Caïn et Abel, la fraternité dans la Genèse
Rav Akrich explique la figure du premier-né égoïste face au second conscient de l'autre, et le retour du dialogue à la fin de Béréchit.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Le déluge, la justice et l'éthique selon le Rav Kook, 16 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
J'ai le plaisir de vous retrouver pour une nouvelle émission de la télévision de Machon Meir, diffusée depuis Jérusalem, et également le plaisir de recevoir aujourd'hui Roni Akrish. Shalom David, Boker Tov.
— Boker Tov, Roni. Le livre de Béréchit, la Genèse, dès ses débuts, nous relate un fratricide: Caïn tue son frère Abel. Dès lors qu'apparaît l'autre, dans une famille qui nous enlève notre exclusivité et nous définit non pas comme enfants uniques mais comme frères, il y a jalousie.
Et l'on arrive, au tout début de l'histoire de l'humanité, à un crime et à un échec. Comment arrive-t-on à ça dès le début ?
— Nous arrivons à plusieurs échecs. Ce n'est pas le sujet qui nous préoccupe aujourd'hui. Du point de vue de l'échec, à partir du moment de la création, lorsque l'arbre ne donne pas son fruit, ou lorsque la lune et le soleil ont des divergences et que l'une est obligée de se rendre à la raison de l'autre, etc.
Mais à partir du moment où apparaît l'homme, le premier homme. Car bien souvent nous avons l'habitude de décrire ou de définir Adam comme étant le premier homme. Or il n'est pas le premier homme, puisqu'il est une création à partir de rien, enfin de la terre et de la volonté divine. Mais le premier homme que nous connaissons, comme vous et comme moi, c'est-à-dire issu d'une gestation fœtale, c'est lui, le premier homme.
Et donc l'histoire de l'humanité commence avec ce premier homme, et la relation entre Caïn et Abel va servir de mesure étalon à l'humanité. Alors, pour bien comprendre cette mesure étalon, il faut essayer de comprendre qui sont ces personnages en question. Nous parlons de Caïn, qui est le premier-né, et nous parlons d'Abel, qui est le second.
— Je te laisse tout de suite poser la question que tu veux poser.
— Lorsqu'on est le premier, békhor, c'est-à-dire premier-né, on est porteur d'un caractère particulier, qui sera d'ailleurs également présent, pas ce même caractère, mais un caractère particulier, chez le second. Être le premier-né ou le second-né fait de nous des caractères différentiels.
— Tu veux me demander quels sont les caractères différentiels ? Quels sont les caractères différentiels ?
— Absolument. Le fait d'être le premier-né provoque, non pas à la verticale, puisqu'il reconnaît son père et sa mère, mais à l'horizontale de l'histoire humaine, le fait de ne rien connaître d'autre que soi. C'est donc que cet homme, premier-né, a un caractère qui est d'abord et avant tout égoïste.
— Égocentrique.
— Donc ce meurtre est instinctif. Narcissique.
— Attends, ce n'est pas seulement ça, parce qu'il y a comme une dialectique qui va se créer dès la naissance de ce monde, entre ce Caïn, premier-né, et les premiers-nés, qui pensent par nature que tout leur est dû. Ce côté égoïste. Le second, lorsqu'il naît, qu'a-t-il de différent déjà par rapport à Caïn ? C'est qu'il a conscience de l'existence de l'autre, ce que n'avait pas Caïn.
Ça veut dire que, comme l'a enseigné notre maître Léon Yehouda Shkenazi zatsal à Rav Manitou, le second est celui qui a conscience de l'autre. Il est donc un individu suffisamment moral pour pouvoir reconnaître l'existence de l'autre. Dans ce rôle où Caïn est l'être égoïste et Abel l'être conscient de l'existence de l'autre, comment faire pour que le dialogue s'établisse ?
Comme en écho à cela, on voit quelques paracha plus tard, quelques sections plus tard, à la fin du Sefer Béréchit, l'espoir qui revient. On peut percevoir un espoir dans la notion de fraternité, puisque dans la paracha Vayehi, qui est la dernière section du Sefer Béréchit, nous voyons une section qui se termine par la mort de Yossef, qui a connu une vie semée d'embûches.
Nous voyons la réconciliation, le respect et l'amour entre les frères de Yossef, les enfants de Yaakov, et Yossef lui-même, comme un écho au premier fratricide.
— Tu fais très bien de rappeler cela, parce qu'en fin de compte, le livre de Béréchit est mû par un fil d'Ariane qui va concerner, comme nous avons commencé à le dire, la relation de fraternité. Fraternité...
Bien sûr que, dans le cas précis de Caïn et d'Abel, il s'agit de frères. C'est la première origine sémantique du mot fraternité. Mais cela ne concerne pas simplement les frères, puisque Caïn et Abel, nous l'avons dit, sont la mesure étalon. C'est-à-dire que, eux, à travers cette fraternité, qui va, oui ou non, et nous allons l'expliquer, se réaliser, vont faire valoir la notion de solidarité.
Ce n'est pas par hasard si la France choisira, après la Révolution, le triptyque emblématique de liberté, égalité et fraternité. Il est question de solidarité nationale, de solidarité sociétale. La relation entre Caïn et Abel, c'est que si Caïn est cet être égoïste et qu'Abel est cet être moral, pour donner une définition, tout n'est pas aussi clair que cela. Pour que Caïn rencontre Abel,
que doit-il faire ? Eh bien, je vais te le dire: celui qui est égoïste, lorsqu'il veut rencontrer l'autre, il faut qu'il prenne conscience que l'autre existe. Et la première manière de prendre conscience que l'autre existe, c'est de pouvoir être à son écoute. Et si celui qui est moral veut véritablement établir le dialogue avec l'autre, eh bien, il va falloir que l'être moral, qu'est Abel, apprenne à parler. Et tu le sais comme moi.
Dans la première section, Caïn et Abel établiront, j'appellerai cela, un dialogue non pas de sourds, mais un dialogue de muets. Et je vais te dire quelque chose qui est absolument extraordinaire, que j'ai appris du Rav Tsvi Yehouda Kook zatsal. Muet, en hébreu, c'est Illem. Mais Illem, c'est la même racine qu'Alim. Là où les dialogues deviennent muets, là où la communication n'est plus possible,
la violence, Alimout, se fait jour. C'est quand même assez extraordinaire. Et Caïn tue Abel. C'est le premier fratricide. L'histoire de l'humanité commence avec un fratricide.
— Quel espoir.
— Quel espoir. Est-ce que l'humanité, en débutant sa première épopée, nous fait valoir l'échec de l'humanité et ne propose rien d'autre ?
— Alors tu as eu raison. Rappelons la fin de Béréchit, où, malgré toutes les dissensions qu'il y a eu entre Yossef et ses frères, et tu te rappelles, certains voulaient le tuer, d'autres voulaient le vendre, à la fin de Béréchit, Yossef accepte la réconciliation, et les frères se rendent à raison à cette réconciliation, ce qui permet de poursuivre l'histoire. C'est une grande leçon, puisque cela veut dire que la parole est réparatrice. Yossef n'aurait pas de rancœur vis-à-vis de ses frères, alors que sa vie
a été semée d'embûches et qu'il a connu toutes ces épreuves à cause de ses frères. C'est bien la question qui nous est posée continuellement, à savoir par rapport à celui qui est différent de moi. Abel reconnaît la différence de Caïn, Caïn reconnaît la différence d'Abel, mais ce n'est pas tout que de reconnaître la différence. Comment, à travers cette reconnaissance de la différence, être capable d'élaborer le dialogue ? Dialogue, c'est quoi ? C'est dialogos. Logos, c'est quoi ? C'est la parole ?
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