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Caïn, Hével et la parole qui échoue

Pourquoi Hével, qui croit au discours de Caïn, est puni plus sévèrement que son meurtrier, et ce que révèle le nouveau départ de Chet.

52 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Pourquoi Hanouka n'a-t-elle pas été abolie, 54 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom à tous. Je crois que nous en sommes dans le chapitre d'Béréchit, au verset 8, il me semble. Vayomer Kaïn el Hevel achiv: Caïn dit à Hevel son frère. C'est-à-dire, après avoir reçu l'idée qu'il était libre.

Il était donc pourvu de ce qu'on appelle le libre arbitre. Caïn a tenté de devenir le frère de Hevel, et c'est pour cela qu'il a commencé à lui parler. C'est la première fois qu'on voit, entre deux personnes de même génération, s'instaurer un dialogue. Par exemple, entre Adam et Chava, la Torah ne dit pas qu'ils se sont parlé, alors que là, elle nous dit qu'ils se parlent.

L'absence de dialogue, dans la première génération, a eu pour conséquence la mort. Ils ne se sont pas parlé, donc ils sont morts. Dans la deuxième génération, entre Caïn et Hevel, Caïn commence à parler. Il commence à parler, et donc ça pourrait aller bien. Mais cela entraînait la mort de la moitié de l'humanité. D'accord ? Il y en a un qui est resté en vie: l'assassin.

Mais en tout cas, qu'est-ce que Caïn a dit à Hevel ? Eh bien, il ne lui a rien dit. Vayomer Kaïn el Hevel achiv: Caïn dit à Hevel son frère, mais il ne lui a rien dit. C'est-à-dire que la violence, c'est une tentative de parole qui a échoué.

— Oui ?

— Oui, mais si vous voulez, c'est presque un midrash. C'est presque un drash ce que je dis là. Un midrash n'est que la moitié d'un drash. Mais…

Dans le contenu même des paroles, il n'y a rien d'écrit. C'est-à-dire qu'il a essayé, et puis ça n'a pas marché, et c'est devenu la violence. Mais on pourrait dire qu'il lui a dit les mots suivants: Vayihi biyotam basadeh. Si vous lisez le texte littéralement, c'est un peu cela qui a été écrit: Vayomer Kaïn el Hevel achi, vayehi biyotam basadeh. Caïn dit à Hevel son frère. Qu'est-ce qu'il lui a dit ? Ce fut lorsqu'ils étaient dans le champ. Un champ, c'est quoi ? C'est le lieu de la rivalité, n'est-ce pas ? Donc ils sont en rivalité à cause d'un champ. Nous avons étudié les différentes significations du mot champ, n'est-ce pas ?

Et là, il y a un terme surprenant: Vayakom Kaïn, Caïn se leva, el Hevel achiv, vers Hevel son frère, vayaharògehu, et il le tua. Caïn s'est levé. Ah bon ? S'il s'est levé, c'est que… ce qu'il était avant. Le contraire absolu d'être debout, c'est d'être couché, donc ça veut dire qu'il était couché. Et où était-il couché ? Sur le champ.

— Oui, mais pourquoi était-il couché dans le champ ? Le midrash nous dit quelque chose d'intéressant: il était plaqué au sol par Hevel. Hevel a vu Caïn s'approcher, il a compris qu'il était dangereux, donc il l'a jeté au sol. Et Caïn arrive quand même à se relever. Pourquoi ? Le midrash nous dit qu'il fait mettre dans la bouche de Caïn les paroles suivantes: « Mon frère, lui dit-il, si tu me tues, que diras-tu à nos parents ? » Alors Hevel abandonne Caïn, qui se lève et le tue. C'est comme dans Le Roi lion, avec Scar.

