Guidon refuse la royauté : pouvoir et morale
Le refus de Guidon de régner, et ce que la Torah enseigne du pouvoir et de la responsabilité morale.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Avimelech, entre démagogie et mercenaires, 59 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Je vous rappelle juste qu'on avait vu, pas la semaine dernière, mais la semaine d'avant, la bataille que mène Guidon contre les Midyanim avec seulement 300 hommes. C'est ce personnage qui représente la symbiose entre, d'une part, le côté prophétique et royal, dans le sens où l'Éternel lui a enjoint un comportement, une conduite particulière, et que lui va gérer ce comportement et cette conduite de la meilleure des manières, avec courage et témérité au cours du combat. Vous vous rappelez, il partage l'armée en trois parties, avec des cors, des cruches, bien entendu, et des flambeaux, afin de faire trembler les Midyanim.
Et je vous rappelle qu'après cette première partie de la victoire, il va appeler Éphraïm à la rescousse, puisqu'Éphraïm est, comment dire, la montagne au-dessus de la vallée du Jourdain, afin d'arrêter la fuite des Midyanim. Vous vous rappelez des noms, Orev et Zeev, qui sont les deux généraux arrêtés. Et l'autorité politique de Midian, Zévah et Tsalmouna (le second nom m'est sorti de la tête, ça me reviendra), qui vont être mis à mort après avoir mis en cause la témérité, le courage de Guidon, qui n'a pas à leur donner l'ordre de les tuer, au lieu de donner cet ordre à tes hommes. Voilà où nous en sommes.
Éphraïm, comme je vous le disais, va poursuivre et arrêter ces gens-là. Mais ils vont venir manifester devant Guidon le fait qu'ils n'ont pas participé à la bataille, et ils lui reprochent cela. Et je vous rappelle comment ils avaient été remis en quelque sorte à leur place, lorsque la réponse de Guidon avait été symbolique. Sachez que, dans l'hébreu moderne, elle reste symbolique également: qui sommes-nous, nous, la tribu de Menaché, si faible, et ma famille, en cela vis-à-vis de vous qui êtes Éphraïm, descendant de Yossef, etc. C'est-à-dire d'avoir gonflé l'ego d'Éphraïm afin que celui-ci puisse comprendre et entendre de quoi il était question, ce qui va le calmer.
Nous sommes toujours au chapitre Het. Passons au Kérev Bet, après ce résumé succinct. Et vous allez voir que nous allons toucher, comme à chaque fois d'ailleurs, à ce qui a été dit. Je réécoute moi-même les cours que je vous donne, afin de savoir ce que nous avons dit et comment les choses ont été dites. Je peux vous dire que, depuis le début de l'année, vous avez au moins une dizaine de doctorats possibles à écrire sur la philosophie du Tanakh, selon l'enseignement que vous avez reçu. Et je suis, en grande humilité, quand je vous dis une dizaine, je crois qu'il y en aurait un peu plus en vérité, vu le nombre de sujets que nous avons vus.
Celui d'aujourd'hui, c'est le pouvoir. Le bantit, si vous voulez, c'est le pouvoir. Qu'est-ce que le pouvoir ? Et comment le pouvoir est-il capable de s'exprimer, d'être exprimé ? Par exemple, ici, dans le Tanakh, on pourrait le voir, et dans nombre d'autres endroits. Deux autres exemples, bien évidents, sont ceux de Chaoul et de David. Mais Guidon, c'est intéressant, regardez pourquoi: Vayomrou ish Israël el Guidon: Meshol banu gam ata, gam ben bincha, ki hoshatanou miyad Midyan. Il y a là une volonté de la part des enfants d'Israël, toutes tribus confondues, bien qu'il n'y ait pas les douze, mais il y en a à peu près cinq: Zevouloun, Nephtali, Éphraïm, etc., Menaché, bien entendu, qui viennent et qui demandent, et qui disent Vayomrou ish Israël. Ish, c'est un titre de noblesse. On peut donc imaginer que ce sont les représentants.
El Guidon, Meshol banou. Meshol, ça veut dire « gouverne-nous ». Bien que, lorsque je dis meshol, il y a aussi une espèce de joug que je pose. Il n'y a pas de gouvernance sans qu'il n'y ait de joug. Je ne pense pas, que ce soit dans les systèmes royaux, ou que ce soit dans le système monarchique, ou dans le système même démocratique. Il est évident que le pouvoir n'a le pouvoir de pouvoir que parce qu'il est capable et à même de faire peser le joug, ne serait-ce que celui de la loi, sur des administrés.
