Les cinq parties de l'âme selon Maïmonide
Maïmonide distingue l'âme nutritive, sensitive, imaginative, émotive et intellectuelle, et montre que l'âme humaine diffère radicalement de celle des animaux.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Maïmonide, les cinq parties de l'âme et l'imagination, 20 min
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Nous continuons l'étude du Chemonè Pérakim, c'est-à-dire du traité des huit chapitres de Maïmonide, le Rambam, et nous sommes en plein premier chapitre. Le premier chapitre nous parle d'une description, d'une sorte d'anatomie de l'âme de l'homme. Et l'âme humaine, comme nous le dit le Rambam, est unique. Elle n'est pas faite de parties, elle n'est pas composée, c'est une seule et même essence, mais qui a différentes manifestations.
Ces manifestations sont, d'après Maïmonide, au nombre de cinq, qu'on appelle Zan, Margiš, Medamé, Mithorère et Sikhli. Ce qui nous donne en français: Zan, l'âme nutritive; le Margiš, le sensitif, c'est-à-dire les cinq sens; Medamé, c'est-à-dire l'imaginatif; Mithorère, l'émotif; et Sikhli, l'intellectuel. Nous avons donc cinq parties de l'âme, nous reviendrons là-dessus. Et avant de commencer la description des cinq parties de l'âme, Maïmonide juge nécessaire de nous donner une information très importante, la voici.
Nous avons déjà fait remarquer au début de ce chapitre que nous ne parlons que de l'âme de l'homme. Car la force d'alimentation avec laquelle l'homme s'alimente n'a rien à voir, n'est pas identique à la force nutritive du cheval ou de l'âne. L'homme se nourrit avec la partie nutritive de l'âme humaine, tandis que l'âne se nourrit avec la partie nutritive de l'âme de l'âne, l'âme asinale, comme on pourrait dire. Il se nourrit avec la partie nutritive de son âme. On dit bien de tout cela qu'il s'agit de se nourrir, mais uniquement par homonymie, c'est-à-dire que c'est le même mot, mais non pas que cela représente en fait la même chose.
Maïmonide nous dit ici quelque chose de très important. Si on analyse la manière dont une pomme de terre est digérée par un estomac humain et la manière dont cette même pomme de terre est digérée par un estomac animal, sur le plan biochimique, on verra la même réaction, les mêmes enzymes qui décomposent la même pomme de terre. Mais en vérité, tout cela n'est que superficiel, parce que quand la pomme de terre est digérée par un estomac humain, c'est une âme humaine qui se nourrit de la pomme
de terre. Tandis que quand elle est digérée par un âne, c'est l'âme de l'âne qui digère cette pomme de terre. Et donc cela n'a pas la même conséquence. C'est quelque chose qui, chez l'homme, est associé à l'humain, tandis que chez l'âne, c'est associé à son animalité. Et donc les règles d'alimentation ne seront pas les mêmes. Évidemment, un âne n'a pas besoin forcément de manger cacher. Il a besoin de manger des choses saines, mais pas forcément de manger cacher. Tandis que l'homme, il y a des règles
de ce qu'il doit manger. Il est influencé au niveau même intellectuel et émotif par son alimentation. Et donc on ne peut pas comparer, bien que, extérieurement, l'analyse biochimique nous donne les mêmes résultats. On dira de même pour l'homme et les autres animaux.
Le Margiš, c'est-à-dire que l'animal ressent, qu'il a des sens, uniquement par homonymie, c'est-à-dire qu'on emploie le même mot. Mais cela ne veut pas dire que la manière dont l'homme sent est équivalente à la manière dont les autres animaux sentent. De même, la sensation d'une espèce n'est pas équivalente à la sensation d'une autre espèce. Toute espèce qui possède une âme possède une âme radicalement différente de l'âme de l'autre, et d'une autre âme, d'autres actions.
Il est possible qu'une action ressemble à une autre, et on pourrait donc penser que les deux actions sont la même. Mais ce n'est pas vrai. Ce que nous dit ici Maïmonide, c'est qu'on ne peut pas faire de comparaison, disons psychologique ou morale, entre le comportement d'un homme et le comportement d'un animal, ou même entre un animal et un animal d'une autre espèce. Il y a une altérité totale, une sorte de transcendance absolue de l'âme humaine par rapport aux autres phénomènes vivants sur Terre. Il y a donc quelque chose de particulier dans l'âme humaine: et on le verra par la suite, ce n'est pas seulement la capacité intellectuelle, mais il y a des conséquences morales à toutes les parties de l'âme humaine.
Pour cela, Maïmonide nous donne une parabole. Et cette parabole est très intéressante, parce que, quand on étudie bien ces choses-là, on voit qu'il semblerait y avoir une contradiction interne dans ce que dit Maïmonide. Nous allons donc rentrer dans le vif du sujet. Je vais te donner une parabole, un exemple. Dans un lieu obscur, le soleil a brillé et le lieu est devenu éclairé. Le deuxième a été illuminé par la lune. Et dans le troisième lieu, on a allumé une lampe, et il en a été éclairé.
Dans chacun de ces trois lieux se trouve la lumière, mais la cause de cette lumière, celui qui l'a faite, c'est le soleil pour la première, c'est la lune pour la deuxième, et pour la troisième, c'est le feu. De même, ce qui crée la sensation de l'homme, c'est l'âme humaine; ce qui crée la sensation de l'âne, c'est l'âme de l'âne; et ce qui cause la sensation de l'aigle, c'est l'âme de l'aigle. Il n'y a pas de dénominateur commun entre eux, si ce n'est qu'ils ont le même
nom.
Il faut que tu comprennes bien cette chose, qui est très importante, et sur laquelle se trompent beaucoup de philosophes, ce qui entraîne des opinions fausses et lointaines de la vérité. Cette idée que les sensations seraient le fruit de l'âme a besoin d'être révisée à la lumière des recherches scientifiques, disons plus tardives, qui nous font comprendre qu'il y a des processus biochimiques qui entraînent les sensations. Mais peu importe. Ce que veut dire ici Maïmonide, c'est que l'âme humaine est fondamentalement différente des autres âmes, de même que la lumière d'un lieu éclairé par le soleil n'est pas la lumière d'un lieu éclairé par la lune ou par une lampe. Jusque-là, c'est l'allégorie donnée par Maïmonide. Mais là, je vous demande de vous arrêter un petit instant et de vous poser une question sur ce que dit Maïmonide.
Nous savons, et Maïmonide le savait aussi, que l'origine de la lumière du soleil, c'est le soleil, et que l'origine de la lumière de la lune, c'est également le soleil. Finalement, la lumière qui vient de la lune est le reflet de la lumière qui vient du soleil. Mais qu'est-ce que le soleil ? On pourrait dire, de manière un peu simple, une grosse boule de feu. Une grosse boule de feu ? Mais alors, dans ce cas-là, la lampe que l'on allume dans une chambre obscure est également un
petit soleil. On peut donc dire qu'indépendamment de ce qui fait la différence entre la lumière du soleil, de la lune et de la lampe, il y a quand même un dénominateur commun à ces trois lumières. Et donc, ce qui se cache derrière ce discours de Maïmonide, c'est qu'indépendamment de la division radicale qu'il y a entre les espèces animales, entre l'homme et les autres animaux, entre un animal et un autre animal, il y a quelque chose de souterrain, de secret, en filigrane, qui aurait une sorte d'unité
du monde vivant, une …
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