Caïn, la ville et la perte de l'identité humaine
Pourquoi nommer la ville Hanoch efface l'homme, et comment Chet répare la chute de Caïn.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Noah, grâce et mérite de l'être, 60 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
## Le chapitre et le verset
Chapitre Dalet, au verset Yod-Zayin. C'est facile à savoir où c'est, surtout quand on ouvre le livre et qu'on ne le laisse pas se fermer sur la table. Chapitre Dalet, verset Yod-Zayin.
Hanok, l'inauguration. En hébreu, une inauguration se dit Hanoukha. C'est un féminin. Le masculin, c'est Hanok: il inaugure. Il inaugure une nouvelle histoire, une nouvelle histoire humaine, étant donné que l'histoire de Cain a échoué, celle de Hevel aussi. Alors on va recommencer. C'est-à-dire qu'il y a toujours possibilité de réparer. Et il fut constructeur de villes.
C'est quoi une ville ? Je crois que nous en avons déjà parlé. C'est l'organisation de l'espace par l'homme. L'espace dans lequel vit l'homme est un espace sauvage, qui est soit la nature sauvage, soit le champ. Le champ est le lieu du développement, et c'est là qu'est arrivé le meurtre. Qu'est-ce que je vais faire avec tout ça ? Bon, vous en voulez ?
Donc, il y a dans la nature un élément qui entraîne l'homme à la violence. Par contre, il y a une manière d'organiser l'espace en fonction de l'homme, et ça, c'est la ville. Dans la ville, il y a des institutions, il y a des rues, il y a un certain ordre qui correspond aux nécessités de la civilisation humaine. Donc, de ce point de vue-là, on peut dire qu'il y a un développement. Surtout que ça veut dire que Cain sort de l'errance, étant donné que sa malédiction était l'errance. Et là, brusquement, il se retrouve sédentaire. Il y a donc ici un problème.
## Ville et identité
Quand on donne le nom d'un homme à une ville, ça peut vouloir dire deux choses: soit qu'on va humaniser la ville, soit qu'on va déshumaniser l'homme. Comme Chekhem, par exemple. — Quoi, Chekhem ? — Comme Alexandrie ? — Je ne sais pas. — Oui, Chekhem, exactement. Dans le cas de Chekhem, c'est un peu différent: c'est une ville qui a donné son nom à l'homme. Tandis qu'ici, c'est l'homme qui donne son nom à la ville. D'ailleurs, il y a un rapport. Si tu regardes dans le verset, il y a écrit Kechem.
Sous le mot Kechem, il y a un ta'am. Tu as remarqué ? Tu n'as pas le livre. Comment se dit-il ? Il y a écrit, dans le chapitre Dalet, verset Yod-Zayin. Oui, c'est là qu'on est. Sous le Kechem, il y a un ta'am, qui ressemble à une sorte de virgule. Or, ce n'est pas logique. On devrait dire Kechem Beno, et non pas Kechem Benochanor. C'est comme si la ville s'appelait Kechem.
Or, Kechem, ce sont les mêmes lettres que Chekhem. Donc il y a probablement un rapport. C'est-à-dire que quand Yaakov se rend à Chekhem, il voit là-bas qu'il y a un début de réparation de la chute qui s'est passée au temps de Cain. Oui, c'est-à-dire que Chekhem vient réparer ce qui s'est passé au temps de Cain, alors qu'au temps de Cain, c'est l'homme qui donne son nom à la ville.
Donc il renonce à son identité humaine en faveur de la structure dans laquelle il va vivre, la structure urbaine. Tandis qu'à Chekhem, c'est le contraire: la ville a rendu son nom à l'homme. C'est ça, tout le problème. Quand on arrivera à l'histoire de la rencontre de Yaakov et de Chekhem, on verra ce qu'il espérait et pourquoi ça n'a pas marché. D'accord ? Oui ?
— Non, non, justement, c'est la perte de l'identité humaine. C'est-à-dire, par exemple, quand je demande à quelqu'un: qui es-tu ? Et il me répond: je suis un habitant de ce lieu. Ça veut dire qu'il va se définir par rapport au lieu dans lequel il habite. Il a perdu son humanité, alors qu'il aurait dû répondre: moi, je suis Georges, ou Albert, peu importe. Il a une personnalité, et cette personnalité est perdue au profit de la ville.
— Alors justement, Kiryat Moshe, ce n'est pas Moshe. Ça veut dire la cité de Moshe. C'est comme l'État d'Israël, qui en hébreu s'appelle Medinat Israël, ce qui veut dire l'État qui appartient à Israël. Donc c'est tout à fait différent. D'accord ? Si on avait appelé la ville Moshé, alors là, ça aurait été un autre problème. Oui ?
— Je ne comprends pas, c'est mauvais de définir quelqu'un comme étant un habitant d'un lieu ? — Parce qu'on appartient... Non, pas à un clan. Par rapport à une structure qui n'est pas humaine. C'est-à-dire que si je suis habitant de la ville, ça veut dire que je n'ai pas de personnalité: c'est la ville qui va me définir. C'est comme quelqu'un qui dit: bonjour, je suis le plombier. D'accord ? Je suis le plombier, alors qu'en fait, ce n'est pas le plombier. Il est d'abord une personne, avant d'être plombier.
Plombier, c'est son métier. Plombier, d'ailleurs, c'est un exemple parmi tant d'autres. Ça aurait très bien pu être tout à fait autre chose. Je suis le postier, par exemple. Mais bon, il faut bien prendre un exemple. — Quand il se présente dans ce cas-là, le plombier ou le postier, il se présente sous son métier. — Oui, d'accord. Mais avant d'être plombier, je suis d'abord une personne. D'accord ?
Georges ou Jacques, d'ailleurs, ça marche aussi. Ou David, pourquoi pas un nom hébreu. D'accord ? — Je n'ai pas compris. — J'arrive, je dis: je suis là. C'est aussi un problème, bien sûr. D'accord ? — Oui ? — C'est pour ça que j'ai un nom, d'ailleurs. Mais il fut un temps où j'avais la fonction de recevoir les élèves à la Mir, dans la section israélienne.
Et je me rendais compte, dès le premier entretien, que certaines questions m'expliquaient tout de suite quel type de personne j'avais en face. Si je demande à quelqu'un: voilà, bonne question, n'est-ce pas ? Qui es-tu ? Et qu'il me répond: je suis untel, truc chouette. D'accord ? Très bien. Donc il se définit par rapport à son nom, sa personnalité. Mais s'il me répondait: je suis un nouvel élève, je savais déjà qu'il y avait un problème. Il a peur de donner son nom. Il m'est arrivé un cas où ça a pris 20 minutes jusqu'à ce que la personne dise son nom. Et là, j'ai compris qu'il avait un problème de personnalité, comme ça.
— De ? — De Goumara. — Ah oui, bien sûr, c'est la Goumara. Bon, alors, ce que ça va entraîner, regardez le verset. Le verset, je pense que nous ne l'avons pas encore étudié. Chapitre Dalet, au verset, n'est-ce pas ?
## Ville, chute et effacement du divin
Et donc l'inauguration a entraîné la ville, qui a entraîné la chute. D'accord ? Que veut dire Irad ? Irad: ville et descente. Donc il est entraîné dans sa chute par la ville. Et la chute de la ville entraîne l'effacement de Dieu.
— Oui, exactement. — Et après, ça élimine la référence au divin. — Oui, mais pourquoi la Torah nous donne-t-elle leur nom ? Est-ce qu'on s'en fiche de …
Cours de Machon Meir
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