terre. Je suis à même de me retrouver dans un entre-deux qui n'est pas entre les deux, mais qui serait ce point capable de relier l'un et l'autre.
— Exactement. C'est pour cela que je n'utiliserai pas le mot de dualité, mais plutôt celui de pluralité. Dans le mot dualité, on introduit une notion de duel, comme si le ciel devait tuer la terre, ou la terre le ciel.
— Oui, mais il y a en vérité, dans une compréhension certaine, le fait de faire de la terre ce qui n'est pas le ciel, et du ciel ce qui n'est pas la terre. Il y a une fonction dualiste là-dedans.
— Ce que nous expliquons, bien au contraire, est ce que tu viens d'affirmer: une fonction plurielle, et non pas dualiste.
— Tu sais à quoi je pense ? Nos téléspectateurs et toi, bien sûr, vous connaissez, je ne vais rien inventer, mais je crois que dans le traité Sanhédrin, page 91, il y a cette histoire de celui qui est sans jambes et de celui qui est aveugle. Ils sont dans un champ et aperçoivent des arbres fruitiers. Celui qui n'a plus de jambes voudrait bien pouvoir décrocher le fruit, et celui qui ne voit pas sent bien qu'il ne peut pas trouver, bien entendu, le lieu. Alors le boiteux et l'aveugle se concertent, et l'aveugle lui dit: « Je vais te prendre sur mes épaules. Je serai tes jambes, et toi tu seras mes yeux. »
— Il y a quelque chose d'absolument extraordinaire dans cette métaphore talmudique de Sanhédrin. En fin de compte, on ne peut pas être terre à terre et ne pas être visionnaire. Mais il faut que la vision puisse être intimement liée à sa réalisation la plus concrète qui soit. De même, la réalisation la plus concrète ne peut rester sans une dimension visionnaire.
— Tout à fait. Je pense qu'on peut inclure toute la notion de la sortie d'Égypte, puisque nous sommes proches de la fête de Pessa'h, dans ce groupe de deux degrés. Sortir d'Égypte, c'est tout simplement permettre à l'idée de se réaliser.
Cours de Machon Meir
Dans la même série
Orot, Chemonè Kevatsim et la pensée du Rav Kook : identité nationale, âme et cosmos.
- 1
Identité nationale et Torah dans Orot, chapitre 1Comment la Torah complète les manques du monde et façonne l'identité morale du peuple d'Israël. - 2
Torah nationale et révélation de la lumière cachée chez Rav KookComment la Torah, d'idéal, devient réalité nationale et répare l'équilibre du monde, selon les Orot. - 3
Du tout au détail : le lien de l'âme chez le Rav KookLe premier cahier des Shmonek Vatzim : chaque vie n'est qu'un canal du flux de l'âme nationale. - 4
Une échelle entre ciel et terre selon le Rav KookLe chapitre 9 des Orot HaKodech : pourquoi la peur freine l'étude de la Torah d'Erets Israël et des secrets de la Torah. - 5
Orot : les trois forces de la nation, Kodesh, Uma, EnoshihutLe Rav Kook y montre comment religion, état-nation et humanisme doivent se compléter dans la vie du peuple revenu sur sa terre. - 6
Le Rav Kook et la place de l'homme dans le cosmosComment l'esprit relie l'homme au processus d'amélioration du monde, à travers la volonté et le choix. - 7
L'homme, partie du cosmos selon le Rav KookLe devoir d'être : la volonté, le choix du bien et le processus perfectible de l'homme. - 8
L'esprit, la vie et la liberté selon le Rav KookLe lien entre conscience et vie, et la quête de soi comme chemin vers la liberté. - 9
L'aurore et la lumière agréable selon le Rav KookLe Rav Kook montre comment une âme enracinée peut faire briller une lueur dans l'épreuve et l'obscurité.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav