Déborah et Yaël, des femmes stratèges dans Juges 4
Pourquoi Déborah, seule juge-prophétesse, mène la guerre contre Sisra et comment Yaël termine le combat.
Rav Rony Akrich
Ensuite : Gédéon battant le blé à l'abri des Madianites, 59 min
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## Le contexte: Yavin et Sisra
Chapitre 4, Sefer Choftim. Vayossifou Benei Israël [...] Bonjour à tous, et shalom à nos chers téléspectateurs. Je ne vous fais rien découvrir de très spécial dans ce premier verset du chapitre 4, parce que, comme je vous l'avais dit la dernière fois, le livre des Choftim, des Juges, suit en permanence le même rythme littéraire.
Vayossifou Benei Israël laasot hara beeinei Adonai. Les enfants d'Israël continuèrent, ou persistèrent, à faire le mal aux yeux de l'Éternel. Vé-Ehoud: le juge précédent, on ne l'a pas vu, on a vu Otniel ben Kenaz. Le suivant, c'était Ehoud ben Guéra, et lui est mort maintenant. Nous allons donc entrer dans le vif du sujet du chapitre 4. Vayimkérem Adonai beyad Yavin melekh Kenaan.
En conséquence du fait qu'ils ont fait le mal aux yeux de l'Éternel, ils se retrouvent entre les mains d'un pouvoir étranger: Yavin, roi de Canaan, à Hatsor. Hatsor, c'est en Galilée. D'énormes fouilles y ont été faites depuis le début de l'État d'Israël, avec le professeur Yigal Yadin aussi. Hatsor est véritablement une source incroyable de données qui nous ont été apportées depuis des temps lointains. Vésar tsevao: son chef d'armée s'appelle Sisra. Lui est bien entendu beaucoup plus connu dans la littérature biblique. Vehou yoshev béharoshet hagoyim. C'est-à-dire ? Peu importe l'endroit et ce qui est dit là, ici. Ce qui nous importe, c'est d'abord ceci: les enfants d'Israël font le mal aux yeux de l'Éternel, le juge précédent est décédé, l'Éternel réagit, et les enfants d'Israël se retrouvent entre les mains de Yavin, roi de Hatsor, dont le général s'appelle Sisra. Que se passe-t-il ensuite ? Le verset, entre guillemets...
...interpelle l'Éternel. Pourquoi ? Parce qu'ils sont dans une situation précaire, tout simplement. Et quelle est leur précarité ? Rekhev barzel,: il y a 900 chars, véritablement des chars, rekhev barzel, c'est-à-dire des véhicules de fer, des chars, qui sont la propriété de Canaan. 900 chars. Vé-hou hotsi le Béni Israël... Vé-hou lahatz. Et il enserre les enfants d'Israël dans un véritable étau, esrim chana, pendant vingt ans.
Vous voyez donc que le cri des enfants d'Israël n'est pas immédiat, à peine envahis par l'étau cananéen. Non point. Mais après vingt années de tension, d'hégémonie de la part des Cananéens, que font les enfants d'Israël ? Ils interpellent l'Éternel, oui. Ce sont des hommes, des hommes comme toi et moi, qui, dans la plupart des cas, sont incapables de se remettre en question, de se remettre en cause suffisamment. Nouvelle influence, nouvelle faiblesse de la nature humaine telle que nous la connaissons.
C'est-à-dire que bien sûr, ça nous interpelle quand on parle du passé, mais tu connais ma loi d'étude: je ne parle pas du passé. Enfin, je me sers du passé, mais en vérité, je parle pour aujourd'hui. C'est cela qu'il faut interroger. Il faut que tu t'interroges pour toi-même, pour ta propre génération, de même que je le fais pour moi-même: pour quelles raisons, alors que je suis conscient des conséquences de telle ou telle chose, est-ce que je continue ? Je te donne un exemple tout simple. On est arrivé à marquer sur les paquets de cigarettes que le fumeur sache... Est-ce que foncièrement on avait besoin de marquer sur un paquet de cigarettes que la cigarette tue ? Non, bien évidemment. Boire ou conduire, il faut choisir.
