Vayiyou Chaye Sarah : la vie de Sarah par sa mort
Pourquoi la section commence par la mort de Sarah, et comment son enterrement enracine Abraham sur la terre d'Erets Israël.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Abraham après sa victoire : la peur morale, 12 min
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Shalom tout le monde. Je pense que nous allons continuer dans le livre de Béréchit. Il me semble que c'est là que nous en sommes. Je vous invite à ouvrir au chapitre Kaf Gimel. Vous vous rappelez qu'on avait vu la réconciliation entre Avram et Yitzhak, entre le fils et son père.
Vous qui connaissez la psychanalyse, vous savez qu'il existe, d'après les psychanalystes, une opposition très profonde, au niveau de l'inconscient, entre le fils et le père. Et quel est l'objet de la rivalité entre le fils et le père ? Après la psychanalyse, c'est la mère, c'est ça ? Ça s'appelle le complexe d'Œdipe. Donc, si on pousse ça à l'extrême, cela veut dire que le fils veut tuer son père pour s'emparer de sa mère.
Or, dans le cas de la Akédat Yitzhak, ce qui s'est passé, c'est que le fils a fait la volonté du père, ce qui a sacrifié la mère. Le Midrash raconte que Sarah est morte d'avoir entendu que Yitzhak avait été sacrifié. Donc, en fait, c'est une manière de surmonter le déterminisme du destin que l'on voit dans la Akéda: c'est la dimension morale qui l'emporte sur la nature. Et le résultat, c'est la mort de Sarah.
Chapitre Kaf Gimel, verset Aleph: Vayihyou Hayei Sarah, « Et la vie de Sarah fut… » Si vous avez devant vous un ouvrage, un texte qui a pour titre Hayei Sarah, la vie de Sarah, de quoi pensons-nous que ce texte va nous parler ? De la vie de Sarah. Or, ce qui se passe, c'est que ce texte qui porte le nom « vie de Sarah » nous parle de sa mort. Elle est morte.
— Oui, et justement, ce n'est pas ça, d'autant plus qu'on se pose la question en voyant le verset: le premier verset de la vie de Sarah nous raconte sa mort. On commence par là et on finit par là. Et donc, cela a besoin d'être compris.
On va essayer de lire à nouveau le verset, en entier cette fois-ci, on va peut-être comprendre quelque chose. Vayihyou Hayei Sarah veut peut-être dire qu'en fait Sarah a réussi sa vie en mourant. Pourquoi la mort de Sarah est-elle sa réussite ? Parce qu'elle va contraindre Abraham à faire quelque chose auquel il ne pensait pas jusqu'à présent: acquérir un terrain pour l'enterrer en Erets Israël.
Or, là où l'on est enterré, c'est là qu'on a ses racines. Vous savez que chez les Chinois, on ne demande pas où tu es né, mais où sont enterrés tes ancêtres. Cela veut dire que la racine vitale se manifeste au moment de la mort. Jusqu'à la mort de Sarah, Abraham peut se considérer comme un Babylonien. À partir du moment où il doit enterrer Sarah, il se considère donc comme un Cananéen.
Et donc, cela veut dire que c'est la victoire de Sarah. Contre le cosmopolitisme abrahamique qui essaie d'éviter la racine, Sarah réussit l'emprise sur le sol national. C'est ce qu'on a dit. Oui, c'est la famille d'Abraham maintenant qui va s'enraciner. Abraham doit chercher un endroit qui va servir de caveau familial. C'est lui qui choisit Israël.
— En Israël, Israël n'existait pas encore.
En Erets Israël, tu veux dire. Israël, c'est le nom d'un État qui existe depuis 1948. Erets Israël est un lieu géographique.
— Bon. Oui, il devient nationaliste. C'est pour ça que la Guemara nous dit que le youd de Sarah, qui s'appelait Sarai et qui est devenu Sarah, a été donné en cadeau à Yehochoua, celui qui fait la conquête d'Erets Israël.
