Le but de la morale : être homme, ressembler à Dieu, ou devenir prophète
Oury Cherki examine trois écoles sur la finalité de la morale et se demande si la prophétie est une récompense ou un projet moral.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Maïmonide, les huit chapitres : la morale comme jugement de soi, 52 min
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## Introduction de l'introduction
Tout le monde, alors nous continuons notre merveilleuse étude des Chemonè Pérakim. Nous sommes dans l'introduction, dans la très belle édition que vous avez devant les yeux, à la page café. Nous sommes dans l'introduction de l'introduction, qui nous parle de la finalité de la morale.
On avait vu, d'après un texte de… la conjugaison des deux passages dans la Guemara, qu'il ressortait que le traité d'Avot, quand il est appliqué et bien compris, fait accéder à la prophétie. C'est la base du fait qu'il dit: celui qui veut devenir hassid doit accomplir ce qui est écrit dans Avot. D'autre part, on nous dit que la hassidout est le niveau qui amène à la prophétie, ainsi qu'il est dit: hassidout mevia lidei Ruah HaKodech. Donc, ce que nous dit ici Maïmonide, c'est que les paroles des sages dans le Talmud, c'est-à-dire que l'accomplissement des enseignements de ce traité amène à la prophétie. C'est-à-dire que Masseret Avot, si on le prend au sérieux, veut dire que c'est un traité pratique qui permet d'être prophète en cinq chapitres. Voilà: vous faites tout ce qui est écrit là-dedans, vous devenez prophète. Est-ce que cela veut dire que tout le monde y arrivera ? Non, pas forcément, évidemment.
Et je vous expliquerai la véracité de cette chose, parce que cela comprend une grande partie des qualités humaines. Oui, oui, bien sûr. C'est cette partie de la Torah qui est liée à ce qui est avant la Torah. Donc, en principe, on n'a pas besoin…
Dans le niveau minimum, il suffit simplement de vouloir accomplir ce qui est écrit dans Masseret Avot. Ce qui est déjà pas mal. En tout cas, cela nous pose ici une question: quel est le but de la morale ? Il y a trois écoles. Une qui n'a rien à voir avec la morale, et deux qui ont un rapport avec la morale.
La première école est une école utilitaire, pratique. Il est bon d'être moral, parce que si nous allons nous entre-dévorer, le monde sera difficile à supporter. Si on vit dans la jungle en permanence, ça va mal, et puis l'économie est fichue. Alors, pour qu'on puisse profiter de la vie, il est bon d'être moral. C'est ce qu'on appelle une morale utilitariste. En vérité, ce n'est pas de la morale, c'est de l'égoïsme. C'est clair jusqu'à présent.
Mais il y a deux écoles très importantes dans la pensée humaine, qui disent la chose suivante. Certains disent qu'il faut être moral parce qu'un être immoral n'est pas digne du nom d'homme. Comme on dit en bourmidiche: bin adam. Il faut être un homme, adam, c'est-à-dire quelqu'un de bien. Tu vois ce type, tu dis: voilà, celui-là, il mérite bien son nom d'homme. C'est ce qu'on appelle une perfection humaine.
Il y a une autre école qui dit que le but de la morale, c'est de ressembler à Dieu. C'est une forme d'adhésion au Créateur. Cela se trouve chez des penseurs aussi bien non juifs que juifs, et dans notre tradition nous avons les deux. Certains disent que la moralité, c'est ce qui permet de s'achever en tant qu'homme, et certains disent que la moralité, c'est ce qui permet de s'attacher à Dieu.
Selon la première interprétation, la morale a une finalité humaine, c'est un projet de l'homme. Selon la deuxième opinion, la morale est un projet de Dieu, qui est intéressé à entrer en contact avec l'homme, en relation avec l'homme. C'est très différent. Chez nous, l'adhésion à Dieu s'appelle la prophétie.
Alors le problème est de savoir: est-ce qu'être prophète, c'est un cadeau, un prix d'excellence qu'on reçoit parce qu'on a bien agi ? Ou bien est-ce qu'être prophète, c'est en soi un projet moral ? Vous avez compris ma question ? Je reprends. Si, par exemple, quelqu'un fait de l'athlétisme et qu'il reçoit une coupe, n'est-ce pas ? La coupe n'a rien à voir avec l'athlétisme. C'est un cadeau qu'on lui donne. Mais le 100 mètres, il l'a fait avec ou sans coupe, d'accord ? Maintenant, avoir de bonnes chaussures, ça, ça fait partie de la compétition elle-même, n'est-ce pas ?
Oui ? J'essaie d'expliquer ce que j'ai dit. Non, non, je reprends, je reprends, je reprends. Avoir de bonnes chaussures fait partie intégrante de la compétition. J'ai de bonnes chaussures de sport, je peux mieux courir. Donc il y a une différence entre les chaussures et la coupe. La coupe, c'est extérieur, les chaussures, ça fait partie de la chose.
## Deux questions
Alors le problème: est-ce qu'être prophète, c'est un prix d'excellence, un bonus, ce serait la coupe ? Ou est-ce que c'est une partie intégrante du projet moral ? Est-ce qu'il y a un projet moral dans le fait de prophétiser ? Vous avez compris la question ? Voilà. Nous avons ici donc deux questions à résoudre.
Est-ce que le but de la morale, selon la première école ou selon la deuxième, est d'être un homme parfait ? Ou est-ce pour faire plaisir au bon Dieu qui veut me parler ? Et la deuxième question: est-ce que la prophétie fait partie du projet moral, ou pas ? Voilà, ce sont les deux questions.
— Je peux vous dire quelque chose ? Oui ? Où est-ce que c'est ?
Oui, bien sûr, c'est aussi une très bonne question. Bon, alors tout d'abord, il faut vous dire que dans la littérature des rabbins, aussi bien dans la Michna que dans la Guemara, et plus tard, et jusqu'à nos jours,
nous avons les deux. Certains nous expliquent que pour être un homme parfait, il faut être moral, indépendamment du fait qu'il y a la capacité d'être prophète ou pas. Et d'autres textes, entre autres le texte amené ici par Rambam, nous disent: non, non, pas du tout. La finalité de la morale, c'est d'être prophète. Est-ce qu'il y a une différence pratique entre les deux opinions ? Est-ce que cela change quelque chose dans la manière d'être moral ?
La réponse est que oui, au niveau de l'ordre. Si mon but, c'est uniquement d'être un homme de bien, ça n'a aucune importance dans quel ordre je répare ma personnalité. J'ai qu'à faire, par exemple, un compte rendu, voir où je suis bien et où je ne suis pas bien. Là où je suis bien, j'améliore; là où je ne suis pas bien, je répare.
— Oui ?
Ça, je n'en sais rien pour l'instant. Je ne sais pas. Pourquoi je ne sais pas ? Parce que je n'ai pas encore étudié. D'accord ? Oui ?
— …
Ah, évidemment ! Ça, c'est une bonne question. Ça serait vrai pour un Goy. Mais non: le fait de ne pas observer Chabbat, Chabbat est en soi un problème moral. Comment peut-on moralement accepter de transgresser la parole du Créateur ? Donc c'est déjà une déficience morale.
— Si c'est dit… Est-ce que la moralité, c'est vis-à-vis des hommes, ou est-ce que c'est aussi vis-à-vis de Lui ? D'accord. Cela poserait donc le problème de savoir ce que c'est que la morale. Mais ça, comme je l'ai déjà répondu à ce jeune …
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