La tefila entre sentiment et intellect selon Rav Kook
Pourquoi l'intellect doit précéder la prière sans jamais se mêler à elle, et comment la Torah affine le cœur.
Rav Yossef Benshoushan
Ensuite : Les trois prières des patriarches selon le Rav Kook, 56 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Donc on a la tasse cinq, piska, vav. Amar bichanin, amar bichanina: kol ha-marich betefilato, entefilato, chozeret rekam, minalan, mimoche Rabbeinu, shenemar: vayitpalel el Hachem, uchtit vatreh, vayishma Hachem elay, gam hapamayi, eni. Va amar bichayabaraba…
Amar B'Yohanan: kol ha-maarich b'tfilatou, u-maayen ba, souf ba lidé keev lev, shenayemah: toukhelet memoushechet, machalat lev. Ma yitakanteh ? Yaasog batorah, shenayemah: ve'etz chayim ta'ava ba'a v'choulet. La kashia. Ad de maarich maayen, ad de maarich ve'lo maayen.
Traduisons déjà la Guemara. Alors, nous enseigne Rabbi Hanin au nom de Rabbi Hanina. Cette tefila ne retourne pas les mains vides, c'est-à-dire elle sera exaucée.
Comme il dit à propos de Moshé: vayitpalel el Hachem, il a prié énormément. Il dit ensuite: ouhtit vatreh, vayishma Hachem elay, gam bapamayi, Dieu m'a exaucé, aussi dans cette fois-ci. Donc on voit de Moshé que, comme il a prié longtemps, il a été exaucé. Donc là est la source que celui qui prie longtemps… …est exaucé.
Eyni, ce qui veut dire: « est-ce vraiment vrai ? » Veamar Rabbi Hayar: voilà ce que nous a enseigné Rabbi Hayar, fils d'Abba, au nom de Rabbi Yochanan: kol ha-maarich betfilato, au contraire, celui qui allonge la tefila, ou-maayen ba, et qui s'y approfondit, sof ba lidé kev lev, finalement il en arrive à un mal de cœur.
Comme il y est dit: toukhelet memoushechet, machalat lev. Un espoir à longue échéance rend le cœur malade. Ça veut dire machalat lev ? Eh bien, parce qu'il s'est attristé du fait que sa prière n'est pas exaucée. Donc il y a une preuve inverse de ce qui a été dit précédemment. Mai takanteh: quelle est la réparation à ce problème, la solution à ce problème ? Ya'asok batorah. Et bien qu'il étudie la Torah.
Ve'etz chayim ta'ava ba'a: comme il est dit, « L'arbre de la vie, quand le désir viendra, il le mangera ». Qu'est-ce que ça veut dire ? Etz chayim, c'est la Torah, qui s'appelle etz chayim. Alors ton envie, ton désir, ta prière, s'accomplira, sera exaucée. La kashia. Donc, a priori, il y a deux sources totalement contraires. Dit la Guemara:
La kashia, il n'y a pas de controverse. Hadarich boumaïen, hadarich loumaïen. Dans le premier cas, il s'agit de quelqu'un qui allonge la prière mais qui ne s'approfondit pas intellectuellement en elle. Et dans le deuxième cas, il s'approfondit intellectuellement. C'est clair ? Top, allons-y. Atefila itoladat ha-argasha nafshit, shibromek teva annafesh.
La prière, la tefila, est par conséquent une hargasha nafshit, un sentiment qui se trouve au plus profond de la nature de l'âme. L'intellect, il serait convenable qu'il lui serve d'introduction et de fondement, c'est-à-dire que le rôle de l'intellect est d'être une introduction à la prière et une base à la prière.
Mais pas la prière elle-même.
Donc, sans aucun doute, la nature de l'âme s'élèvera, vaigdal koha, et sa force s'amplifiera. Ve'asher tishpokh sihah fnei Elokah, lorsqu'elle déversera ses paroles devant son Créateur. Bon. Jusqu'ici c'est une traduction mot à mot. Vous avez compris quelque chose ? Rien ? Parfait. Qu'est-ce qu'il a dit là ?
Donc on a dit, comme on l'a dit à plusieurs reprises: la tefila est une démarche sentimentale, qui vient exprimer de manière sentimentale ce qui se trouve gravé dans la nature de l'âme. Le sechel, dont on se sert dans l'étude de la Torah, l'intellect, ne doit servir que comme introduction à la prière. C'est-à-dire qu'il faut exclure de se servir de l'intellect pendant la prière.
L'intellect est très important comme préparation à la prière. En quoi ? Parce que plus tu es intelligent, plus tu comprends les idéaux divins, plus tu orientes tes comportements de manière adéquate à ces idéaux divins. Et donc ta nature de l'âme devient de plus en plus pure, de plus en plus parfaite. Et alors, quand viendra le temps de la prière, où tu déverses ton âme, cette prière sera une prière de haute qualité.