Meshol banou gam ata. Vous entendez quoi ? Lorsque ces représentants d'Israël disent à Guidon: gouverne-nous, toi aussi. Avec qui ? Ils sont gouvernés par qui ? Midian est battu à plate couture. Il y a ici une reddition sans condition. Alors, qui ? Meshol gam ata. Ce n'est pas un conditionnel où le pouvoir ne serait reconnaissable qu'à travers la force et la puissance omniprésentes, omnipotentes, omnisciantes, non pas de Dieu, mais de l'homme seul. De la même manière que nous avons vu depuis l'apparition de Guidon et de la bataille menée par Guidon, il y a une espèce de symbiose, une alliance absolument étonnante. Parce qu'en fin de compte, c'est ce que l'Éternel suppose devoir être.
Qu'est-ce que suppose l'Éternel ? Je ne sais pas si vous me suivez sur mon Facebook Éducation, mais je publie continuellement, et il y a un nombre de textes que je fais lire, et que je fais en audio également, pour ceux qui ne savent pas lire et qui pourraient mieux entendre. Nous allons faire des clips vidéo aussi. Et où est-ce que je traite de ce sujet ? Quelle est la proposition la plus probante à laquelle peut s'affairer l'Éternel lorsqu'il est en quête de l'homme ? J'ai dit: à quoi aspire l'Éternel lorsqu'il est en quête de l'homme ? À l'union. L'union de qui et de quoi ? De l'homme et de Dieu, mais de quoi ? Le projet divin. Chose que nous avons répétée, réitérée, de manière récurrente: le projet divin n'est jamais oublié.
Je ne suis pas là seulement pour manger de la matsa, faire minha, arbit, et me laver les mains avant d'aller manger. Ce ne sont que des moyens afin de pouvoir, à travers moi et moi à travers le klal, l'ensemble, réaliser le projet divin au nom d'Israël, à l'égard de l'humanité, si ce n'est de la création tout entière. Ce sont des choses que je répète à chaque fois, mais là, vous allez le savoir. Celui qui ne saura pas, ça demande consultation. Et je suis sympa quand je dis consultation; je dirais plutôt hospitalisation.
Donc gamata, j'aurais pu prendre le verset dans le sens: nous voulons que toi, tu nous gouvernes, ton fils aussi, ton petit-fils, ton arrière-petit-fils. Tout cela pour la préposition gam. Mais je l'ai prise dans le sens où ils ont été les témoins évidents de l'événement de la guerre contre Midian, de cette union absolument essentielle entre la volonté divine et la volonté humaine.
Je fais juste un rappel entre parenthèses. Lorsque nous parlons du ratzon, c'est-à-dire chez Schopenhauer, il n'y aura pas de ratzon, il n'y aura pas de volonté possible de l'homme. Nous disons que dans le mot ratzon, la racine est ratz, d'accord ? Ça veut dire ce qui est en mouvement, en rapidité de mouvement. En français, nous disons qu'en amont de la volonté, il y a quelque chose qui va faire courir la volonté: c'est la velléité. La velléité, c'est le choix qui m'est …
Cours de Machon Meir
Dans la même série
15 cours de Rony Akrich, donnés au Machon Meir (Jérusalem). Thèmes : Livre des Juges, Pensée juive, Histoire d'Israël, Émouna, Assimilation.
- 1
Juges 3 : quand l'assimilation guette IsraëlLes peuples laissés en place, les mariages mixtes et l'oubli de Hachem, puis Otniel, premier juge. - 2
L'épée de Guidon et la question de la vengeanceJuges 6-7 : la réduction de l'armée, la guerre de Milchemet Mitsva et la ruse nocturne contre Midian. - 3
Gédéon et le pan de laine : la preuve demandée à HachemGédéon réclame deux signes avant la guerre contre Midian et Amalek, et ce que cette demande révèle de la émouna. - 4
Guidon refuse la royauté : pouvoir et moraleLe refus de Guidon de régner, et ce que la Torah enseigne du pouvoir et de la responsabilité morale. - 5
Avimelech, entre démagogie et mercenairesComment Avimelech bâtit son pouvoir par l'argent, une armée de mercenaires et un discours populiste, et pourquoi cette royauté est vouée à l'échec. - 6
Le cantique de Dvorah et la femme qui rassembleComment Myriam répond aux hommes par la farandole, et pourquoi la mère est le pilier qui réunit la famille d'Israël. - 7
Le livre des Juges : introduction à son historiosophiePourquoi étudier Shoftim : une histoire qui enseigne la leçon, la vertu et le devoir, et qui fait penser sa propre vie. - 8
Juges 11 : la paix avec Edom selon la TorahIftah, la guerre et la négociation : ce que le récit des Juges et Bamidbar disent de la paix - 9
Iftah le fils d'une concubine, de la ruine au salut d'IsraëlPourquoi ses frères le chassent, puis pourquoi les anciens de Guilad le rappellent face aux Ammonites.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav