Noa'h, la grâce et la justice dans la Téva
Le Rav Cherki résout la contradiction entre les versets sur Noa'h : grâce d'Elohim contre justice d'Hachem.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le temps entre les temps, un espace de liberté, 2 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Sommes-nous arrivés à la fin de la paracha ? Alors, bonjour tout le monde. Nous avons vu au dernier verset de la paracha de Béréchit un verset très important: Ve Noach matsa chen be'eneï Hachem, « Noach trouva grâce aux yeux de Dieu ». Ce qui veut donc dire que Noach n'était pas juste, qu'il n'était pas un tsadik, puisqu'il avait besoin de la grâce.
La grâce, en hébreu hen, est à rapprocher du mot français « gratuit », en hébreu hinam. Il y a donc une sorte de gratuité dans la grâce qui choque notre conscience morale. Pourquoi donner à quelqu'un ce qui ne lui revient pas par son mérite ? La charité est toute contente, mais la justice n'est pas contente. Il y a donc un problème, surtout que la Guemara nous dit:
Kol omer HaKadosh Baroukh Hou vatran, li vatro hayav, celui qui dit que Dieu est renonçant, on renoncera à sa vie. Ça veut dire que le bon Dieu ne fait pas de choses gratuites. Or, il est ici question d'une grâce. Le verset juste après nous dit exactement le contraire de ce qu'on vient de voir.
— J'ai découvert que tu n'as pas de livre.
Il y en a ici, pourtant. Voilà, c'est beaucoup plus pratique d'avoir un livre que de ne pas en avoir. Je vous en prie, c'est très gentil à vous. Bon, je reprends au verset Tet: Éle toldot Noach, « Voici les engendrements de Noach. Noach ish tsadik », Noach était un homme juste. Il y a donc contradiction entre le verset Ḥet et le verset Tet.
Selon le verset Ḥet, Noach n'est pas un tsadik; selon le verset Tet, Noach est un tsadik. Dans la lecture chrétienne de ce texte, on affirme que ça prouve que le fait d'être juste ne sert à rien s'il n'y a pas la grâce: il faut qu'il y ait la grâce, et la preuve, vous voyez bien, il est juste et, pour ça, il a besoin de la grâce. Non, c'est… Vous avez compris la question ? Qu'est-ce que tu n'as pas compris ? Peut-être que tu n'as pas écouté.
C'est plutôt probable. Je reprends. Le verset Ḥet, qu'est-ce qu'il dit ? Ve Noach matsa ḥen be'eneï Hachem. Et Noach a trouvé grâce. Ça veut dire qu'il avait besoin, pour être sauvé du déluge, de la grâce. Donc il n'avait pas de mérite. Le verset Tet, qui commence la paracha d'après, nous dit qu'il était tsadik. Donc il avait du mérite. D'accord ? La lecture chrétienne de ce texte dit:
Puisqu'il est tsadik et qu'il a quand même besoin de la grâce, ça prouve qu'être juste ne sert à rien: il faut avoir la grâce de Dieu. Est-ce que la question est claire ? Pourtant, c'est exactement ce qu'on a dit tout à l'heure. Quelle est la différence ? C'est que là, tu as écouté, tout simplement. Bon, je reprends: il y a ici contradiction. La question a l'air tout à fait pertinente. En fait, tout ça, c'est parce qu'on lit la Torah en français.
Si on la lisait en hébreu, la question ne commencerait même pas. Ce qui prouve que les chrétiens n'ont pas lu la Torah en hébreu. Et même s'ils l'ont lue en hébreu, ils n'ont pas compris l'hébreu. Pour eux, c'est de l'hébreu, ils diront: « C'est de l'hébreu pour moi. » Et tout simplement, il faut voir comment est appelé ici le Créateur. Aux yeux de qui, d'après le texte, Noach a-t-il trouvé grâce ? Au nom d'Hachem, n'est-ce pas ? Yod Hé Vav Hé.
Maintenant, si vous regardez dans le verset Tet: Noach ish tsadik tamim hayah be'dorotav, Noach était un homme juste et entier dans ses générations. Et et Elohim hithalekh Noach, c'est avec Elohim que Noach cheminait. Donc il est juste selon les critères d'Elohim, mais il n'est pas juste selon les critères d'Hachem. Ça tombe sous le sens ? Alors ça pose un problème.
Qui est Elohim ? Un attribut de miséricorde ? Il dit que c'est un attribut de miséricorde: c'est la position de Philon d'Alexandrie, qui pensait comme ça. Mais la tradition des Ḥakhamim, c'est le contraire. C'est quoi, Elohim ? Le din. Où est-ce que vous étiez cherché tout ça ? La nature.
— Comment tu sais que Elohim, c'est la nature ?
Tout simplement.
— Comment ?
Et alors ? Rachamim aussi, c'est un pluriel. Oui ? Exactement. Au début, Elohim a créé. Or, ce qu'il a créé, c'est la nature. Ce n'est donc pas une devinette basée sur un midrash: c'est dans le texte ! On voit que Elohim est celui qui a créé la nature. Donc la nature ne fait pas de cadeaux. La nature est cruelle.
Par exemple, si quelqu'un monte sur la tour Eiffel et qu'il saute, il entre en conflit avec la loi de la gravitation. Et il peut très bien, en route, dire à la loi de la gravitation: « Je regrette profondément d'avoir fait ça, je promets de ne plus jamais le faire. » Que lui répond la loi de la gravitation ? « Effectivement, tu ne le feras plus jamais. » N'est-ce pas ? Avec la nature, on ne rigole pas. C'est Midat Hadin, c'est pour ça que c'est Midat Hadin: c'est la loi.
Maintenant, il y a un déluge. On ne sait pas encore exactement pourquoi, mais il va y avoir un déluge. Un déluge, c'est de l'eau, beaucoup d'eau. Quand il y a de l'eau et donc des victimes, il y a des rescapés. Qui sera rescapé ? Selon notre exigence morale, on veut que ce soit le juste qui s'en tire: les méchants seront noyés et le juste va s'en sortir. Mais dans la réalité, c'est celui qui sait nager ou qui a une bouée qui est sauvé.
Et le juste, aussi juste qu'il soit, ne peut pas tenir face à l'eau, à moins qu'il ait une bouée ou qu'il sache nager. D'accord ? Ça veut dire qu'il ne suffit pas d'être tsadik pour tenir face au cataclysme d'Elohim. C'est d'ailleurs un vrai problème, parce qu'il y a une exigence intérieure que tout fonctionne selon la morale, alors que ce n'est pas comme ça que ça marche. Et pourtant, Noach est sauvé. Mais pour être sauvé de la nature,
il faut être attaché aux critères d'un Dieu qui est supérieur à la nature. Qui est ce Dieu qui est supérieur à la nature ? Hachem, Yod Hé Vav Hé, Yod Hé Vav Hé étant l'attribut de miséricorde. La miséricorde, c'est écarter la nature et tenir compte du mérite de la personne, n'est-ce pas ? Donc, si Noach veut être sauvé du déluge, il faut qu'il soit tsadik selon Hachem, et non selon Elohim.
Et pourtant, il est sauvé. Il a trouvé grâce aux yeux d'Hachem. Mais alors on se demande: pourquoi ? Vous voyez, la question est paradoxale. Pourquoi la grâce ? Pourquoi le gratuit ? Si je dis « pourquoi », c'est déjà plus gratuit. Et pourtant, on demande pourquoi ce gratuit ? Maintenant, c'est quoi, être tsadik selon Elohim et …
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