— Très bien, oui. C'est ce qui se passe. Elle est morte. Il faut bien l'enterrer.
— Oui. C'est à lui que cela incombe. Vous comprenez que sa femme est morte, il doit l'enterrer. Ça fait partie des devoirs d'un mari envers sa femme.
— Comment ?
Parce qu'il n'est pas ailleurs. Il est là.
— Oui, mais c'est sa femme.
Voilà. Donc elle l'entraîne. Maintenant, essayons de lire le… Oui.
Vayihyou Hayei Sarah. Et la vie de Sarah fut: Meah ve'Essrim ve'Cheva Shanim, cent ans, et vingt ans, et sept ans, c'est-à-dire cent vingt-sept ans. Shnei Hayei Sarah, années de la vie de Sarah. Les trois derniers mots du verset sont superflus. À quoi ça sert de dire « années de la vie de Sarah » ? Puisque c'est exactement ce qu'on a dit jusqu'à présent, que les années de sa vie étaient cent vingt-sept ans. C'est pour dire quoi ? Accentuer quoi ?
— Je ne comprends pas. On dit: elle a vécu 127 ans. On répète quoi ?
Que c'étaient les années de sa vie.
— Oui, ça veut dire quoi ? Pourquoi a-t-on besoin de répéter ? Si c'est pour savoir combien de temps elle a vécu, cela est déjà dit plus haut, alors pourquoi le répéter ?
Plus simplement, c'est un problème de traduction. Que signifie le mot Shenei ? Dans ce contexte, cela veut dire « les années de », n'est-ce pas ? Des années se dit en hébreu Shanim, à l'état construit Shenei, n'est-ce pas ?
Mais Shenei veut dire également « deux ». C'est comme s'il fallait lire Shenei Hayei Sarah, les deux vies de Sarah: c'est-à-dire qu'elle a vécu deux fois. Elle a vécu une première fois dans ce monde, une deuxième fois après sa mort. Elle a une vie qui commence avec son enterrement. Shenei Hayei Sarah, il y a deux vies de Sarah.
La Torah nous dit que Sarah a vécu 127 ans, n'est-ce pas ? Donc la différence n'est pas entre Sarah et Sarah, mais entre les 127 ans et ce qui se passe après, n'est-ce pas ?
— Bon. Verset ?
Oui. Eh bien, à partir de ce moment-là, c'est là qu'elle commence véritablement à vivre. Parce que c'est grâce à elle que le peuple d'Israël est enraciné sur sa terre. C'est exactement son projet, quand elle avait demandé de renvoyer Ishmaël et de donner la préférence à Yitzhak. C'est pour cela, d'ailleurs, qu'à partir de là Yitzhak peut se marier.
Sa première vie était une mission, qui a réussi dans sa deuxième vie. Vatamot Sarah, c'est là qu'elle a commencé à vivre. C'est-à-dire que le fait qu'il y ait une tombe de Sarah, c'est ça, la vie de Sarah. Parce que cela crée un foyer national pour Israël. Est-ce que c'est… Tu as compris ou pas ? Qu'est-ce que tu n'as pas compris ?
Oui, à moins que l'on comprenne que cela veut dire que, en tant que morte, c'est là qu'elle vit. Parce que vivre, c'est avoir un sens. Or, le sens de sa vie, c'est à partir du moment où elle est enterrée. Parce qu'à partir de ce moment-là, il y a un lieu qui sert de point de référence sur le globe terrestre pour les enfants d'Israël, qui est la tombe des ancêtres.
Or, c'est exactement ça, le projet de vie de Sarah: créer la communauté d'Israël séparée des nations. C'est pour ça qu'elle s'oppose justement à Ishmaël, elle veut le renvoyer, par élan nationaliste. Et elle réussit cela en mourant. Parce qu'elle va obliger Abraham à acquérir …
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