Le livre des Juges : introduction à son historiosophie
Pourquoi étudier Shoftim : une histoire qui enseigne la leçon, la vertu et le devoir, et qui fait penser sa propre vie.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Juges 11 : la paix avec Edom selon la Torah, 1 h 04
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Le livre des Juges, en cette nouvelle année, où je tiens à vous dire aussi Chana Tova et Hodech Tov, puisqu'on est Roch Hodech. Le livre des Juges, qu'est-ce donc et pourquoi choisir le livre des Juges ? Bien tout d'abord parce que le livre des Juges est un livre d'histoire, et il ne l'est pas. Quand je dis qu'il est un livre d'histoire, c'est parce qu'il va venir raconter, après la conquête d'Erets Israël par Josué, qui est le livre qui le précède, et avant le livre de Chmouel, qui le suit, qui va nous entretenir du dernier juge, prophète, prêtre, dirigeant d'Israël, avant que la royauté ne soit couronnée, intronisée. Et bien, le Sefer Chofetim est cette épopée historique.
Elle ne vient pas simplement nous raconter l'histoire de… Mais ce que je vous enseigne, c'est l'historiosophie. L'historiosophie, cela veut dire la philosophie de l'histoire, cela veut dire la leçon, cela veut dire la vertu, cela veut dire le devoir, cela veut dire la sagesse.
Lorsque nous allons étudier ce que nous étudions, et que l'ensemble de vos camarades, filles ou garçons, étudient avec moi l'historiosophie tanakhique un peu partout, c'est parce qu'il y a deux termes que je voudrais que vous reteniez: vivre et penser. Et lorsque nous étudions, ce n'est pas simplement pour vivre une pensée, mais pour que vous soyez capables demain de penser votre vie. Ce sont les deux choses en même temps qui sont importantes.
Le livre des Juges vient nous faire entrer de plain-pied dans ce qu'est la vie au quotidien, alors que nous sommes rentrés en Erets Israël, alors qu'il n'y a pas d'indépendance foncière, qu'il n'y a pas de souveraineté réelle, alors que ce que devait accomplir la génération de Josué, conquérir l'ensemble des sept peuples, l'ensemble du territoire offert, donné par l'Éternel, n'a pas été réalisé complètement. Quelles en sont les conséquences lorsque nous sommes à même de réaliser quelque chose de manière pleine et entière et que nous ne l'avons pas fait ? Cela portera-t-il à conséquences, oui ou non ? Et si conséquences, quelles conséquences ? Vous allez avoir à traiter de questions existentielles, foncières. Vous allez rencontrer les hommes dans leur bassesse et dans leur grandeur, dans leur décadence comme dans leur sommet. Mais c'est de vous que nous allons parler. C'est de moi que nous allons parler. C'est de nous que nous allons parler.
Il y a une différence entre le juge d'Israël et le juge des nations. C'est ce que nous allons découvrir aussi. Le juge des nations, et là, pour faire régner le droit et le devoir… Le juge d'Israël que nous allons rencontrer est un chef. Un chef charismatique. Ça veut dire quoi, un chef charismatique ? Ça veut dire un personnage capable d'être entendu par ceux qui l'écoutent. Il est aussi le sauveur de son peuple, prenant la tête du peuple dans un moment critique, c'est-à-dire savoir être l'homme du moment, au moment où l'histoire vous interpelle. Vous voyez que déjà ces questions relèvent de la haute sagesse réfléchie quant à qui est l'homme. C'est ce que nous avons lu la semaine dernière, dans ces versets de Béréchit.
Vous devriez avancer par là-bas, sinon je vais attraper un torticolis. Poussez les tables vers là-bas, comme ça je vois tout le monde.
Il est clair que le juge d'Israël est un individu inspiré, c'est-à-dire que le souffle divin respire en lui, bien entendu. Les obligations du juge d'Israël ne sont pas définies. Ce n'est pas non plus défini. Nous le verrons avec les différents juges: que ce soit Yiftah, que ce soit Gidon, que ce soit Devora, que ce soit Chimchon, ils agissent tous d'une manière et d'une forme qui sera et restera totalement différente.
— Oui. La différence entre le Navi, c'est que le Navi ne peut pas prendre le rôle de la direction politique ou militaire.
Le juge, oui. Maintenant, le juge aurait pu être roi si la royauté avait été instaurée, mais il n'aurait pas pu l'être, étant donné qu'il ne descend pas de Chevet Yehouda. Toujours.
Le prêtre est celui qui se consacre, c'est-à-dire qui participe au sacrement de la réalité, c'est-à-dire qui donne à la réalité une dimension sacrée. Il est responsable du sacerdoce, de la prêtrise. Mais il ne faut pas que les prêtres deviennent rois, comme ce sera le cas à l'époque asmonéenne.
Vous vous rendez compte qu'avec l'étude qui est la nôtre, les différentes facettes, les différentes complexités, les différents imbroglios de l'histoire, de l'homme individuel comme de l'homme collectif, vont nous être présentés, et à nous de nous mesurer à cela, bien entendu.
Non, je n'ai pas dit que… Ça veut dire quoi, « chacun à sa place » ? Le rôle d'un Navi n'est pas le rôle du prêtre. Il ne faut pas Irouv Toumim, c'est le mélange des genres.
— Oui, mais il y a des années où chacun est resté à sa place, et il n'y a pas eu de démocratie.
— Quelles années ?
Les années… par exemple, les Chofetim, ils ont régné…
— Mais aujourd'hui, la démocratie, même celle présentée par Monsieur de Tocqueville, veut qu'il y ait un pouvoir exécutif, un pouvoir législatif et un pouvoir juridique, et les pouvoirs sont séparés dans la démocratie. Car s'ils étaient impliqués les uns au sein des autres, je ne suis pas certain. Malgré que, même en étant séparés, on puisse se poser la question de l'objectivité des différents pouvoirs, je serais encore moins certain si les pouvoirs étaient mêlés ou entremêlés, c'est-à-dire qu'il y aurait des intérêts particuliers à partager entre chacun.
Et puis, autre chose qui est importante, c'est qu'il n'y a aucune monarchie chez les juges, monarchie dans le sens où leurs enfants devraient prendre la direction, les rênes, de la tribu, des tribus ou du peuple. Car il faut que vous sachiez, bien évidemment, que les juges… nous sommes dans un régime tribal. Il n'y a pas un pouvoir centralisé.
Et dans ce pouvoir tribal, chacun, comment dit-on en français, voit midi à sa porte. Mais parce que chaque tribu est un dénominateur particulier qui devrait être capable de révéler le commun de ce dénominateur, il a besoin, avant de pouvoir révéler le dénominateur commun, de révéler le dénominateur particulier. Me conjuguer avec autrui. Et quand je dis conjuguer, ça peut être par amitié ou par amour. Je ne peux pas me conjuguer avec autrui par amitié ou par amour si je ne suis pas moi-même, de prime abord. Sinon, je n'ai à offrir à l'autre, qui doit être l'ami ou l'autre qui doit être l'amour, que l'aspect le plus ignoré de moi-même, le reflet le moins vrai de moi-même. Vous comprenez ?
Dans l'émission télé qu'on faisait hier avec le Rav Yoël, ou avec David Sabar, je ne me rappelle plus, il est clair que, non, c'est avec le Rav Yoël: il est impossible d'aborder quelque littérature toranique que ce soit lorsque l'homme n'est pas en pleine possession des ferments de base, fondamentaux, axiomatiques, de la nature de l'être. Je veux parler de son identité morale. Un abruti qui étudie la Guemara rend la Guemara abrutie.
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