La Akedat Yitzhak : l'épreuve est-elle celle d'Avraham ou de Yitzhak ?
Deux midrachim s'opposent sur la personne mise à l'épreuve, et le texte tranche selon Rambam et les Sages.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Vayomer Abraham Abraham : le double nom et l'akédat Yitzhak, 58 min
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Je crois que nous sommes encore dans le livre de Berechit. On n'a pas fini. Nous sommes dans la paracha de Vayera, au chapitre 22, au verset 1: « Il advint après ces événements… » Que veut dire le mot Devarim ? En hébreu moderne, Devarim signifie « des choses ». En hébreu biblique, cela signifie « des paroles »; accessoirement, des événements. Mais cela veut dire essentiellement des paroles. C'est pour cette raison que les Midrashim ont cherché à savoir de quelles paroles il s'agit.
Regardez dans Rachi. Certains de nos maîtres disent: après les paroles du diable. Le diable, c'est l'accusateur. C'est-à-dire qu'il y a une accusation contre Avraham. Quelle est son accusation ?
Il disait: « De tout le festin qu'Avraham a fait lors du sevrage de Yitzhak, il ne nous a offert ni un taureau ni un bélier. » Alors Dieu répond au Satan: « Tout cela, il ne l'a fait que pour son fils. Si je lui disais de sacrifier son fils, il ne s'empêcherait pas de le faire. » Et c'est cela qui va entraîner l'Akéda.
Et d'autres disent: après les paroles d'Ismaël. Surprenant: on n'a jamais entendu Ismaël parler dans la Torah, mais dans le Midrash, il parle.
Qu'est-ce qu'il dit dans le Midrash ? Il s'enorgueillissait face à Yitzhak, parce que lui avait été circoncis à l'âge de treize ans. Et à treize ans, on a le pouvoir de s'opposer, et il ne s'est pas opposé. Donc, tu vois bien: toi, Yitzhak, tu avais huit jours; à huit jours, on ne peut rien faire pour s'opposer. Mais à treize ans, on peut, et je ne me suis pas opposé, donc je suis prêt à sacrifier une partie de moi-même en l'honneur de Dieu. Toi, tu ne fais rien.
Et Yitzhak lui a répondu: « Si Dieu me demandait de me sacrifier, je ne m'empêcherais pas de le faire. » Donc, vous voyez les deux Midrashim. L'un, c'est une épreuve pour Avraham. L'autre, c'est une épreuve pour Yitzhak. D'accord ? On va voir de quoi il est question.
La première opinion, qui dit que c'est une épreuve pour Avraham, est plus logique du point de vue du sens immédiat du texte, puisqu'il est dit ensuite: « Vehaélohim nissa et Avraham. » Dieu a mis à l'épreuve Avraham, donc pas Yitzhak. Alors comment comprendre le Midrash qui nous dit que Yitzhak était prêt à se sacrifier, et que c'était cela l'épreuve, alors que le texte dit que c'est l'épreuve d'Avraham ? Vous avez compris ma question ?
Il y a un Midrash qui dit que Dieu a dit qu'Avraham est prêt à sacrifier son fils. Donc c'est une épreuve pour qui ? Pour Avraham. Le deuxième Midrash nous dit que Yitzhak a discuté avec Ismaël, et que Yitzhak lui a dit que si Dieu me demandait à moi de me sacrifier, je me sacrifierais. C'est une épreuve pour qui ? Pour Yitzhak. Que dit le verset ? « Vehaélohim nissa et Avraham. » Dieu a éprouvé Avraham. Donc qui a raison ?
Le premier Midrash. D'après le premier Midrash, c'est une épreuve pour Avraham; d'après le deuxième, c'est une épreuve pour Yitzhak. D'accord ? Une seconde. Vous avez compris ça ? Bon. Maintenant, dans le contexte du verset, qui est mis à l'épreuve ? Avraham. Donc lequel des deux Midrashim est le bon ? Le premier. D'accord. Alors comment se fait-il qu'il y ait un deuxième Midrash ? Vous avez compris la question maintenant ? Voilà. Est-ce que c'est différent de ce qu'on a dit avant que je vous pose la question ?
