La tefila, lien de l'âme avec les idéaux divins
Pourquoi l'âme prie sans cesse, et comment la prière rappelle notre vocation : la reconstruction d'Erets Israël.
Rav Yossef Benshoushan
Ensuite : Rav Kook : la force réelle de la prière, 53 min
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Il y a des nouveaux ? Bienvenue. Pour mettre les nouveaux au parfum: notre étude porte sur la tefila. On a vu dans les paragraphes précédents qu'en fait, l'âme prie de manière constante. Prier, en hébreu, se dit tefila.
Ce mot a la même racine que tefilin, qui est un lien, en fait. L'âme est en lien constant avec le divin, et elle a une seule aspiration: exprimer le divin en elle, c'est-à-dire faire en sorte que la volonté divine apparaisse dans la conscience de l'homme dans lequel elle se trouve. L'âme pousse de manière constante à apparaître dans la conscience de l'homme.
Donc elle est tout le temps en contact avec Dieu. Quand vient le moment de la prière technique, quand on se tient debout avec un livre dans les mains et qu'on dit les mots, c'est le moment où l'on dit, par des mots clairs, ce à quoi l'âme aspire tout le temps, de toute manière. La tefila vient redonner à l'homme son véritable rôle, sa vocation.
Il risquerait d'oublier quelle est sa vocation dans ce monde. Étant tellement pris par toutes sortes de détails quotidiens, journaliers, de survie, il risquerait d'oublier pourquoi il a été envoyé dans ce monde. Donc trois fois par jour, on se remémore quelle est notre nature, et, dérivé de cela, quelle est notre vocation. Cela veut dire que ce qui nous intéresse, c'est de faire apparaître les idéaux divins.
Comment peut-on le savoir ? Eh bien, les prophètes nous les ont décelés. Il y a un Neset Akdola qui a formulé la prière, qui nous les a décelés. Quels sont les idéaux divins pendant cette ère historique, qui est depuis la destruction du Deuxième Temple jusqu'à la reconstruction du Troisième Temple ? Qu'est-ce que Dieu attend de son monde ? Eh bien, il attend par exemple que tous les Juifs reviennent en Erets Israël, et qu'il abaisse les trames d'Israël.
Il attend Boné Yerouchalaïm, la reconstruction de Jérusalem. Tant que ces idéaux ne sont pas concrétisés, en quelque sorte, Dieu souffre. Nous sommes donc associés à Dieu, à la concrétisation de ces idéaux, et c'est la raison pour laquelle on vit. Le problème, c'est que dans nos préoccupations journalières, on risque d'oublier. On a tellement de soucis très importants à nos yeux, comme manger, dormir, s'amuser, gagner de l'argent pour pouvoir manger, faire des études pour pouvoir travailler, etc., etc., dans la jungle.
Donc, trois fois par jour, on se répète ce que l'âme aspire de toute manière, mais au niveau de notre conscience. On se le répète pour rafraîchir notre mémoire, renforcer notre conviction et, finalement, éveiller notre volonté dans ce sens.
C'est-à-dire que lorsque tu dis Baroukh Hachem Boné Yerouchalaïm, « béni soit Celui qui reconstruit Jérusalem », c'est pour que tu comprennes que c'est ce qui intéresse Dieu, et en fait ce qui intéresse ton âme. À force de le dire et d'en être convaincu, tu vas te trouver à vouloir agir dans ce sens, et agir de fait pour la reconstruction de Jérusalem, pour ramener les exilés. C'est comme ça que tu es associé à Dieu, à l'avancement du monde dans le bon sens. C'est le rôle essentiel de la tefila.
Maintenant, on en arrive à l'apisca d'Alet. Ken Matachonion Adam Da'at. De manière générale, Da'at Elion et Da'at Tachton. Toute connaissance, c'est-à-dire l'âme sans conscience, est la ruine de l'âme. Une âme qui n'a pas développé sa connaissance, dit le Rambam, reika levatala: c'est une créature qui ne sert à rien. Quelqu'un qui n'a pas développé son intellectualité durant sa vie, c'est du gâchis. C'est comme s'il était né pour rien.
Exemple. Si j'ai du pétrole, d'accord ? À quoi sert le pétrole ? Mis à part le fait que c'est un liquide noir avec une odeur désagréable, à quoi ça sert, le pétrole ? Hein ? C'est un carburant pour faire tourner les machines. Il y a dans le pétrole la combustibilité. Si je ne m'en sers pas dans ce sens, pour mettre à l'œuvre la combustibilité qui est en lui, mais pour un autre usage, par exemple si je verse du pétrole à terre pour laver le parterre, c'est
d'abord du gâchis: ça coûte dix fois plus que de l'eau, cent fois plus que de l'eau. Et en plus, ça ne va pas tellement nettoyer, ça va plutôt salir. Mais disons que j'arrive à pousser un petit peu des miettes de pain et un peu de poussière: c'est aussi un certain usage du pétrole, mais c'est du gâchis. L'essentiel qui est en lui, la combustibilité, je ne l'ai pas mise à l'œuvre.
De même, tu as une âme. Ton âme, c'est la matière. Et qu'est-ce qu'elle a en elle, cette matière ? Elle a une capacité intellectuelle, et c'est ça son essence. Sa tsoura, son intériorité. Si durant toute ta vie tu n'as pas mis à l'œuvre ton intellectualité, c'est du gâchis. Tu es né pour rien. Pauvre mère qui t'a porté dans son ventre pendant neuf mois, qui a dû te supporter après, pendant vingt ans, jusqu'à ton mariage, et pauvre femme qui t'a supporté pendant quarante ans: tu es né pour rien. C'est du gâchis. Donc la première paracha recommence.
Ata ḥonanu Adam Da'at. Sans Da'at, on ne te prend même pas en compte. Tu es inexistant. Tselem Elokim: « Be-tselem Elokim sheba Adam », dit le Rambam. En quoi as-tu l'image de Dieu ? C'est le fait qu'il y a du Da'at. C'est ça qui différencie l'homme de l'animal, qui n'a pas de Da'at. Donc un homme qui ne mettrait pas à l'œuvre cette dimension du Da'at reste au niveau animal. C'est clair ? Non, il se différencie au niveau du Da'at.
Il y a le Da'at élémentaire, qu'on appelle en rabbinique les sciences profanes: la physique, les mathématiques, la biologie, etc., qui sont très importantes. C'est, disons, le premier étage de l'homme. Sur cela se rajoute l'essence spécifique d'Israël, qui a une capacité d'arriver à la prophétie. Et celle-ci se développe à l'aide de l'étude de la Torah. Donc un homme d'Israël qui n'a pas étudié la Torah est comme un goy qui n'a pas étudié les maths. Vous comprenez ce que cela veut dire ?
Cela veut dire qu'il y a plusieurs niveaux dans ta personnalité. Je sors un petit peu du sujet, juste pour répondre à ta question, parce que c'est important. Tu as un corps, un gouf: c'est l'aspect, on va dire, inerte, les os. Tu es aussi végétatif: tu progresses, tu grandis. Tu es aussi un petit peu animal: tu as un corps physiologique qui ressemble énormément à celui d'un singe. Et tu es aussi un homme: tu as une capacité intellectuelle de comprendre la philosophie, les maths, la biologie, la physique, etc., ce qu'un singe ne peut pas comprendre. Jusqu'ici, c'est l'être humain. Un niveau plus élevé s'appelle Israël. C'est une autre catégorie. Cette catégorie fait qu'il a en lui un potentiel de s'élever à la prophétie. Tout être israélite a en lui ce potentiel de s'élever à la prophétie.
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Ce cours fait aussi partie de la série « La téfila selon le Rav Kook ».
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