La prière, élever son cœur et sa personnalité
Pourquoi certains sages interrompaient leur étude pour prier et d'autres non, selon la notion de Torah Tam Oumanouto.
Rav David Partouche
Ensuite : La prière, service du cœur après l'étude, 16 min
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Shalom à tous, nous étudions aujourd'hui la prière, la prière comme possibilité d'élever sa personnalité. La prière, comme nous l'avons vu, est appelée Avodah Shebalev, le service du cœur. Nous avons appris que nous pouvons changer notre cœur, nos sensations, grâce à la tefila. La Guemara parle d'un cas très spécial, où l'on raconte que certains hachamim étudiaient la Torah.
Lorsque les étudiants de la Torah arrivaient au moment du Kriat Chema, de la lecture du Chema, ils s'arrêtaient pour lire le Kriat Chema, puis ils continuaient leur étude. Lorsqu'ils reprenaient leur étude, arrivait le moment de réciter la tefila. De quelle tefila parle-t-on ? De la Amida. Quand arrivait le moment de réciter la Amida, la tefila, ils s'arrêtaient d'étudier, ils fermaient les livres et ils allaient faire leur prière.
Mais on voyait d'autres sages, dont Rabbi Shimon Bar Yochai. Rabbi Shimon Bar Yochai, lui, étudiait, s'arrêtait d'étudier lorsqu'il devait faire le Kriat Chema, la lecture du Chema Israël, lorsqu'on vient accepter le joug divin. Il reprenait ensuite son étude, et lorsque venait le moment où il fallait faire la tefila, la Amida, les 18 bénédictions, il ne s'arrêtait pas et continuait son étude.
On voyait donc qu'il ne s'arrêtait pas et continuait son étude. Et l'on se pose la question: pourquoi certains rabbins s'arrêtent-ils d'étudier et pourquoi d'autres ne s'arrêtent-ils pas ? Au niveau de la loi, il faut savoir que l'étude de la Torah est tellement importante que si tu étudies la Torah, tu es exempté de faire d'autres mitsvot. Maintenant, de quoi parle-t-on ? On parle d'un cas où, si tu étudies la Torah, tu as une autre mitsva que tu peux faire plus tard, ou que tu n'es pas le seul à pouvoir accomplir, alors tu dois continuer ton étude de Torah. C'est pour cela que l'on comprend que même Rabbi Shimon Bar Yochai, lorsqu'il étudiait sa Torah et que le moment du Kriat Chema arrivait, devait lire le Kriat Chema. C'est pour cela que ces sages arrêtaient d'étudier pour pouvoir lire le Chema Israël.
Mais pourquoi ne s'arrête-t-il pas d'étudier pour aller prier, pour réciter la Amida, pour réciter les dix-huit bénédictions, alors que c'est la chose la plus essentielle de la tefila ? Si Rabbi Shimon Bar Yochai est exempté de la tefila, ou se sent exempté de la tefila, il faut pouvoir l'expliquer. L'étude de la Torah est-elle plus grande que la tefila ? Et s'il est vrai que l'étude de la Torah repousse, et même peut annuler, la récitation de la prière, alors comment se fait-il que les autres hachamim, eux, s'arrêtaient au moment de la tefila ?
En résumé, certains hachamim, dont Rabbi Shimon Bar Yochai, ne s'arrêtaient pas, même pour réciter la tefila; d'autres sages, eux, étudiaient et s'arrêtaient pour réciter la tefila. La réponse de l'Aggada est la suivante.
Ceux qui ne s'arrêtaient pas pour réciter la tefila, comme Rabbi Shimon Bar Yochai, étaient exemptés de la tefila. Pourquoi ? Parce que Torato oumanouto. Qu'est-ce que Torato oumanouto ? Leur Torah, la Torah à laquelle ils se consacraient entièrement, l'étude de la Torah, était leur oumanout. Qu'est-ce que oumanout ? C'est l'artisanat, c'est la réalisation concrète des choses. On pourrait traduire aujourd'hui par « son travail ».
Vous savez, aujourd'hui, lorsqu'une personne entre dans le monde de la Torah et veut se consacrer plusieurs années à son étude, on dira: Torato oumanouto. L'étude de sa Torah tient lieu de son travail. C'est son métier. Et Rabbi Shimon Bar Yochai, sa Torah, c'était son métier.
Mais si c'est véritablement son oumanout, cela ne l'exempte pas totalement de réciter la tefila. Quel rapport ? Parce que la Torah est son travail, il ne doit pas réciter la tefila, mais la tefila est une mitsva. Non. La tefila, il la réalise lorsqu'il étudie la Torah. Comment peut-on réaliser la Torah et la tefila en même temps ? Dans quel cas ? Dans un cas très simple.
Lorsqu'on étudie la Torah, on met en avant notre intellect. Il faut certes utiliser toutes les forces de notre âme, mais qu'est-ce qui est mis en avant ? L'intellect. Et il y a un danger. Quel est ce danger ? Lorsque je fais une étude de Torah, l'intellect est tellement sollicité, parce qu'on se casse la tête pour comprendre logiquement et rationnellement, de la façon la plus droite, la plus logique, qu'on essaie de comprendre la Torah. Il y a un véritable danger: que ma rencontre avec la Torah de Hakadoch Baroukh Hou reste intellectuelle.
Et lorsqu'il y a cette crainte, on a tout de suite l'obligation de s'arrêter d'étudier pour prier. Lorsque je prie, lorsque je fais ma tefila, mon but est de permettre de prendre cet intellect de Torah, ces connaissances de Torah, et de les faire petit à petit pénétrer dans ma personne. Petit à petit, les faire rentrer dans mon cœur. Ça, ça va être l'action de la tefila.
Or on comprend, d'après la Guemara, que si Rabbi Shimon Bar Yochai continuait d'étudier et ne s'arrêtait jamais pour réciter la tefila, la Amida, les dix-huit bénédictions, alors je comprends que, même lorsqu'il étudiait la Torah, il l'intégrait automatiquement, il l'intériorisait. Il vivait ce qu'il étudiait. Et c'est cela qui fait la différence. Lorsqu'une personne est dans la Torah et met complètement de côté son cœur, ses lèvres, elle n'est qu'intellectuelle, au niveau de la Torah. Alors c'est que le travail de la tefila, le travail de la prière, n'a pas été réalisé.
Le travail de la prière va permettre à l'homme de vivre les idéaux de la Torah. Ça, c'est le but de la tefila.
On voit donc une action tout à fait nouvelle de la tefila, que nous ne connaissions pas. Nous pensions que le but de la tefila était de recevoir, comme lorsque nous faisons des courses: je veux ça, je veux ça, je veux ça. On voit maintenant que la tefila, c'est élever son cœur, élever sa personnalité, élever tout son monde émotif. En effet, c'est là son but. La tefila, c'est m'élever. La tefila, c'est sentir ce qu'il faut sentir, ressentir ce qu'il faut ressentir.
Une personne pourrait s'écrier: mais pourquoi changer ? Mes émotions sont tout à fait légitimes. Aujourd'hui, dans la culture ambiante, qu'est-ce qu'on entend ? On entend: si je le ressens, c'est vrai. Si je le ressens, c'est une vérité qu'il faut réaliser. Il y a des personnes comme cela: lorsqu'on leur parle, elles répondent: non, c'est ça que je sens. Je le sens, c'est de la vérité. Si je le sens, il faut que je fasse ça. Je sens qu'il faut aller là-bas. Je sens qu'il faut faire ça. Je sens qu'il faut que je fasse telle ou telle action. Je sens que je dois me marier avec cette personne. Je sens que je dois choisir tel travail. Je sens qu'il faut que j'aille dans tel ou tel pays. Mais qui te dit que ce que tu sens est vrai ? Qui te dit une chose pareille ?
Souvent, malheureusement influencés par les influences extérieures, nous ressentons des choses qui ne sont pas forcément vraies. Ce ne sont pas forcément des choses …
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