Le libre arbitre, la collectivité et la punition de Pharaon
Comment le Rambam explique que Pharaon ait perdu son libre arbitre, et pourquoi le peuple reste soumis à des lois collectives.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le Rambam et la mitsva de faire techouva, 52 min
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Il nous reste donc encore un point à élucider dans cette histoire. Il y a des versets qui font penser aux gens que Dieu décrète la révolte, et que cela serait imposé par Dieu béni soit-il. Ze Sheker, c'est un mensonge. Utsrihi Manu Leva Aram, Ki Arbe Ben Uvna Adain Balboulou Ba'em. Nous devons les expliquer, parce que de nombreux hommes ont été troublés par eux.
Voilà de quoi il s'agit. Ce ne sont pas de mauvaises interprétations, mais elles ont tiré des conséquences qui ne sont pas les bonnes. J'entends par là:
Quand nous parlons du libre arbitre, qui possède le libre arbitre ? L'homme. L'homme et Dieu, d'accord. Maintenant, nous sommes d'accord pour dire que l'homme dispose du libre arbitre. Deuxième question: est-ce que les hommes ont le libre arbitre ? Qu'est-ce que les hommes ? La collectivité. La collectivité, elle, n'est pas véritablement libre.
Il y a des lois qui régissent les sociétés humaines. C'est la raison pour laquelle les sociologues peuvent faire des prévisions.
— Oui ? J'ai du mal à comprendre la question. Quelle est la question ?
Les grands mouvements humains, oui, alors ? Qu'est-ce qu'ils ont, les grands mouvements humains ? C'est ce qu'on vient de dire.
— Qu'est-ce qu'on a dit là, maintenant ?
Non. Alors pourquoi poses-tu la question ? C'est la même chose. Si l'on dit que la nature est suscitée par Dieu, le fait qu'il y ait de grands mouvements humains est également suscité par Dieu. C'est quand il y a une dynamique collective. Quand il y a une dynamique collective. Par exemple, il y a un fait: un homme se comporte différemment quand il est dans une manifestation, un défilé, que quand il est seul, n'est-ce pas ? Quand il est séparé. Nous avons donc tous des moments où, en tant qu'êtres collectifs, nous réagissons autrement que lorsque nous sommes seuls.
— Oui ?
— Oui ! Évidemment !
Je peux, par exemple, convaincre une cinquantaine de personnes de faire autre chose que ce qu'elles voulaient faire. Je peux essayer de le faire sur dix mille personnes. Est-ce que je peux le faire sur un million ?
— Euh, jusqu'à une certaine… oui.
C'est pas impossible. Ce n'est pas impossible, mais c'est très difficile, et souvent impossible. D'accord ?
— Comment ?
Hitler a réussi, effectivement. Mais est-ce que cela veut dire que cela dépendait uniquement d'Hitler ? Ou bien Hitler est-il le produit de quelque chose ?
Est-ce que la démocratie est vivable ? Peut-être que les idées démocratiques dépendent, elles aussi, de certaines conditions historiques. Il y a des conditions historiques qui permettent l'émergence de la démocratie, et des conditions qui l'empêchent.
Par exemple, certains observateurs – je ne sais pas qui c'est qui dit « je suis observateur », mais enfin c'est comme ça – disent qu'il n'est pas impossible que, dans deux siècles, le régime démocratique disparaisse à cause des conditions climatiques. D'accord ? Ce n'est pas impossible que cela ait aussi des influences. Oui ?
Alors, c'est toujours le problème de savoir: est-ce que c'est un penseur qui fait avancer les rouages de l'histoire, ou est-ce que c'est l'histoire qui suscite les penseurs ? Ce sont des questions ouvertes, et il y a différentes écoles à ce propos.
