Frise historique de l'humanité : la Torah comme parole de Dieu
Pourquoi la Guemara appelle les deux mille premières années « tohu », et ce que le Vav conversif révèle sur le lien entre passé et futur.
Rav Nathaniel Sigoura
Ensuite : Les trois époques de l'histoire humaine : le Tohu, 4 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Très bien, on va faire aujourd'hui un cours qui est très important. Je vous dis franchement, ce cours, c'est un vrai trésor. On va voir, en fait, une frise historique d'Adam à Rishon jusqu'à notre génération. Il faut le savoir: je connais des gens qui ont étudié des années à la yeshiva, qui connaissent la Guémara, tout ce que vous voulez, et le tiers de ce que vous allez étudier, ils ne le connaissent pas. Essayez, vous allez voir des choses très fondamentales. Ce n'est pas un cours d'histoire. On ne va pas commencer par faire juste un cours d'histoire. C'est un cours d'émouna, donc on va essayer d'avoir une vision.
On va voir l'histoire d'Erets Israël et, à travers l'histoire d'Erets Israël, l'histoire de toute l'humanité. Il faut savoir que dans le judaïsme, on est très attaché aux événements du passé. Par exemple, quel est le premier enseignement, le premier livre qu'un enfant doit apprendre ? Le fromage, le Tanakh. Il est écrit dans Pirkei Avot: Ben Hamech Lamikra.
La première chose qu'il doit apprendre, tout d'abord, c'est l'histoire de ses ancêtres, les choses passées. Pourquoi est-ce comme ça ? Certains d'entre vous, j'ai fait le petit rappel hier. Vous savez qu'il est écrit dans Massekhet Megila: « Kol lashon "Vayehi" », quand il est écrit dans le Tanakh « Vayehi », c'est un lashon tsaar, une expression de tristesse. Par exemple, comment commence la Méguila d'Esther ? « Vayehi bimei Achashverosh », « Et il advint aux jours d'Assuérus ». Si on est dans l'époque d'Achashverosh, évidemment, c'est une période de tristesse. Donc le terme Vayehi désigne une tristesse.
Et la Guémara continue: le terme Vehaya est un lashon simcha. Quand vous voyez le terme Vehaya au début d'un passage, cela veut dire que le sujet du verset, le sujet de la paracha, va être quelque chose de joyeux. Par exemple, comment s'appelle la paracha de la semaine prochaine ? Kitavo. Comment commence-t-elle ? Vehaya ki yavi'akha el ha'aretz. De quoi parle la paracha ? De l'arrivée en Erets Israël, donc c'est une simcha, et elle commence par un Vehaya. La question qu'il faut se poser, c'est pourquoi Vayehi est un lashon tsaar et Vehaya un lashon simcha ? C'est très simple. Vous connaissez sûrement ça: on est en grammaire biblique, c'est ce qu'on appelle le vav conversif.
On transforme le passé en futur et le futur en passé. Par exemple, le terme yehi, qu'est-ce que ça veut dire ? Yehi, c'est du futur. En hébreu moderne, on dirait yihyé. Yihyé, c'est le verbe être au futur. Quand vous mettez le vav devant, vous transformez le futur en passé. Pourquoi ? C'est-à-dire que vous connaissez ces gens qui sont toujours attachés au passé, toujours attachés à des regrets, toujours bloqués dans le passé. Ils n'arrivent pas à avancer dans le futur, parce que tout leur futur, à chaque fois, se transforme en passé: « J'essaie de faire un pas en avant, oui, mais je regrette, je n'ai pas fait ça. » Donc, à chaque fois qu'une personne, pour essayer d'avancer dans la vie, est bloquée dans le passé, c'est un lashon tsaar. Elle ne pourra jamais avancer dans la vie. Elle n'aura pas, en fait, de futur. Son futur sera toujours bloqué.
Le vav de Vehaya est l'inverse. Qu'est-ce que hayah en hébreu ? C'est du passé, le verbe être au passé. Quand vous mettez le vehaya, vous transformez le passé en futur. Qu'est-ce que ça veut dire ? Cela veut dire que le peuple d'Israël est un peuple qui connaît le secret du temps. Il sait qu'en fait les racines du futur, c'est le passé. Je m'explique. J'ai dit hier à certains élèves: vous savez qu'en hébreu, comment dit-on le visage ? On dit panim. Guouf, c'est le corps. Panim, c'est le visage, et c'est exactement le même être qu'un autre mot: Pnim, Bifnim. Et bifnim, c'est quoi ? À l'intérieur. C'est-à-dire que le visage montre ton intériorité.
Pourquoi je vous parle de ça ? Parce que vous avez remarqué qu'on ressemble tous à nos parents, physiquement. Nos parents, c'est la génération du passé. C'est marrant que les enfants ressemblent physiquement, donc les enfants, c'est le présent, voire le futur, c'est le fruit. Ils ressemblent physiquement aux générations du passé. Or, en hébreu, les lettres sont très significatives. Si le visage se dit comme l'intériorité, cela veut dire que si je ressemble physiquement à mes parents, il y a une trace de mes parents, une trace du monde passé, dans mon intériorité. Je vais le dire un peu différemment: ce qui va me façonner, c'est en fait le passé.
Ce que je vous dis, c'est écrit dans Pirkei Avot: Mei'ayin bata ule'ana ta'oler. Vous voulez savoir: c'est quoi le but de ma vie ? C'est quoi mon objectif dans la vie ? C'est quoi ma mission sur terre ? Vous voulez connaître votre futur ? Regardez votre passé. Mais pas pour rester bloqué dans le passé: regardez votre passé parce que le passé, c'est ce qui vous a forgé. Ça fait partie de vous. Vous n'êtes pas vos parents, vous êtes indépendant de vos parents, mais vous êtes la continuité d'une histoire qui vous a précédé.
Prenez maintenant le calendrier chrétien. Il commence à l'an zéro. C'est quoi, l'an zéro ? C'est la naissance de... ? C'est l'ère chrétienne. Disons l'an zéro: c'est complètement absurde, parce que, disons, c'est la naissance de Jésus. Mais si vous dites que c'est l'an zéro, cela veut dire qu'il n'y a rien avant, que l'histoire commence maintenant. En réalité, c'est faux. Jésus avait des parents, et il y a une histoire: il y a des civilisations qui précèdent la civilisation romaine, la civilisation chrétienne, et ce qui vient après. C'est
donc la déconnexion du passé, et c'est pour ça que cela ne pourra jamais marcher. On pourra étudier d'autres problèmes dans le christianisme, mais c'est cette intuition mauvaise: dire que maintenant, le nouveau prophète arrive, donc Jésus. Dieu, le prophète, on étudiera ça. L'histoire commence maintenant, et c'est une absurdité. Vous ne pourrez jamais réussir votre mission si vous vous déconnectez du passé. C'est clair jusque-là ? Il y a des questions ?
Donc d'où l'importance de ce cours. Il y a beaucoup de choses dans ce cours-là: que tout le monde ait des papiers, des crayons. N'hésitez pas à poser des questions, parce qu'il y a beaucoup, beaucoup de choses, et je ne vais pas tout approfondir. Des fois, je vais survoler certains thèmes, et ça ne sera pas forcément très clair. N'hésitez donc pas à poser des questions pour approfondir, à me faire répéter si quelque chose n'est pas clair. Je vais aussi utiliser beaucoup de termes en hébreu, sans le faire exprès, ou en frambreux. Celui qui ne comprend pas, qu'il n'hésite pas, il m'arrête.
Le Rambam, dans Hilkhot Talmud Torah, dit qu'il y a un issour. Issour, c'est une interdiction. Très bien, super. Il applique ce que je veux dire: il y a une interdiction pour un élève de ne pas poser une question s'il ne …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
12 cours du Rav Nathaniel Sigoura, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Pensée juive, Émouna, Techouva, Kapara, Histoire d'Israël.
- 2
Adonai sefatai tiftah : se présenter devant Hachem malgré ses fautesPourquoi cette phrase ajoutée par Rabbi Yo'hanan remplace le korban, et comment le nom Adonaï déracine la faute. - 3
Adonai sefatai tiftah : la prière après la fauteComment la phrase d'ouverture de l'Amida répare la faute quand le Beit Hamikdash n'existe plus. - 4
Rav Eliyahou, Hanina ben Dosa et la sainteté vécueComment la sainteté dévoile des capacités surnaturelles, et pourquoi la rencontre avec Hachem est le but ultime. - 5
Le Kouzari de Rabbi Yehouda Halevi : introduction et fondementsQui était Rabbi Yehouda Halevi, pourquoi il écrit le Kouzari, et les hérétiques (minim) face au peuple juif. - 6
Frise historique de l'humanité : la Torah comme parole de DieuPourquoi la Guemara appelle les deux mille premières années « tohu », et ce que le Vav conversif révèle sur le lien entre passé et futur. - 7
Les trois époques de l'histoire humaine : le TohuLe Tohu, matière brute de l'humanité sans direction, et le passage à la Torah à partir de 2000 ans. - 8
Techiyat hamétim et la Torah vivante selon le MaharamPourquoi le Talmud dit que chaque sage peut ressusciter les morts, et ce que cela signifie. - 9
Techouva : revenir à Hachem, non aux seules mitsvotLe Rav Kook sur la techouva comme chemin continu, et pourquoi elle ne se réduit pas à l'observance. - 10
Lachon Hara : l'interdit, ses sources et ses limitesLes versets qui interdisent la médisance, la distinction avec la rechiloute et les cas où l'écoute est permise. - 11
Rav Yehoshua et la Gueoula indépendante de la techouvaLe débat de Sanhédrin entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yehoshua sur la Gueoula et la techouva, et la leçon de Rav Kook.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav