Béréchit : le monde créé, bon, puis brisé
Le premier verset présente un monde harmonieux, le deuxième un chaos originel : la dualité du texte.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Pourquoi le monde commence par l'ordre et non par le chaos, 57 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour à tous. Nous allons continuer notre étude du livre de Béréchit. Je crois que nous en sommes arrivés au premier verset. La dernière fois, nous avons fait une introduction sur la manière d'étudier. Je crois que nous n'avons eu qu'un seul cours sur Béréchit jusqu'à présent, n'est-ce pas ? Oui. D'accord.
Comme vous le savez, dans le Zohar, il y a une partie qu'on appelle le Tikouné HaZohar, qui comporte soixante-dix chapitres. Chaque chapitre est une autre interprétation du mot Béréchit. Si nous voulons vraiment comprendre ce que veut dire le premier mot de la Torah, nous devons consacrer énormément de temps, mais cela risque de nous prendre plus de temps que nous ne pouvons nous le permettre.
Nous n'avons donc pas vraiment le choix: nous allons étudier le texte superficiellement, ne serait-ce que parce que cela fait partie des secrets de la Torah, et que les secrets de la Torah ne peuvent pas être enseignés en public. Nous allons donc nous contenter d'un survol du texte.
Nous allons lire le premier verset, dont nous avons déjà parlé la dernière fois, je crois: Béréchit bara Elohim et hachamayim v'et haaretz. Le mot Béréchit, nous avons expliqué qu'il voulait dire « en faveur d'un réchit », un pourquoi du réchit, un pourquoi de la création. Vous vous rappelez de tout cela ? D'accord. Dieu a créé le ciel et la terre.
Sans trop entrer dans les profondeurs du mot Béréchit, quand je lis ce verset, on nous dit que Dieu a créé le ciel et la terre, ce qu'on appelle en français le monde. Le monde que Dieu a créé, il est bien ou il n'est pas bien, harmonieux ou pas harmonieux ? Comment vous le trouvez ? Il est bien, n'est-ce pas ?
— C'est vachement pessimiste, ce que tu dis là.
— C'est-à-dire qu'en fait, ce que tu me dis, c'est que si on veut que toi, tu ailles bien sur terre, il vaut mieux détruire les hommes ?
— C'est violent, ce que tu dis là.
— Oui, j'ai compris le problème. Disons que cela m'effraie énormément, ce que tu dis là. J'espère que tu n'as pas transformé ça en idéologie, parce que cela voudrait dire que tu cherches la destruction de l'humanité.
— Ah, d'accord.
— Mais enfin, tu dis qu'il n'y avait pas l'homme. En tout cas, quoi qu'il en soit, c'est possible, mais tout cela…
Ce sont des affirmations basées sur des connaissances extérieures aux versets. Or, quand j'étudie un verset, je ne peux pas me servir de connaissances extérieures au texte étudié. C'est en fidélité avec un des principes que nous avons énoncés la dernière fois: pour savoir ce que dit la Torah, il faut dire la Torah. C'est-à-dire que si on veut savoir ce que dit le verset, il ne me dit pas s'il y a l'homme ou s'il n'y a pas l'homme. Il ne me dit pas si l'homme est destructeur ou pas. Je n'en sais rien. Peut-être que tu as raison. Dis que tu as tort, je m'en fiche pas mal. Ce qui est important pour moi, c'est d'avoir suivi le verset.
Or, le verset me dit que Dieu a créé le ciel et la terre. Si Dieu a créé le ciel et la terre, est-ce que cela suppose, a priori, que ce monde est bon ou qu'il ne l'est pas ?
— Neutre.
— Oui. Pourquoi Dieu aurait-il créé quelque chose de neutre ? Ne suis-je pas en droit de supposer que, puisque Dieu est un être parfait, ce qu'il fait est parfait ? Vous connaissez une légende française: « Tout ce que fait le … »
Vous ne connaissez pas cela ? Enfin, dans l'absolu, « le vieil homme », cela veut dire Dieu. C'est ce que cela veut dire. C'est-à-dire que, dans le premier verset, si on n'est informé de rien d'autre, on est supposé que c'est un bon monde. Le monde est bien. Parfait, disons.
Maintenant, je vous demande très rapidement, vous voyez que c'est vraiment un survol, de passer au deuxième verset.
Je lis le deuxième verset: Vehaaretz haita tohou vavohou, vehoshekh al penei tehom, veroua Elohim merahefet al penei hamayim. « La terre était tohu et bohu, obscurité au-dessus de l'abîme, un souffle divin planait sur la surface des eaux. »
— Ça suppose un cataclysme. Il y a eu la bombe atomique, au moins.
— D'accord ? C'est-à-dire que ce que nous représente le deuxième verset, c'est un monde chaotique, complètement désordonné. Donc, ce que nous dit ici la Torah, c'est que dès le départ, il y a un désaccord, il y a une sorte de dualité entre le premier verset et le deuxième, entre la vision d'un monde parfait et un monde complètement brisé. Entre l'harmonie et la disharmonie. Vous suivez ce que je dis ?
Bien. Cette idée d'un cataclysme à l'origine, on la retrouve notamment chez les kabbalistes, qu'on appelle la chevirat ha-kélim, la brisure des vases. Mais cela se retrouve dans plusieurs civilisations: il y a l'idée d'un chaos originel.
Allons encore plus vite, vers le troisième verset. Gimel veut dire trois. Vayomer Elohim, yehi or, « Dieu dit: qu'il y ait de la lumière ».
Passez au sixième verset. Vayomer Elohim, yehi raqia, « Dieu dit: qu'il y ait un firmament ».
Passons au septième verset. Raqia veut dire une voûte. Il y a une voûte.
— Une voûte. Quelque chose qui tient, quoi.
— Un plafond ?
— Un plafond, oui. Un toit. Je n'en sais rien. C'est-à-dire qu'à nouveau, tu as introduit ici des notions que je ne connais pas à partir du verset. Ce qui m'intéresse, parce que je suis extrêmement étroit d'esprit et que mes horizons sont très limités, c'est l'intelligence du texte lui-même. Une fois que j'aurai compris ce que dit le texte, je ferai éventuellement l'effort de le confronter aux connaissances que j'ai de l'extérieur. Mais l'objet de ce cours est un objet extrêmement limité et étroit, n'est-ce pas ? Nous sommes très étroits d'esprit, n'est-ce pas ? Toi, avec la kippa, c'est à toi que je parle. Nous sommes étroits d'esprit, n'est-ce pas ?
— Oui.
Donc nous nous restreignons à l'étude du texte. Au verset huit, il est dit: Yikavou hamayim, que l'eau se réunisse, et qu'apparaisse la terre ferme. Au verset quatorze: Yehi meorot, qu'il y ait des luminaires. Puis au verset vingt: qu'il y ait des poissons et des oiseaux. Et puis, au verset vingt-quatre, tatseh haaretz nefesh haya, qu'il y ait des animaux, puis l'homme, etc.
Si je fais un résumé, nous avons ici trois phases.
Une première phase, où le monde nous est décrit comme une entité parfaite: Béréchit bara Elohim et hachamayim v'et haaretz. Au début, Dieu a créé le ciel et la terre. Ensuite, on nous dit que cela va très mal: tohou vavohou, désordre total. Et puis, pendant trente versets, on nous dit comment on remet un peu d'ordre là-dedans.
C'est comme si vous rentriez en pleine nuit dans un endroit humide et obscur. Alors on va faire un peu d'ordre: d'abord, allumer la lumière. Ensuite, c'est mouillé, alors …
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