Nous, béhémètes, il n'y a pas suffisamment de leçons, concernant le fumeur invétéré ou l'alcoolique irréversible, pour avoir besoin d'expliquer ou d'expliciter qu'il ne faut pas fumer ou boire. Ben oui, on en est là. Et tu dis béhémètes, tu as l'impression d'être désolé. Comme tu dirais à un enfant qui n'aurait pas compris, après qu'on lui a répété maintes fois le sujet: « Ne mets pas tes deux doigts dans la prise, sinon tu es électrocuté. » C'est comme on disait quand j'étais jeune: c'est une question à 100 balles, tu m'as posé là. Mais c'est une vraie question, tu as raison.
Voilà la situation dans laquelle nous sommes. Nous sommes avec Dvorah au chapitre 4. Les enfants d'Israël ont fait le mal aux yeux de l'Éternel. Un roi, Yavin; un général, Sisra; la guerre; ils sont propriétaires de 900 chars; ils prennent Israël en étau. Le peuple d'Israël se retrouve étouffé parce qu'il est pris en étau, et en conséquence de quoi il interpelle l'Éternel, bien entendu. Verset 4, et là nous entrons dans le vif du sujet.
Chofetet et Israël béète hahi. Verset 4, qui m'interpelle, bien évidemment. Une femme. Vous connaissez ma politique philologique concernant le Tanakh. Je reste intimement persuadé, depuis Béréchit, avec Hava, Sarah, Rivka, Rahel, Léa, que la femme est non seulement l'avenir de l'homme, si je me mets à paraphraser en ajoutant Roni Akrich, je paraphrase Aragon, mais qui plus est, je viens vous dire que la femme est le fil d'Ariane du Tanakh.
Fil d'Ariane, ça veut dire quel est le fil conducteur. Si les hommes ont appris à partir de la Bible qu'ils avaient besoin de s'affirmer comme le sexe fort, par rapport à un sexe qui serait faible en face d'eux, je crois que lorsqu'on a tellement besoin de s'affirmer, psychologiquement parlant, je parle, c'est qu'on est plus dans le manque que dans la réalité. Donc, pour moi, le sexe fort est un sexe faible à l'origine, et c'est peut-être la raison pour laquelle il a besoin de se bâtir des armures, de se donner des lances, de se créer des armes, de faire des guerres pour montrer sa masculinité.
Mais pour l'instant, personnellement, il ne m'a prouvé que sa décrépitude, sa décadence et sa dégénérescence, et je n'ai aucune confiance dans l'homme masculin. C'est mon point de vue, bien entendu. Et donc je suis très amoureux de la femme dans le Tanakh et de la femme en général.
Oudvorah, ichah, neviah, eshet lapidot, ichah, Yisraël béhétayt. Dvorah est... donnez-moi les quatre qualificatifs que vous avez ici. Elle est prophète, prophétesse, nous dirons. Elle est juge. Quoi d'autre ? C'est-à-dire, en traduction française, elle est l'épouse. Et quoi d'autre ? Vous en avez oublié un, le premier: elle est femme ! D'accord ? Femme, femme, femme. Il y avait l'autre aussi: femme, je vous aime. Oudvorah, ichah, neviah, eshet lapidot. Faites attention, dans la lecture que vous aurez du Tanakh, à regarder à quel point j'ai raison, à quel point elles sont le fil d'Ariane.
Vous voulez un exemple ? Qui entraîne Adam ? Hava. Qui gère Abraham ? Sarah. Qui décide pour Itshak ? Rivka. Qui mène le jeu pour Yaakov ? Rahel, et Léa ? Oui, Rivka, mais en tant que femme. Rivka, Rahel, Léa. Vous voulez que je vous explique Esther ? Dvorah, Yaël, Yehoudit... Ouma, Alma. De quoi parle-t-on ? C'est extraordinaire, n'est-ce pas ? Donc apprenez ces quatre données: vous avez dit prophétesse, vous avez dit juge, elle est l'épouse et elle est la femme. On va en découvrir un cinquième. Absolument extraordinaire. Elle est elle, vraiment elle.
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