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Sortir d'Égypte aujourd'hui : l'obscurité, la brisure et l'acheminement

Rav Yoël Ben-Haroche relie la recherche du hametz à l'introspection personnelle et à la sortie collective de nos retranchements.

18 min

Rav Rony Akrich

Ensuite : Pessah, la liberté et le retour à la royauté, 7 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

— Chalom Boker Tov à nos chers téléspectateurs de la télévision de Machon Meir. Nous sommes heureux de vous retrouver. Chagim Oumzmanim Essasson pour cette semaine de Pessah. Chalom au Rav Yoël Benaroch, chalom mon ami Rony Akrish, grand plaisir de vous retrouver. Ensemble, dans ce Tête-à-tête, je laisse tout de suite la parole au Rav Yoël. Dans la Haggada de Pessah, nos Sages nous disent: Bechol Dor Vador, c'est-à-dire qu'à chaque génération, nous devons nous considérer nous-mêmes comme étant sortis nous-mêmes d'Égypte. Qu'est-ce que cela invoque pour toi ? Quelle est notre sortie d'Égypte aujourd'hui ? Comment peux-tu traduire cette sortie d'Égypte que nos ancêtres ont vécue dans l'historique de la sortie d'Égypte ? Comment la traduis-tu dans ton propre degré vivant d'être vivant ?

— J'ai la nette impression que cela se passe à deux degrés: premièrement un degré individuel, et deuxièmement un degré collectif. Au degré individuel, je pense que la recherche du hametz que nous faisons la veille de Pessah n'est pas simplement une recherche du hametz, les oranim. Je dis que si nous faisons cette recherche dans l'obscurité, il est bien clair que nous avons besoin d'une lumière. Mais je crois que c'est dans l'obscurité, ou si tu préfères, à ma manière de le dire, dans les retranchements obscurs de mon existence personnelle, qu'il faut que je sois capable d'accepter d'allumer cette bougie et d'aller y regarder de plus près, dans ce qui obscurcit, en fin de compte, mon existence, à tel point que cela puisse être même un pirou, c'est-à-dire quelque chose d'infiniment petit, mais qui vient, comment dire, comme le grain de sable qui gêne le fonctionnement de la nature.

Au niveau collectif, il est bien sûr important d'essayer de comprendre de la même manière en quoi, au niveau national, aujourd'hui, après les élections qui furent les nôtres, face à ce nouveau gouvernement, à ce nouveau départ, où sont ces retranchements obscurs de la société israélienne, qui est en voie de rédemption, mais qui n'est pas encore rédimée, sur le chemin de cette rédemption ? Comment pouvons-nous nous sortir des étranglements de notre histoire pour mieux advenir ?

— J'ai l'impression, mon cher Rony, que le peuple d'Israël, qui est né au moment de la sortie d'Égypte, comporte en lui un degré métaphysique et méta-historique. C'est-à-dire qu'il contient en lui, en réalité, un degré qui vient d'un au-delà, si je peux m'exprimer ainsi, et que la sortie d'Égypte vient apporter une valeur qui n'était pas dans ce monde, comme une bonne nouvelle, une nouvelle nouvelle qui arrive dans ce monde avec la sortie de ces enfants d'Israël.

— Tu as touché un point extraordinaire en parlant de ce noir. Pourquoi faisons-nous la recherche du hametz quand il fait nuit ? Et en plus, la lueur d'une bougie, dans un état de noir, dans un état de silence, j'allais dire, comme si c'est seulement dans ces degrés-là que tu peux voir les manques et les combler avec ce petit degré de lumière, infiniment petit, mais qui éclaire d'une manière extraordinaire ces petits degrés-là.

— J'aime le silence dont tu parles, parce que ce silence qu'on retrouve dans Bam Midbar, Bam Edaber, où le désert est, en fin de compte, le lieu à travers ou dans lequel il était possible de s'exprimer. Pourquoi ? Parce que dans les silences du désert, comme dans les silences de l'obscurité, il y a cette introspection dont tu parles ici. Je voudrais te citer un passage du Rav Harlap, et je voudrais savoir ce que tu en penses. Le Rav Harlap nous dit que la Gueoula future, je traduis, va apporter avec elle une destruction pour tous ceux qui ne se sont pas habitués à voir les choses en grand, qui ont continué de voir les choses en petit.

— Et du point de vue psychologique, les choses sont claires. D'ailleurs, il y a une occurrence de cela dans ces trois mazot: celle du haut, qui serait presque nishmatique, c'est-à-dire celle de l'âme; celle d'en dessous, qui serait l'homme en lui-même, dans son corps; et celle du milieu, qui serait la nefesh de l'homme, et c'est celle-là que l'on brise. Parce qu'au moment où il y a une véritable rencontre avec l'idéal de l'homme, c'est-à-dire avec ce qu'il y a de plus sublime dans l'homme, il est évident que

cela, pour les gens qui ne se sont pas préparés, c'est là la raison même de l'éducation, la raison même de l'enseignement: cette préparation graduelle à être prêt à pouvoir, comment dire, capter cette lumière nouvelle, ce bonheur nouveau. Et en fin de compte, lorsque l'on n'est pas prêt à arriver à la bonne heure, au bon moment, au bon endroit, alors nous sommes à contresens de cette bonne heure, mais à la « mauvaise heure ». Et là, il y a brisure.

Et en fin de compte, cette brisure n'est pas une finalité, puisque le mot chévèr suppose, dans son sens, dans sa racine foncière, qu'il y a une possibilité de devenir la planche de salut, c'est-à-dire de rédemption, à partir de cette brisure. Mais, bien évidemment, lorsque le monde, l'individu, la collectivité ne sont pas prêts, lorsque les événements exigent de l'homme une transcendance de lui-même, il y a inexorablement brisure, mais une brisure qui va servir à reconstruire ce renouveau.

— C'est incroyable ce que tu es en train de dire, parce que je voulais te présenter la traduction d'une manière nouvelle. Tu diras à ton fils… Or, toi et moi, nous savons que Ben n'est pas seulement un fils, mais un binyan, un édifice. Et le mot léhaguid n'est pas seulement « dire », mais acheminer, donner une force. Donc je peux traduire: fais en sorte, dans ton monde à toi, de te construire. Achemine la construction de ton être, ce soir-là de Pessah. Pas seulement: raconte à tes enfants, mais raconte à l'enfant qui est en toi, c'est-à-dire à ton propre édifice, qui doit se développer à partir de ce contexte d'exil d'Égypte. Comment vois-tu la chose ? Es-tu d'accord avec cette façon de la voir ?

— Je trouve que oui, parce que si, au départ, nous disons Kadesh, et que nous venons sanctifier, que nous venons dire combien nous sommes kedoshim, alors je dirais que, d'une manière pédagogique, je viendrais dire à mon enfant combien il est dans le positif, il est dans ceci et cela. Et tout d'un coup, je lui dis: voilà, tu vas goûter dans ce ourkhatz, avec un vav qui le relie. Il a aussi, indubitablement, en lui disant « tu es grand », je te donne à goûter quelque chose

de la grandeur. Mais tu sais comme moi qu'à partir du moment où nous goûtons, nous restons sur notre faim, et au moment où nous restons sur notre faim, nous allons devoir maintenant nous acheminer. En restant sur notre faim, seul l'acheminement nous amènera au moment où il sera possible de se rassasier. Dans l'avant-propos de ce repas, il y aura aussi ce moment où nous serons confrontés à la brisure, à cette afikoman qui est restée, qui sera prise par l'enfant. Et lorsqu'elle sera …

Cours de Machon Meir

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