C'est exactement la même chose. La différence, c'est que là, maintenant, vous étiez concentrés parce que vous aviez peur de moi. D'accord ? Bon. Alors, je vous recommande de faire attention pendant le cours, de vous concentrer. Non, pas avoir peur, justement: de vous concentrer pour ne pas avoir peur. Voilà.
Donc, il y a ici l'épreuve: elle est soit pour Avraham, soit pour Yitzhak. D'après le Pachad, c'est Avraham. C'est une question que pose Maïmonide: comment se fait-il que le texte n'ait pas dit que Dieu a éprouvé Yitzhak ? Celui qui doit être sacrifié, c'est Yitzhak. Alors pourquoi dire que c'est Avraham ? La conclusion du Rambam, par exemple, c'est que Yitzhak était un enfant. Donc ce n'est pas une épreuve pour lui. Pourquoi ce n'était pas une épreuve pour lui ? Parce que c'est un enfant, qui ne comprend pas très bien ce qui se passe.
Tandis que le Midrash nous dit que non, Yitzhak avait trente-sept ans. À trente-sept ans, on est en pleine conscience, ce n'est pas un enfant. Le Rambam pense qu'il est impossible de dire qu'il avait trente-sept ans, mais les Hachamim, eux, disent qu'il avait trente-sept ans. Alors comment comprendre cela ? Cela veut dire que pour Yitzhak, ce n'est pas une épreuve. Pour une raison très simple: Avraham, quelle est sa midda ? Hessed. Il connaît donc Dieu comme celui qui donne. L'épreuve, c'est quand Dieu lui dit: je reprends. D'accord ? C'est cela qui est difficile pour Avraham à concevoir.
Mais la midda de Yitzhak, c'est quoi ? Le din. Le din, cela consiste à dire: je dois payer le prix de ce que je reçois. Donc quel est le prix de ce que je reçois ? Moi-même. Cela rentre dans la logique de la midda du din. Donc, pour Yitzhak, il n'y a pas d'épreuve. C'est normal. Pour lui, c'est normal.
On pourrait dire que ce qui va blesser Yitzhak, c'est quand on lui dit: non, non, non, tu descends de l'autel. Ah bon ? Pourquoi ? Pourquoi, je ne suis pas assez bien ? Peut-être pas assez gras ? D'accord ? Alors pourquoi n'a-t-il pas eu l'idée plus tôt ? Parce qu'on ne le lui avait pas demandé. Mais on peut dire qu'il était prédisposé dès le départ à se sacrifier. Pour Yitzhak, c'est une évidence de se sacrifier. On pourrait dire que c'est le sommet des espérances de sa vie.
Or, ce qui est surprenant, c'est que finalement la Torah dira non, tu ne seras pas sacrifié. Pourquoi donc ? D'accord ? C'est probablement... ça a l'air tout à fait injuste d'empêcher Yitzhak de revenir à la source de la vie. D'accord ? Oui ? Exactement. Il faut voir le comportement d'Avraham, le comportement de Yitzhak, etc. Oui, d'accord.
Bon, mais cela, on l'avait déjà vu au début de la paracha: Yitzhak, c'était la naissance de la midda du din, et toute la paracha, c'est l'accoutumance d'Avraham à la midda. D'accord ? On avait vu cela. Bon. En tout cas, il y a ici tout un projet que nous allons devoir comprendre.
« Ce fut après ces paroles-là. » Donc qui met Avraham à l'épreuve ? Ah ! Vous avez vu la différence ? Vous avez répondu « Elohim », mais dans le texte, il n'y a pas écrit cela. Il y a écrit Ha-Elohim. Or ce n'est pas du tout la même chose. Quand on dit Elohim, il s'agit de Dieu. Quand on dit …
Cours de Machon Meir
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