Par contre, si tu en venais pendant la prière elle-même à y mêler toutes sortes de considérations intellectuelles, tu es sorti de la définition de la prière. Tu n'es plus en train de prier. Tu commences à prier, baou Hachem, mekabet, nitré, hamou Israël. C'est intéressant, ça. Trois khamis ont marqué mekabet, nitré, Israël, et pas bezouré Israël ou chvouyé Israël.
Tu commences à te poser toutes sortes de questions, à essayer de trouver des explications, et à en arriver à des déductions et des inductions. C'est une étude, ce n'est plus une prière, c'est sorti du cadre. La définition même de la prière est toute sentimentale. Donc mêler de l'intellect au milieu de ta prière, ça écale ta prière. Il ne faut pas mettre de l'intellect dans ta prière. La prière, c'est épancher ton cœur, déverser ce que tu as sur le cœur. Tu prends ton âme, hop, tu la vides comme un seau devant Dieu.
Mais non, il reste à voir ce que tu vas vider. Il se peut que dans ton âme il y ait des choses mal propres, c'est-à-dire dans ta conscience. On ne parle pas de neshama, on parle de nefesh. Il pourrait arriver que tu déverses un seau de saleté et d'égout. Donc il faut préparer, bien élaborer ta conscience à la lumière des idéaux divins. Ça, ça se fait au Beit Hamidrach. Au Beit Hamidrach, tu accumules dans ta connaissance des idéaux divins, et suite à cela tu te comportes de manière adéquate à ces idées. Suite à cela, tu forges ta personnalité à la lumière de ces idées, qui sont les midot.
Et donc maintenant, la nature de ton âme est propre, est pure, est noble, etc. Tout cela se fait dans l'étude de la Torah. Vient le temps de la prière: ce que tu as accumulé jusqu'à présent, tu le laisses de côté. Ok. Répète, j'ai pas compris la question, répète. Oui. D'accord.
Mais ça, ça doit se faire avant la prière. C'est exactement ce qu'il faut faire. C'est-à-dire: jusqu'à aujourd'hui, j'avais une certaine compréhension de ce que c'est que mekabetz nidré, mon Israël, au niveau X. Donc mon sentiment est à la mesure de ce niveau X. Demain, je vais m'enfoncer davantage dans le Beit Hamikdash, et je comprends ce que c'est que kibboutz galuyot au niveau X plus 10. Et mon sentiment, mon exaltation, mon enthousiasme, sera à la mesure de X plus 10.
Et c'est comme ça que, jour après jour, ma prière s'élève. Mais l'analyse intellectuelle ne doit pas se faire pendant la prière; elle doit se faire comme introduction à la prière, pour élever ma nature. C'est clair ? La prière, c'est très simple: ce que tu as dans la nature de ton âme, tu le déverses devant Dieu. Ce n'est pas maintenant le moment de te réajuster. Tu as raté le train. Ça, il fallait le faire avant. Tu peux dire: « Oh, je suis trop nul, ce n'est pas comme ça que j'ai prié Dieu. » Essayons de nous réajuster à la hauteur. Ce n'est pas le moment. Ça, tu aurais dû le faire avant.
Dans la même série
27 cours du Rav Yossef Benshoushan, classés par sujet.
- 11
Le rôle de la prière : exprimer ce qui est au fond de l'âmeRav Kook explique que la prière révèle les aspirations sacrées de l'âme, sans se substituer à l'étude de la Torah. - 12
La tefila, lien de l'âme avec les idéaux divinsPourquoi l'âme prie sans cesse, et comment la prière rappelle notre vocation : la reconstruction d'Erets Israël. - 13
Rav Kook : la force réelle de la prièrePourquoi les mots de la tefila, prononcés avec pureté intérieure, agissent réellement sur l'existence. - 14
Torah et art : la prière selon le Rav KookPourquoi Rabbi Chimon bar Yo'haï était dispensé de prière : sa Torah était son art, traduction concrète de la pensée. - 15
La tefila entre sentiment et intellect selon Rav KookPourquoi l'intellect doit précéder la prière sans jamais se mêler à elle, et comment la Torah affine le cœur. - 16
Les trois prières des patriarches selon le Rav KookAmida, Siha et Pegia : les trois termes de la Torah qui désignent la prière, et les trois effets qu'elle produit. - 17
L'âme, la tefila et le besoin de Dieu selon Rav KookPourquoi la tefila comble le besoin de l'âme, comme un repas comble la faim, et pourquoi la prière seule ne suffit pas. - 18
La prière de Mincha selon Rav Kook, page 3Pourquoi Mincha est la prière décisive, l'histoire d'Eliyahou au Carmel et le sens de la Ketoret. - 19
Prier avec joie : la tefila, expression de l'âmeLe rav Kook montre que la prière doit naître de la joie de la mitsva et de l'élévation vers la grandeur de Dieu. - 20
La préparation à la téfila selon Rav KookPourquoi écarter la tristesse, la légèreté et les discussions vaines avant de prier, et comment la joie naît d'un manque comblé.
Ce cours fait aussi partie de la série « La téfila selon le Rav Kook ».
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav