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Noé, l'arche et la mémoire de la conjugalité

Pourquoi Noé sacrifie sur l'autel, plante la vigne, et ce que la tour de Babel ajoute au récit du déluge.

20 min

Rav Rony Akrich

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom à vous tous, content de vous retrouver encore et toujours sur la chaîne de Machon Meir. Aujourd'hui, on va s'entretenir d'un personnage épique et très intéressant, qui sort des sentiers battus, surtout après les générations que nous avons explicitées, et puis bien entendu, surtout après le fratricide qui eut lieu entre Caïn et Abel, après bien entendu l'erreur de la rencontre d'Adam et Ève,

avec ce paradis qui est devenu un paradis perdu. Mais avec cette rencontre terrestre, les hommes ne feront rien véritablement de plus pour retrouver ce paradis perdu. Au contraire, ils vont aller de mal en pis, c'est-à-dire consacrer d'une certaine manière, et je mets le mot « consacrer » entre guillemets, consacrer le monde à sa décrépitude, à sa dégénérescence complète, jusqu'à ce moment où l'Éternel va décider

de noyer le monde et de tout recommencer à partir de cet homme dont je voudrais vous parler aujourd'hui en début de parcours. Le personnage de Noé est considéré comme un personnage éminent, probant. Certains diront probant, éminent, parce que, en proportion de la génération, relativement à la génération qui fut la sienne,

comment dire, il se distingue, il se dévoile comme une entité humaine assez différente par rapport à l'ensemble de cette génération qui, peu à peu, s'engloutissait elle-même. En quoi s'engloutissait-elle ? Eh bien, tout simplement…

Après le fratricide de Caïn et d'Abel, après cette non-rencontre de l'homme avec l'autre, comme nous l'avons expliqué, le monde va continuer à développer ce non-dialogue, va continuer à développer cette violence. Cette violence va prendre un nom spécifique. Elle va devenir Hamas, c'est-à-dire le vol, le larcin, c'est-à-dire

empêcher autrui de pouvoir être le propriétaire de ses propres biens, de ses propres avoirs, mais aussi, également, ne pas être, justement, le propriétaire de lui-même. Lorsque les uns volaient les autres, ils ne volaient pas que les objets, ils volaient aussi les autres dans leur être physique ou dans leur nature d'être de pensée, bien entendu. Voici que Noé est lui conscient qu'il faut construire

cette arche, afin de pouvoir sauver lui et les siens, mais aussi ces animaux qui, par couple, vont rentrer dans cette image d'Épinal que tout le monde connaît, l'arche de Noé. Oui, ils rentreront, ces animaux, tous, autant qu'ils sont, par couple.

Pourquoi par couple ? Le texte insistera même spécifiquement sur le fait que ces couples n'étaient pas considérés ou plutôt dénommés comme étant masculins ou féminins, mais qu'ils étaient considérés comme la conjugaison des véritables couples, c'est-à-dire de l'homme et de la femme. Ceci est important, car cela venait nous faire entendre, au-delà des mots écrits,

au-delà des réprimandes que le texte pouvait faire à cette génération, qu'elles étaient les sous-entendus de la manière d'être et surtout de ne pas devenir, même l'animal.

Ne pas partir à la rencontre de celui qu'il devait rencontrer pour pouvoir se conjuguer, pour pouvoir construire cette conjugalité animale et pouvoir donner naissance à quelque chose qui serait viable. Eh bien, ceci était la preuve ineffable, comme pour les hommes, comme pour le monde animal, d'une déchéance totale de la création, et il fallait tout recommencer.

Tout sera noyé. Mais au bout de cette histoire du déluge, le débarquement de Noé se fera par deux attitudes. Lorsque la terre sera asséchée, alors Noé agira de deux manières qui ne sont pas seulement différentes, qui ne sont pas seulement aussi complémentaires en quelque sorte, mais qui veulent dire, pour chacune,

quelque chose qui traverse le temps et l'espace des hommes que nous sommes. Lorsqu'il sort de l'arche, il construit un autel sur lequel il voudrait sacrifier, faire un sacrifice pour montrer combien il est reconnaissant de ce dont il est le témoin. Qui plus est, dirait l'exégèse biblique, cet autel sur lequel il sacrifie

serait peut-être l'autel sur lequel Caïn et Abel ont sacrifié à la demande de l'Éternel, un autel qui aura servi à ce moment-là à marquer non seulement la différence, mais la divergence, le non-respect d'autrui. Car Abel restera complètement muet alors que Caïn s'empare de la parole. Lui qui était l'aîné, comme nous l'avons dit, aurait dû être celui qui écoutait,

et le second, Abel, ne pas rester muet, mais bien vouloir parler, s'exprimer, essayer de faire entendre raison à celui qui ne connaissait que lui-même. Et bien, cette violence-là est venue être rappelée, en quelque sorte, sur cet autel où Noé sacrifie. Il sacrifie peut-être donc pas seulement pour la reconnaissance qui est la sienne, au vu et au su de l'événement qu'il est en train de vivre pleinement, mais aussi pour rappeler

que peut-être maintenant cet autel est capable de servir à la reconnaissance, la reconnaissance mutuelle de l'événement humain, où les hommes sortent de l'arche, lui et ses enfants, Sem, Cham, Japhet, et leurs épouses, et ces couples d'animaux, qu'ils sortent comme une seule et même création, consciente d'être la créature du Créateur, et que, comme créature, elle essaie d'être celle

qui deviendra aussi capable de créer dans le sillage de cette unité, de cette reconnaissance d'appartenance à l'ensemble.

Et la deuxième chose que fait Noé, c'est qu'il utilise une branche de vigne et qu'il la plante. Nous nous posons la question: pour quelle raison était-il si important de planter cette branche de vigne immédiatement

après la sortie de l'arche et immédiatement après le sacrifice sur cet autel qui est tellement porteur de messages et de sous-entendus ? Il plante cette vigne parce qu'il veut permettre, justement dans la reconnaissance qui est la sienne, que l'homme prenne pertinemment, mais pleinement conscience que eux, les hommes, sont des êtres masculins

dont le pied se pose et qui sont féminins. Le geste de planter permet de vouloir consacrer la relation entre l'homme, Adam, et la terre, Adama. C'est aussi vouloir faire valoir que la rencontre entre ces deux dimensions devrait se conjuguer dans un même temps,

pour pouvoir créer, là aussi, une conjugalité entre l'homme et la terre. Car si véritablement il y a conjugalité, alors de tout amour, qu'attendons-nous ? Les fruits de la passion. Le fruit, le raisin, devenant vin. Si Noé a traversé toutes les gouttes du déluge

sans jamais être mouillé, une seule goutte de vin supplémentaire lui sera fatale. Et cette fatalité-là va entraîner, provoquer, engendrer, générer un événement qui lui aussi sera fatal: le comportement de Cham, son fils, qui, voyant la nudité de Noé, va se comporter

– dit Rachi, le commentateur célèbre de Troyes – soit en voulant peut-être castrer son père, soit en voulant sodomiser son père. Il y a là de nouveau un rapport qui, non seulement dans l'acte cruel, répréhensible, que ce soit la castration ou l'autre,

traduit la volonté de ne pas permettre à l'autre de pouvoir continuer à être avec moi. L'exégèse biblique vient dire que peut-être Cham pourrait essayer de lui trouver quelque chose de, comment dire, de positif quant à sa manière de faire. Circonstance atténuante, dirait-on devant le tribunal de l'histoire. C'est que, oui,

pas seulement Noé avec l'autel, pas seulement Noé avec la branche de vigne et cette volonté de planter pour générer, mais même ses enfants étaient conscients, tous étaient conscients ici, tous étaient porteurs d'une mémoire collective, d'une mémoire collective …

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