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Les noms des tribus, une symphonie du pluralisme

Comment les bénédictions de Yaakov font tenir ensemble des fils si différents, par l'émouna et la tolérance.

8 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Pourquoi le premier Temple a été détruit, selon le Maharal, 8 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

À nos chers téléspectateurs, shalom. Heureux de vous retrouver sur la télévision du Machon Meir depuis Jérusalem. Nous allons, bien sûr, entamer ce livre de Chemot, que certains traduisent par l'Exode, alors que la traduction littérale est véritablement « les Noms ». Et à travers ces noms, nous allons commencer à parler de ce que j'appellerai la Symphonie des Tribus.

Dès la fin du livre de Béréchit, au début du Sefer Chemot, Yaakov disparaît de la scène de l'Histoire. Il va bénir chaque enfant d'une bénédiction.

Bénédiction, encore une fois: une bonne parole. En hébreu, c'est bérakha, qui vient de la racine berekh, le genou. Le genou sur lequel on se pliait, concernant les femmes, pour donner naissance. Vous avez donc compris que la bracha n'est pas simplement la bonne parole, mais ce que cette bracha est capable de générer et d'engendrer. Chacune des tribus va donc recevoir une bracha qui lui est tout à fait particulière et surtout singulière.

Si vous le voulez, à travers ce particularisme et cette singularité, nous allons rentrer dans ce que nous pouvons appeler le pluralisme. Nous allons dire un mot là-dessus.

Malgré leur singularité, malgré leur particularisme, il y a quelque chose qui réunit l'ensemble des frères. Au-delà de cette singularité, la émouna, c'est-à-dire la confiance, la fidélité, la vérité auxquelles ils sont attachés, est l'élément vecteur qui leur permet de se mouvoir dans l'histoire en une seule et même pièce. Sur la scène de l'histoire, ils présentent pourtant des personnages totalement différents les uns des autres.

Si, dans la transcendance de leur rencontre, cette confiance, cette fidélité, cette vérité, que je traduis par émouna et dont la racine renvoie à ne'eman, est l'élément vecteur, dans le terre-à-terre, dans le quotidien de l'existence, ce qui va permettre aux frères, malgré leur particularisme et leur singularité, de marcher ensemble, c'est la tolérance. En hébreu, c'est sovlanout.

Pour ceux qui connaissent l'hébreu, la racine est presque sével, une souffrance. La tolérance, c'est la capacité que nous avons de supporter autrui dans sa différence, et de devoir, à travers cette différence, le reconnaître pour pouvoir marcher ensemble.

Le pluralisme est né en Égypte, par les brakhot qui sont émises par le patriarche Yaakov. Nous connaissons les difficultés que vont vivre les frères depuis le temps où ils étaient en Erets Israël jusqu'à leur descente en Égypte. Rien ne sera aisé, ni entre les frères et Yosef, ni entre les frères eux-mêmes. Les noms qui vont être les leurs, et que Yaakov va utiliser pour les bénir, ces noms, selon Rachi et le Midrash que j'ai devant moi, vont nous enseigner quelque chose.

Comme dira le Maharal de Prague, Rabbi Oudalev, au XVIIe siècle: le nom est l'essence de l'être. Et si le nom est l'essence de l'être, c'est la raison pour laquelle il est très important de savoir quel nom nous choisissons pour le nouveau-né. Car dans ce nom, il y a non seulement une essence première, mais cette essence est porteuse d'un sens, ou si vous préférez, d'un projet.

Le nom que je porte, quand le Maharal dit que le nom est l'essence de l'être, c'est d'abord et avant tout que ce nom est porteur d'un projet dans l'histoire de cet être-là. Le nom qui est le nôtre, parce qu'il est porteur de cette essence et de ce sens, va nous permettre de préserver le souvenir de nos origines et de notre finalité, face à tous les drames ou toutes les joies de notre histoire. Gardons à l'esprit que chaque tribu est le reflet du peuple d'Israël.

Et ce n'est que dans la pleine acceptation de l'ensemble de ces caractères si différents, si singuliers, que le reflet de l'image de la nation d'Israël peut se faire. Vous savez qu'en français, on appelait les juifs « ces juifs de confession mosaïque ». Et la mosaïque, nous savons ce que c'est. Cela prête bien entendu à réflexion par rapport à ce que nous sommes en train de dire.

Lorsque Yaakov veut dévoiler le futur, l'Éternel l'en empêche. Mais les enfants d'Israël réagissent et déclarent à Yaakov: Chéma Israël, écoute, Israël. C'est le nom de Yaakov: écoute Israël, l'Éternel notre Dieu, l'Éternel est un. C'est-à-dire: n'aie crainte, au-delà de nos différences, la émouna nous mène. Le projet qui est le nôtre reste l'élément commun. Ou, si vous préférez, dans la terminologie des sciences politiques, c'est l'idéologie d'intérêt général: elle est la nôtre, ne t'inquiète pas, Israël.

Ils vont suivre la loi divine, chacun à sa manière, mais ensemble, pour refléter cette volonté du projet créateur. Une émouna vivante, dynamique.

Certainement pas pieuse, parce que le pieux, comme disait zatsal, le pieux est inamovible, alors que la émouna d'Israël est quelque chose de dynamique et de vivant.

Nous avons affaire à une véritable orchestration symphonique, vous l'avez compris, où les cuivres, les instruments à vent, etc., sont capables de se réunir, de s'unir dans une symphonie fantastique ou pastorale, dirigée par un menatséah capable de vaincre l'ensemble et d'en faire une symphonie.

Le terme de Nétsah en Israël veut dire non seulement la victoire, mais l'éternité. Car seuls ceux qui sont capables de vaincre cette pluralité, et d'en faire, de ce pluralisme, une unité symphonique ou fantastique, accordent l'éternité à ce projet. C'est peut-être la raison pour laquelle nous sommes encore et toujours là, envers et contre tous les aléas ou les pensées de tout un chacun.

Je vous souhaite une bonne journée depuis Jérusalem, sur la chaîne du Machon Meir. Shalom, shalom.

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