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La Tefila et la Michna face au christianisme

Pourquoi la prière commence par « Hachem sefata tiftah » : le psaume 51 de David et la question de la téchouva.

56 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La Tefilah et la première bénédiction de la Amida, 48 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom à tous. La Michna, qui est le texte de la loi orale, ce qui est en soi paradoxal: comment quelque chose d'oral peut-il être écrit ? Mais enfin, surmontons ça. La Michna, texte de la loi orale, commence par une question. C'est intéressant: cela veut dire que toute la Torah ne peut être enseignée qu'à partir d'une question.

Prenons par exemple la Haggada de Pessa'h, que vous connaissez probablement, où la Torah parle de quatre fils. Les trois premiers, le sage, le méchant et le simple, Hacham, Rasha et Tam, posent des questions. Le sage dit: « Qu'est-ce que... » Il pose une question. Le méchant pose une question, le simple pose une question. Cela veut dire d'abord que trois des quatre enseignements de la Torah ne peuvent être transmis qu'en réponse à une question.

Qu'en est-il du quatrième ? Le quatrième, c'est celui qui ne sait pas poser de questions, she-eino yodea lishol, n'est-ce pas ? On pourrait se dire que c'est très bien qu'il ne sache pas poser de questions: comme ça, il ne vous cassera pas les pieds, et il sera le meilleur élève de la classe. C'est celui à qui on va dire directement ce qu'il doit penser et ce qu'il doit faire, sans qu'il pose de questions.

Or on voit que là, la Haggada considère que le fait qu'il ne pose pas de questions est un problème, puisqu'on doit lui apprendre à les poser. Ce qui veut donc dire que toute la Torah n'est possible qu'en réponse à un questionnement. C'est effectivement pour cela que notre Michna commence par une question. On ne peut pas enseigner la loi s'il n'y a pas d'abord une question à laquelle cette loi vient apporter une réponse.

Et la question a l'air, disons, totalement petite: une question de rituel. La question, c'est: « Mé-eimatai korin et Chema be-arvin ? » « À partir de quand lit-on le Chema le soir ? » Voilà le texte que vous avez sous les yeux.

C'est surprenant: c'est une question de calendrier. Vous regardez dans votre almanach à quelle heure on lit le Chema, et c'est cela qui intéresse la Michna. La toute première question que l'on pose, c'est ça. Cela ne tient pas la route, à moins que le judaïsme soit entièrement quelque chose de purement rituel et pointilleux. C'est ce que cela voudrait dire. Ce qui est important, c'est de savoir à quelle heure tu peux lire le Chema ? Ce n'est pas, disons, de la dimension de la Torah.

Il faut donc comprendre cela autrement. Ah, ça m'a sauvé la vie. Oui ? Pour vous apprendre. Parce qu'il y a l'histoire de Baroukh... D'abord, je ne vous ai pas dit de répondre « Baroukh Hou, Baroukh Chemo », c'est vous qui avez décidé de répondre. Mais c'est tout simplement parce que je lutte contre les réformes dans la halakha, et l'on vous raconte qu'il ne faut pas répondre à Baroukh Hou Baroukh Chemo. Donc je lutte pour cela.

Mais non, je vais vous dire exactement de quoi il s'agit. D'abord, on vous dira chez les Ashkenazim qu'il ne faut pas dire Baroukh Hou Baroukh Chemo, mais ce n'est vrai que dans le cas où l'on vient s'acquitter de la bera'ha par celui qui la prononce. Même pour les Ashkenazim, donc, il faut répondre Baroukh Hou Baroukh Chemo: c'est écrit en toutes lettres dans le Choulhan Arou'h: pour toute bera'ha que l'on entend, il faut répondre Baroukh Hou Baroukh Chemo.

Maintenant, pour ce qui est des Séfarades, on a essayé de leur introduire cela, ce qui est totalement faux. D'après le Choulhan Arou'h, il est évident que, même quand on s'acquitte de la bera'ha, il faut répondre Orou ou Orchemo; il y a d'ailleurs des raisons kabbalistiques à cela. Et certains ont essayé d'interpréter le texte du Choulhan Arou'h d'une autre manière, en se basant sur certaines téchouvot mal comprises, telle par exemple une téchouva de Rabbi Yehouda Hayyat qui a été mal interprétée.

Et après, il arrive que des élèves qui ont étudié deux mois dans une yeshiva aillent voir leur grand-père et lui disent: « Ce n'est pas bien ce que tu fais, papy. » Je viens donc rétablir le respect des générations. Quelle est cette question: « À partir de quand dit-on le Chema du soir ? » Il faut bien comprendre quel est l'arrière-plan historique de la rédaction de la Michna.

La Michna a été écrite en quelle année ? Entre 200 et 220. Entre 200 et 220, la Michna a été rédigée. À cette époque, le Temple est détruit depuis l'an 68 ou 70; cela, on le savait déjà à mon bout de temps. Il y a également la domination politique des Romains: nous sommes sous domination romaine. Et il existe à l'époque une religion rivale du judaïsme qui est en train de s'établir, le christianisme, qui n'est pas encore religion officielle de l'Empire romain, mais qui va bientôt l'être.

L'argument du christianisme, c'est que le peuple d'Israël a été abandonné, et donc qu'il n'est plus le peuple qui témoigne de l'unité de Dieu. Ce n'est plus son rôle: cela est passé à quelqu'un d'autre, à l'Église en l'occurrence. D'accord ?

Et l'argument est très fort: vous n'avez plus de Beit Hamikdach, donc vos péchés ne sont pas expiés, puisque vous n'avez pas d'endroit où amener les sacrifices. En fait, vous n'êtes plus le peuple de Dieu. Donc toute cette histoire de Torah orale n'a aucun sens, la loi orale étant la loi d'Israël pour l'éternité. Il faut donc répondre à cette question, et la question est de savoir si l'on peut lire le Chema. Qu'est-ce que le Chema ?

C'est la proclamation de l'unité de Dieu comme étant le Dieu d'Israël: Chema Israël, Hachem Elokeinou, Hachem Ehad. Comment ? Il ne s'agit pas, après tout, de parler de la vie des mitsvot, mais d'être le peuple à travers lequel cette unité se manifeste. D'accord ? C'est ce que veut dire le verset Chema Israël. C'est donc quelque chose d'extrêmement important. Ce que nie le christianisme, c'est qu'Israël puisse, même en état d'absence de révélation de la Chekhina, continuer à lire le Chema.

Peut-on lire le Chema du soir, arvit, lorsque c'est le soir d'Israël ? Qu'est-ce que le soir d'Israël ? C'est le temps de l'exil. Y a-t-il une légitimité à affirmer que Dieu se manifeste en tant qu'Unique à travers le peuple d'Israël pendant un temps où il n'y a pas d'expiation des péchés ? C'est cela, la question que pose la Michna.

Oui. Non, d'abord parce qu'on a l'habitude de lire Arvit. Oui. Mais il y a écrit Arvin. Alors j'ai rectifié. C'est également une sorte d'entêtement à la précision. D'accord ? Je m'entête, c'est un truc comme ça. Voilà, bon. Mé-eimatai korin et Chema be-arvin: est-ce qu'on peut lire le Chema quand on est en situation d'exil ? C'est cela que cela veut dire. C'est la question qui va légitimer toute la loi orale. Vous comprenez que cette question est fondamentale; elle n'est pas posée pour rien.

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