Maïmonide : l'homme parfait et celui qui lutte encore
Pourquoi les Sages préfèrent celui qui lutte contre son penchant à celui qui y est en paix, à l'inverse des philosophes.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le juste milieu selon Maïmonide : ni ascèse ni excès, 53 min
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Shalom. Nous sommes donc au sixième chapitre, et nous en sommes arrivés à la troisième source. Nous avons vu que, dans le problème qui nous préoccupe, à savoir quel genre de tsadik est préférable, si c'est celui qu'on appelle le Yachar, c'est-à-dire celui qui vit en harmonie avec le bien, ou celui qui est en lutte intérieure, le Kovech, on avait vu que cela était enseigné par les philosophes aussi bien que par les prophètes: celui qui est en harmonie avec lui-même est préférable à celui qui est en lutte intérieure.
Extraordinaire. Alors qu'il n'y avait pas de livres, maintenant il y en a. Alors que penser ? Être satisfait du fait que les livres sont arrivés, ou bien être en rage du fait qu'ils n'étaient pas à l'heure ? C'est en fait un dilemme. Bon.
Dans la merveilleuse édition que vous avez en main, c'est à la page. Donc on avait vu que les philosophes et les prophètes sont d'accord. Et lorsque nous avons examiné les paroles de nos sages à ce propos, nous avons trouvé chez eux que celui qui désire les péchés et qui y aspire est plus important et plus parfait que celui qui n'en a pas le désir et ne souffre pas de les délaisser. Donc on voit que les rabbins ont dit le contraire.
Aussi bien des philosophes que des prophètes. À la limite, que les rabbins disent le contraire des philosophes, ça peut encore passer, étant donné que les philosophes appartiennent à une école différente de celle des hachamim. Mais les hachamim et les prophètes, a priori, sont censés être d'accord. Or, il semblerait qu'ils ne disent pas la même chose. Le Rambam le dit ainsi: « Kol asher yihyé haadam yoter chachouv, yoter chalem ». Plus un homme est important et entier, plus il est parfait. Tihyé teshoukato la'avérot veyitstaarhé bé'anachato yetér gadol: il aspirera au péché et souffrira de le délaisser encore plus. Ils ont dit à ce propos des récits, dont ils ont dit: Kol hagadol mé'haveró, yitro gadol mé'yitsro. Celui qui est plus grand que son prochain a un penchant encore plus fort que lui.
C'est à propos d'une histoire d'un amora du nom de Rabba. La Guemara raconte qu'il a vu un jeune homme et une jeune fille partir seuls dans la forêt. Il se dit: je vais les suivre, parce qu'ils vont certainement pécher. Et donc il les suit, et il les voit assis à côté d'un buisson. Ils discutent entre eux. Ils finissent de discuter et rentrent à la maison. Et Rabba a pleuré, disant: « Si ça avait été moi, j'aurais péché. » Et la Guemara dit qu'on lui a répondu: « Ne t'en fais pas, c'est tout à fait normal. C'est parce que tu es plus grand qu'eux. Et plus on est grand, plus on a de yetser hara. Mais eux, ils ne sont pas très grands, donc ils n'ont pas beaucoup de yetser hara. »
Oui. Quoi ? Il va lutter contre son yetser hara. Non, il ne va pas perdre. Son yetser hara est très grand, et sa force de volonté encore plus grande que son yetser hara. Il a plus de yetser hara que l'autre, et ce n'aura pas suffi. Hachéhamou, à tel point qu'ils ont dit:
Gadol lefi ro tsa'ara bé'mosho, bé'mafsho: le salaire de celui qui domine son instinct est encore plus grand selon la souffrance qu'il a eue pour se dominer. Ils ont dit: Lefum tsa'ara agra: c'est selon la souffrance qu'est donné le salaire. Et encore plus que ça: la souffrance de l'effort. C'est une souffrance de faire des efforts. On préfère ne rien faire que faire.
Et encore plus que ça: ils ont instruit les hommes à désirer les péchés, et ils ont averti de ne pas dire que ma nature me porterait à ne pas faire ce péché, même si la Torah ne l'avait pas interdit.
Et c'est ce qu'ils ont dit. Rabban Chimon ben Gamliel dit: un homme ne doit pas dire: « Je ne désire pas manger de la viande avec du lait. Je ne désire pas me revêtir de vêtements composés de lin et de laine. »
Ichfi lavoul ela ero'a: je n'ai pas le désir sexuel. Ela ichfi, bé'ekhad: au contraire, je le voudrais bien. Mais que faire ? Avi she-bachamayim gazar alay: mon Père qui est au ciel a décrété sur moi. Oui ? Comment ça, n'existe pas ? En harmonie ? Non, il y en a, mais c'est moins bien que celui qui est en lutte. C'est ce qu'il dit.
C'est-à-dire que les hachamim ont préféré celui qui a un déchirement intérieur, qui vit en lutte permanente contre son yetser hara, plutôt que celui qui est en harmonie avec le yetser hatov, ce qui semble contredire ce qu'enseignent les prophètes et les philosophes. Donc vous avez ici plusieurs niveaux. Tout d'abord on te dit: plus on est grand, plus on a de yetser hara. Et après on te dit qu'il y a plus de mérite, plus de salaire. Et non seulement ça, on nous éduque à désirer les averot et à ne pas dire qu'on ne voudrait pas les faire.
Oui. C'est une très bonne question, qui n'a absolument rien à voir avec ce que nous étudions ici. Là, nous parlons de celui qui fait le bien et ne fait pas le mal, donc du tsadik. D'accord ? Il fait le bien, mais il est en lutte intérieure. C'est tout. On ne parle pas du pécheur. Ce n'est pas de ça dont il est question ici. Nous parlons du yetser hara, et non pas de succomber au yetser hara.
Ce qu'il semble ressortir du sens immédiat de ces deux enseignements, à première vue, c'est qu'ils se contredisent. Il semble y avoir une contradiction entre les deux.
Mais ce n'est pas vrai. En fait, il n'y a aucune contradiction entre ce qu'ont dit les philosophes et les prophètes, d'une part, et ce qu'ont dit les hachamim, d'autre part. Ah, tiens donc. En vérité, les deux sont vrais. Il n'y a aucune controverse entre les deux. Ah bon.
C'est très simple, parce que le rabbin va nous l'expliquer, mais je le dis à l'avance: ce que les philosophes appellent le mal n'est pas ce que les rabbins appellent le mal. Ils parlent de deux sujets différents. Ce que les philosophes appellent le mal, c'est ce qui contredit la morale naturelle. Tandis que ce dont les rabbins ont parlé, ce sont les interdits de la Torah, qui ne sont pas mauvais en soi, mais qui ont été interdits par la Torah.
De quoi ça dit ? C'est que. Oui, quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? On parle de ceux, des interdits de la Torah, qui ne font pas partie de la morale naturelle. D'accord ? C'est que... Cheharaot, Hachem et Messé, la philosophie. Que les mots, MAUX, que les philosophes appellent le mal,
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