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Le déluge, la justice et l'éthique selon le Rav Kook

Le déluge comme avertissement : une humanité qui refuse de se mouiller, et la morale comme contenant de la Torah.

16 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Noé, l'arche et la mémoire de la conjugalité, 20 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Rav Yoel: Shalom ouvracha, heureux de vous retrouver aujourd'hui dans une nouvelle série Be'ezrat Hachem concernant l'actualité, bien entendu avec l'œil de la Torah. Et aujourd'hui avec moi le professeur Rony Akrish. Bonjour mon cher ami.

Rony Akrish: Shalom Rav Yoel, shalom. Nous sommes heureux de nous retrouver pour ce nouveau Tête-à-tête. Tout à fait.

— Puisque nous parlons de la section de la Torah de Noé, je voudrais voir un peu comment tu vois, toi, le sens du déluge. Que représente en fait ce déluge ? Est-ce que le déluge dont la Torah parle dans cette section de Noé peut revenir dans différentes générations ? Comment aussi y échapper ? Comment se protéger ? Et de quelle sorte de déluge nous devons nous méfier ?

— Alors je commencerai par ce qu'on dit dans la Guemara, c'est-à-dire par quelque chose qui nous fera sourire. Je dirais que le déluge est venu noyer une civilisation qui ne voulait pas se mouiller. Les choses sont claires.

— L'exemple que nous aurons est celui de Nahchon ben Aminadav qui, lorsqu'il est mis au-devant des vicissitudes du moment, se trouve dans un véritable dilemme cornélien entre l'épée et la noyade, et voici qu'il va décider de se mouiller. Cette civilisation ne se mouille pas. Et tu vas voir que ta question n'est pas du tout à mauvais escient, bien au contraire.

— Parce que oui, le Mabul tel que nous l'entendons dans la parachat Noa ne sera plus le Mabul tel qu'il eut lieu à l'époque de Noé. Mais est-ce qu'il y aura d'autres formes de Mabul ? Certainement, parce qu'il y aura d'autres formes de civilisation qui éviteront elles aussi de se mouiller et qui, d'une certaine manière, appelleront l'histoire à les remettre en question. Et quelquefois la remise en question de leur grandeur ira jusqu'à la décadence la plus totale. Je pense aux empires, par exemple.

— Alors, ma première réponse, après ce mot qui nous fait sourire, que les civilisations sont noyées parce qu'elles ne veulent pas se mouiller, est: la question est à bon escient. Qu'est-ce que nous faisons, qu'est-ce que nous entendons de cela ? Avant d'avancer...

Rav Yoel: Mais je te pose la question aussi. Bien entendu. Avant de rentrer un petit peu plus dans le sujet, je voudrais juste prendre un des éléments que tu viens de mentionner, avec le jeu de mots « ne voulait pas se mouiller ». Que devait-il faire pour se mouiller ? Qu'est-ce que cette génération, et qu'est-ce que toutes les générations durant l'histoire, ont peur de faire ? En quoi ne se mouille-t-elle pas ? Et quel genre de liquide devrait-elle en réalité avoir en main ?

Rony Akrish: Pour moi, la réponse est très simple: la justice et le droit. Je n'ai rien d'autre à dire. On va dire, et on continuera à dire, que Rony Akrish est toujours en quête de cela. Oui, je suis en quête de cela, car je suis intimement persuadé, convaincu, et prêt à me confondre avec n'importe qui, sur l'essence du message thoranique et de la philosophie concernant le devenir de l'homme. Elle passe par la justice et le droit.

— C'est extraordinaire, parce qu'en face de moi j'ai l'un des livres clés sortis il n'y a pas très longtemps de notre maître le Rav Kook, Chmonah Kevatsim, et dans le chapitre 499 il dit la chose suivante. Ça va en fait dans le sens de ce que tu viens de dire: toute la Torah d'Israël n'est qu'une explication, n'est qu'une mise à jour, en fait. C'est-à-dire comment l'existence de ce monde et la morale et l'éthique humaine vont de pair. Ça veut dire qu'en réalité le Rav Kook nous résume l'essentiel de la Torah en deux mots: l'humanité éthique, la morale de l'humanité.

Rav Yoel: Absolument. Je crois que, lorsqu'il utilise de manière aussi concise cette dialectique qui met face à face l'humain et la morale, l'humanité et son éthique, il résume l'essentiel de ce que nous avons voulu dire. Alors pourquoi n'insiste-t-on pas ? Juste rajouter un point, avant de te redonner la parole.

Rony Akrish: Rajouter un point: non seulement ceci est un phénomène axiomatique, c'est-à-dire un principe de base, mais à partir de ce principe de base, si l'on veut qu'il y ait une évolution, quelle qu'elle soit, il faut que cette évolution soit basée, bien entendu, sur la continuité de cette rencontre discursive qu'on appelle dialectique en philosophie. Discursive dans le sens où, entre le fait qu'il y ait une humanité, le fait que certains pourraient penser que la morale est à l'antithèse de l'humanité, qu'elle dérange la liberté d'expression de l'humanité, le Rav Kook, avec ses deux mots, nous donne une synthèse de l'ensemble. C'est pour ça que j'appelle cela dialectique: non seulement l'axiome de base, le principe de base, mais l'évolution, le devenir de cette humanité, ne pourra se passer que dans la rencontre de ces deux éléments, et de manière perpétuelle et constante.

— Je suis d'accord, mais lorsqu'on entend des hommes de Torah, des gens qui étudient, qui ont l'habitude d'étudier, d'être érudits dans la Torah, qui se disent des hommes de Torah, dire que dans la Torah il y a en réalité la clé de tout... Mais d'après ce que le Rav est en train de nous dire maintenant, il y a en réalité deux éléments: la Torah d'un côté, et l'éthique de l'autre. Est-ce que je dois d'abord être un homme de morale avant de recevoir la Torah, ou bien en étudiant la Torah, est-ce que j'acquiers automatiquement, naturellement, intuitivement, ces valeurs morales ? Parce que d'après ce que le Rav nous dit ici, il y a deux choses bien distinctes.

Rony Akrish: Je vais te répondre très succinctement, parce que moi ça m'intéresse d'entendre ce que toi tu as à dire aussi. Mais le rapport que je ferai, c'est entre le contenant et le contenu. Je crois qu'il n'y a pas besoin d'avoir fait de longues études pour comprendre que si ce verre n'était point, je n'oserais pas penser pouvoir y verser un liquide, quel qu'il soit. Le contenant.

Rav Yoel: J'entends bien, tu parles du contenant, c'est-à-dire des vertus de l'homme, la vertu de l'être. Et lorsque ce contenant n'est ni fêlé, ni brisé, ni déchiré, je peux y verser le contenu, c'est-à-dire l'essentiel. Mais n'est-ce pas la Torah qui est censée aussi apporter ce contenant, à part le contenu ?

Rony Akrish: Alors, je dirais que, par rapport à ce que j'ai expliqué précédemment, le contenant est le principe de base, l'axiome à partir duquel... Mais il n'est pas dans la Torah ?

Rav Yoel: Attends, il faut cet axiome de base, ce dont va se préoccuper la Torah, et que le Rambam définit au troisième portique, à partir des chapitres 31, 32, 33, à savoir que l'ensemble des mitzvot ont été donnés à l'homme afin de le redresser, ou de lui faire courber les échines. Mais courber les échines, ou redresser ses idées, c'est bien évidemment lui montrer le chemin de la droiture et de la justice. L'évolution, le …

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