Maintenant, cette histoire, que veut-elle dire ? Cela veut dire que l'erreur de Hevel, c'est d'avoir cru au discours de Caïn. Les paroles de Hevel étaient également celles de Caïn, puisque Caïn a employé son langage: « Mon frère, que diras-tu à nos parents ? » Et ça, c'est une erreur d'éducateur. Vous vous rappelez que Hevel avait une vocation d'éducateur dans son être. Il a fait une erreur d'éducation. Il n'a pas bien apprécié, disons, l'état de l'évolution morale de Caïn. Il a vu que Caïn voulait le tuer.

Donc il l'a plaqué, il était fort, Hevel était fort, et il a jeté Caïn au sol. Et pourtant Caïn arrive à se relever: c'est qu'il a convaincu Hevel de lâcher. Parce que sinon, qu'aurait-il fait ? Hevel l'aurait tué en légitime défense.

— Oui, mais c'est une mauvaise… ce n'est pas une vraie parole. C'est une parole de mensonge. Donc elle n'est pas rapportée dans la Torah.

— Oui ? Eh bien c'est justement là le rôle de l'éducateur. L'éducateur doit savoir qu'il y a un temps pour l'acquisition des valeurs. Il ne l'a pas compris. Or il y a un principe, dans le Guemara de Gattat Talmud: une erreur d'enseignement, c'est comme si elle avait été faite intentionnellement.

Maintenant, la punition de Caïn, vous le savez, c'est par la suite le bannissement, l'exil. Et la punition de Hevel, c'est quoi ? La mort. Et donc, quel est le péché le plus grave ? Celui de Caïn ou celui de Hevel ? C'est celui de Hevel: il est puni de s'être laissé tuer. N'est-ce pas ?

Il faut comprendre un peu Hevel. Qu'est-ce que lui dit Caïn ? Il lui dit: si tu me tues, c'est que toi tu deviens Caïn. C'est-à-dire que l'exercice de la violence contre la violence te transforme en violent. C'est un présupposé chrétien. D'ailleurs, pour le christianisme, l'usage même de la violence est en soi un mal. Et donc, si c'est comme ça, Hevel n'a pas le choix: il est obligé de se faire tuer. N'est-ce pas ? Bon.

— Oui ?

— Est-ce que je peux répéter ?

— Bien sûr que je peux répéter. Je disais que du point de vue du christianisme, qui est également le point de vue de Hevel, l'usage même de la violence est un mal. Donc même en état de légitime défense, si je tue celui qui veut me tuer, je deviens moi-même un assassin. Donc, sur le plan moral, dans le système moral de Hevel, il n'a pas d'autre choix que de se laisser tuer.

— Oui ? Ah, évidemment ! Je n'ai pas compris: comment ça, il aurait dû mourir ?

— Oui, bien sûr ! Quelle est la question ?

— Pourquoi n'a-t-il été qu'exilé ? Ah, très bonne question. Quand est-ce qu'on est exilé pour un meurtre ? Non, quand c'est fait par négligence. Pas involontaire, mais par négligence. Et donc, d'une certaine manière, le premier assassin de l'histoire ne sait pas vraiment encore ce que c'est que l'assassinat. Il est un peu irresponsable. Il est donc mis à l'épreuve, il est renvoyé, et on va voir ce que cela va devenir.

— Oui ?

— Les deux Vayomer, cela signifie la volonté. Par exemple, dans le livre de Chemot: Halehor geni ata omer ? Est-ce que tu veux me tuer ? Et là, le mot employé, c'est omer, n'est-ce pas ? Donc les Vayomer, ou Vayi'omer, cela veut dire vouloir.

Je reprends ici. Et là, il y a un problème: Caïn est un assassin, Hevel est une victime, mais il y a également une certaine responsabilité de Hevel. D'où la tentation glissante.

— Oui, mais ça, c'est ce que nous savons. Est-ce que…

— Lui, vraiment, est-ce que c'est ce qu'il voulait ? Et l'observateur de l'extérieur le sait-il ? Il faut sept générations jusqu'à ce …

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