Le tekhelet et les franges du tsitsit
Pourquoi le fil d'azur au coin du vêtement, sa rareté, sa redécouverte et les arguments archéologiques du Rav Cherki.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Les dix plaies, une révélation de Dieu à l'Égypte, 50 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Le tsitsit, qu'est-ce que c'est ? Ce sont des fils qu'on rajoute et qu'on noue au coin des vêtements. Un coin, qu'est-ce que c'est ? C'est le dernier bout, n'est-ce pas ? Et un vêtement, qu'est-ce que c'est ? C'est ce qui recouvre notre corps, c'est-à-dire ce qui est loin de nous-mêmes. Et le corps, qu'est-ce que c'est ? C'est ce qui recouvre l'âme. On peut donc dire que la partie la plus éloignée de l'être humain, c'est le coin de son vêtement. D'accord ? Le coin du vêtement, c'est
donc ce qui est le plus éloigné de l'origine. Or, qu'est-ce qui se passe ? Dans le coin du vêtement, on met un fil d'azur, le techélet. Le techélet est le témoignage de l'infini. D'ailleurs, c'est de là que vient le mot techélet, qui veut dire aspiration, languissement. N'est-ce pas ? « Mon âme aspire à toi. » Les Khalot, d'accord ? Comment ? Ça veut dire aussi détruire. Mais ça veut dire également espérer. Il y a donc ce qu'on appelle la soif métaphysique, qui nous relie à l'infini.
Elle se manifeste à l'extrémité la plus extrême de notre être, qui est le coin du vêtement. D'accord ? Cela met en rapport le début et la fin. D'où l'importance du techélet.
Maintenant, le problème du techélet, c'est qu'il faut le trouver. Le techélet est fait à partir d'un coquillage, qu'il est très difficile de trouver, et quand on le trouve, il est très difficile d'en tirer la couleur nécessaire. N'est-ce pas ? De nos jours, on a retrouvé le techélet. C'est ça qui est merveilleux. Tiens, je vois que tu le portes là, tu as le techélet, très bien. Le fil bleu a donc été retrouvé.
C'est également un des signes du retour de la chékhina parmi nous, ce n'est pas pour rien. Il y a beaucoup de rabbins qui ont montré des preuves à l'encontre du fait qu'on ne l'aurait pas retrouvé. Je crois que sur dix, il n'y en a qu'une seule. Sur sept, il n'y en a qu'une seule qui pourrait être valide. Comment on s'arrange avec ce que disent les autres ? Ah mais ils ont tort !
— Je peux reposer une question ? Qu'est-ce que vous faites des six arguments ? Est-ce que vous êtes d'accord que les six autres preuves, que les autres rabbins ne retiennent pas, ne sont pas... ?
Toutes les preuves sont bonnes. Absolument. C'est très simple. D'abord, il y a une preuve archéologique importante, et ce n'est pas n'importe quoi. On sait exactement où se trouvaient les endroits où l'on produisait le techélet dans l'Antiquité: dans les ruines de Tyr, au Liban, et sur la plage de Dor, au sud de Haïfa. Tous ces endroits étaient réputés comme les lieux où l'on faisait le techélet. Entre Akko et Haïfa aussi, etc.
On a retrouvé dans ces endroits-là des mitkanim, c'est-à-dire des installations pour la production de couleurs à partir de coquillages. On a retrouvé par exemple, dans la région de Dor, deux millions de coquillages du argaman hilazon, le murex trunculus. Ces deux millions de coquillages sont percés exactement face à la petite glande dont on tire la couleur, et la Guémara dit que c'est mieux de le faire ainsi quand le murex est encore vivant. D'accord ? Mais non, vous n'allez pas imaginer quelqu'un s'amuser à percer deux millions de coquillages pour tirer une couleur. Et cela se trouvait aussi à côté des bassins dans lesquels cette couleur se faisait. D'accord ? Ce qui est quand même assez fort.
— C'est le même coquillage ?
Exactement, le coquillage qu'on appelle le murex trunculus, en hébreu argaman hilazon, dont on se sert aujourd'hui pour produire le techélet.
Deuxième argument: le Zohar dit que le techélet, quand on le produit, est d'abord rouge, et qu'après il devient bleu. C'est exactement ce qui se passe avec ce murex. Au début, le mélange est rouge, on le met au soleil, et il devient bleu.
Troisième argument: il y avait un faux techélet à l'époque des Hachamim. Le faux techélet, c'était l'indigo, appelé dans la Guémara kalaïlan. On connaît la plante appelée indigo, à partir de laquelle on fait une forme de bleu qui, du point de vue de la Guémara, est identique au techélet dans son aspect extérieur. Or, l'analyse moléculaire de l'indigo est exactement la même que l'analyse moléculaire de la couleur qu'on produit à partir du murex. Autrement dit, le faux est tellement vrai qu'il a la même molécule. D'accord ? Cela vous donne déjà trois arguments.
— Pourquoi c'est un faux ?
Parce que c'est fait à partir d'une plante et non à partir du coquillage. Et nous, ce qu'on fait, c'est à partir de la plante ou à partir du coquillage ? À partir du coquillage, évidemment. En vrai, aujourd'hui, si on ne le met pas, ce n'est pas... C'est une mitsva, non ?
Tu n'es pas coupable d'avoir porté un vêtement sans tsitsit puisque tu as mis le blanc. Mais il y a une mitsva, assez positive, d'avoir un fil bleu. Si je me trompe, cela veut dire que tu auras dépensé beaucoup d'argent pour rien.
Quatrième argument: le nom du techélet est mentionné dans plusieurs dictionnaires comme étant ce qu'on appelle porpira. Porpira, c'est le mot « pourpre », qui donne aujourd'hui la couleur plutôt violacée qu'on appelle le pourpre. Les anciens disaient que le techélet se faisait à partir de la porpira. Or, la porpira, ou pourpre, est le coquillage qui a été réputé comme venant de la ville de Tyr au Liban, comme par hasard. D'accord ?
Quand on a eu la première redécouverte de la pourpre tyrienne, c'était lorsqu'un matelot, je crois italien, a pris ce coquillage et l'a étalé sur son corps, et cela est devenu bleu. D'accord ? C'est ainsi que cela a été retrouvé.
Maintenant, comment se fait-il que cela ait disparu ? Nous avons encore des témoignages qu'à l'époque de la Guémara, certains Hachamim avaient encore le techélet. Il y a simplement eu un décret de l'empereur byzantin, vers l'an 400 de l'ère chrétienne, qui a interdit de se servir de la pourpre pour d'autres usages que royaux. Autrement dit, seuls les empereurs byzantins avaient le droit de se servir de cette couleur. Cela explique pourquoi, à peu près à ce moment-là, la pourpre disparaît du monde. D'accord ?
— Comment cela se fait-il qu'après, les chrétiens ne l'aient pas repris ?
Ils ne pouvaient pas, après ce décret. Ce décret n'a jamais été annulé. Les lieux où l'on faisait le techélet étaient des lieux extrêmement précis, soit sur la côte du Liban, soit dans la région de la Crète, en mer Égée. C'étaient des endroits où ça existait. D'ailleurs, ce coquillage en question, on le trouve dans ces endroits-là.
— Il me semble que du temps du Rambam, le techélet existait. Pourquoi ne l'utilisait-il pas ?
Non, le Rambam dit que le techélet est rare. Il ne dit pas qu'il le met, ni qu'il ne le met pas. Il dit simplement que le techélet est rare.
— Ce coquillage était rare, il n'évoluait pas rapidement ?
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