D'accord ? Par exemple, pour nous, il y a Avraham Avinu. C'est quelqu'un, Avraham, n'est-ce pas ? Il a fait bouger beaucoup de choses. Aurait-il pu apparaître avant ou après ? Était-il nécessaire qu'il apparaisse, ou en tout cas fort probable qu'il apparaisse au moment où il est apparu ? N'est-ce pas ? Il y a des textes comme ça. Par exemple, la Mishnah nous dit qu'il a fallu vingt générations, d'Adam Harishon jusqu'à Avraham, n'est-ce pas ?
Donc cela veut dire qu'il y a également des processus, des rouages de l'histoire, qui n'ont rien à voir, ou presque, avec la liberté individuelle. Quand on parle de liberté, de libre arbitre, il s'agit de l'individu. Au niveau du klal, cela peut ne pas avoir lieu. N'est-ce pas ? C'est ce que nous allons étudier maintenant, à travers les versets que nous amène le Rambam.
— Quoi encore ?
En groupe, oui, bien sûr. Non, pas forcément, pas totalement. Il y a une dynamique de groupe qui fait que c'est très fort. Ne serait-ce que, par exemple, dans une armée, il y a des dynamiques spécifiques au groupe, n'est-ce pas ? Et donc, je propose que, puisque le Rambam a si gentiment proposé son aide, nous en fassions usage.
Oumize machene mar le Avraham, entre autres, ce qui a été dit à Avraham: Va'avadoum ve'in nou ta marba meotchana. Ils les asserviront, ils les affligeront pendant quatre cents ans. Un mot. Alors, les questionneurs ont questionné: Allô, tirez, chez Gaza, la Mithrim, chez Ahmissou, zéra Avraham. Tu vois bien que Dieu a décrété que les Égyptiens…
Et la réponse à cela, cette chose-là.
C'est comme si Dieu avait annoncé que, parmi ceux qui vont naître dans l'avenir, il y aura, parmi les générations à venir, un révolté et un soumis, un homme pieux et un méchant. Et c'est vrai. C'est-à-dire que nous savons avec certitude que, statistiquement parlant, il est impossible qu'il n'y ait pas des tsadikim et des rechaïm.
Vélo mipneseh hama hamar, mais ce n'est pas à cause de cette parole. Yitrayef peloni hara liyotra, que celui-là, le méchant, serait contraint d'être méchant; vélo peloni hat tzadik liyot tzadik al kolpanim, et ni celui-là, le juste, d'être juste, quoi qu'il en soit. Aval kol nishe yirtsemem liyotra yibifrirato: tout ce qui voudrait parmi eux être méchant le sera, de son propre choix. Et s'il voulait être juste, il le pouvait, rien ne l'en empêcherait. De même, le juste: s'il voulait être méchant, rien ne l'en empêcherait.
Parce que ces choses que Dieu a annoncées, il ne les a pas dites à une personne précise, au point que l'on puisse dire var nixar alav, ceci a été décrété sur lui. Ve omnam baoua devarim lak lal, ceci a été dit pour la collectivité. Ve nishar kol ish vayish bifrirato, bikar etzirato, mais chacun est resté libre, selon sa nature. Ve khol ish vayish min ha mitzrim, et chaque individu parmi les Égyptiens, hachekh hamsu v'inu otam, qui les ont lésés et affligés,
Ayah bifriratosh Eloi achmesen. Il pouvait librement ne pas le faire; ilou ayarotzeh, s'il le voulait. Kilon nixar alaich bifrak sheachmesen, parce que ceci n'a pas été imposé à un individu particulier. Donc on pourrait presque dire que ce décret, entre guillemets, n'est pas vraiment un décret, mais une donnée sociologique.
Si vous prenez un groupe ethnique qui conserve sa spécificité au sein d'une collectivité dominante, on peut dire à l'avance qu'il y aura persécution.
— Hein ? Tu n'as pas compris.
Si tu prends un groupe ethnique, tu m'arrêtes dès que tu ne comprends pas. Si tu prends un groupe ethnique qui conserve sa spécificité au sein d'une collectivité dominante, il est évident, on peut le dire à l'avance, qu'il y aura persécution. Parce qu'il y a un phénomène de rejet.
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