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Enoch, Noah et la vocation de l'humanité après Kaïn

Rav Cherki oppose la famille de Chet, idéal du sage, à celle de Kaïn, idéal du riche, et montre que la prophétie exige les deux.

52 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Noa'h et l'arche : un sauvetage sans parole, 54 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Très bien. Alors, regardez une petite seconde au chapitre E, au verset guimel: Vayehi Adam chloshim chana, Adam a vécu cent trente ans. Vayoled bidmoto ketsalmo, il engendra à sa ressemblance et à son image. Vayikra et shemo Chet, et il le nomma Chet. Chet veut dire fondement. On nous dit que Chet est à l'image d'Adam, or Adam était à l'image de Dieu. Donc Chet est à l'image de Dieu, puisque si A égale B et B égale C, alors A égale C. Très bien. Ce qui veut dire que Chet était à l'image de Dieu. Qu'est-ce que ça veut dire, être à l'image de Dieu ?

Ça veut dire que les préoccupations de Chet sont des préoccupations d'ordre spirituel et métaphysique, n'est-ce pas ? On a vu que dans la descendance de Caïn, on s'occupait de beaucoup de choses: d'économie, d'art, de technologie et de loisirs. C'était ce qu'on appelle la civilisation, la partie de la tradition humaine qui s'occupe de développer les hommes derrière la face de Dieu. Vous vous rappelez que Caïn avait dit: tu m'as renvoyé de devant ta face. Qu'est-ce qu'il fait maintenant, Caïn ? Il s'occupe de ce qui est derrière la face. Il va civiliser le monde. Dans la famille de Chet, au contraire, on ne s'occupe pas tellement de civiliser le monde, on s'occupe plutôt de spiritualité. C'est ça ? Vous me suivez jusqu'à présent ?

— Oui.

Alors maintenant, vous allez revenir un peu en arrière, au chapitre Alef, au verset kaf vav. À la fin du dernier chapitre, la Torah nous avait prévenus d'autre chose: Ulechet gam hou yalad ben, quand Chet eut lui aussi un fils, et il appela son nom Enosh.

— Pourquoi tu dis ça ?

Non, peut-être que tout aurait pu être fait ensemble, directement. Enosh veut dire homme, Adam, au sens de l'être humain. Chet se dit: si Caïn s'occupe de fonder une nouvelle humanité, moi aussi. Donc lui aussi va fonder son humanité. Az houl liqra bechem Hachem, c'est alors que l'on a commencé à invoquer le nom de Dieu. Autrement dit, Enosh est l'inventeur de la religion. C'est quelqu'un qui s'occupe de spiritualité, comme son père. Il a la nostalgie du divin, donc il va fonder la religion. C'est pour ça que les hakhamim ont dit qu'il était le premier idolâtre.

— Ah oui.

Ce qu'on appelle le sentiment religieux, c'est l'idolâtrie. Quand on aspire au divin, eh bien, on est idolâtre.

— Ouais.

Mais c'est-à-dire qu'il s'occupe de choses religieuses. Enosh, ça veut dire l'homme en tant qu'être oublieux. Oublier, insid, oui, en arabe. Ceux qui ont des grands-mères qui parlent l'arabe savent: nessit, ou bien nessit, ça dépend des accents. J'ai oublié. L'homme en tant que capable d'oublier veut se souvenir. Puisqu'il veut se souvenir, il a la nostalgie, donc il va fonder la religion.

— Oui ?

Non, ce n'est pas un mal. L'idolâtrie n'est pas un mal. C'est une nécessité de l'histoire. Ça devient un mal quand il y a une révélation: quand Dieu se révèle, il n'admet pas qu'il y ait des cultes étrangers.

— Quoi ? Oui, et non, ça veut dire ?

Non, Dieu a découvert Abraham, ce n'est pas la même chose. Abraham n'a jamais découvert Dieu, c'est Dieu qui l'a découvert.

— Alors ? Comment finit le midrash ?

Non, justement, pas. Ça, c'est une invention tardive, mais dans le midrash ce n'est pas écrit comme ça. Dans le midrash, c'est écrit qu'Abraham a vu le soleil et s'est dit: « Voilà, c'est un dieu ! » Il a vu le soleil se coucher, il était bien embêté. Il a vu la lune et il a dit: « Ah, c'est la lune qui est Dieu ! » Ensuite sont venus des nuages qui ont couvert la lune, et il a dit: « Donc ce sont les nuages qui sont Dieu. » Après, il a vu un souffle qui a dispersé les nuages, il s'est dit: c'est le souffle qui est Dieu. Puis il a regardé en lui-même, il a vu qu'il avait un souffle en lui. Donc il est resté perplexe. Il aspirait à l'idolâtrie, quoi qu'il arrive.

Bien sûr qu'il aspirait: le sentiment naturel d'Abraham, c'est l'idolâtrie, mais il arrive à une insatisfaction. Il dit: Efchar biro'azo bela manhig, peut-être que ce palais n'a pas de dirigeant. Il est arrivé au doute. Il a laissé quelque chose de vide en lui. Et alors, dit le midrash, le propriétaire du palais lui est apparu et lui a dit: « Je suis le propriétaire du palais. » Abraham n'était pas un philosophe qui serait arrivé à la conclusion que Dieu existe. Il était un angoissé, un insatisfait. Et cette insatisfaction a permis à Dieu de se manifester à lui. C'est plus clair ?

— Eh oh, je te cause.

Bon, ce que je disais, c'est qu'Adam Harishon était quelqu'un de très spirituel, son fils Chet aussi, et son petit-fils Enosh aussi. C'est la spécialité familiale chez eux. Maintenant, regardez au chapitre Hé, au verset tet. Vayehi Enosh tishim chana, Enosh a vécu quatre-vingt-dix ans, vayoled et Kenan, et il engendra Kenan. Kenan, c'est le petit Caïn, ce qui est très utile à ceux qui n'ont pas de livre. Il y a un amoindrissement des forces caïniennes, mais d'un autre côté une volonté d'intégrer les forces de Caïn dans la famille de Chet. De même qu'on a vu que dans la famille de Caïn il y avait des enfants qui s'appelaient Yaval, Youval et Touval, on va intégrer le caïnisme chez les Chétiens. Les Chétiens, par la barbichette.

Regardez maintenant au verset yod bet. Kenan a vécu soixante-dix ans, vayoled et Mahalalel, et il engendra Mahalalel. Mahalalel, ça veut dire celui qui loue Dieu, c'est celui qui est capable de louange. Hodot, odot lHachem ki tov, louer Dieu car il est bon. Donc Mahalalel et Yehoudi, c'est à peu près la même chose: il engendre la louange du Créateur. Il continue dans la bonne tradition familiale, qui est de s'occuper de la divinité.

Passons au verset tet vav. Vayehi Mahalalel hamech chanim, Mahalalel a vécu soixante-cinq ans, vayoled et Yered, et il engendra Yered. Yered, ça veut dire quoi ? Descendre. Ça s'appelle une révélation: vayered Hachem be'hanan, Dieu descendit dans la nuée. C'est quelqu'un qui aspire à la révélation. Ils sont vachement spirituels, dans cette famille.

Passez tout de suite au verset yod het. Vayehi Yered chtayim vechichim chana vméat chana, et Yered a vécu cent soixante-deux ans.

— Pourquoi ?

La descente, oui. Comme dans Irad, n'est-ce pas ? On a vu la ville de la chute, Irad. Pourquoi est-ce que j'interprète Irad comme une chute et Yered comme une révélation ?

— Hein ?

C'est pas sympa de faire ça. Il y a ce qu'on appelle le contexte, et le contexte nous prouve qu'il faut interpréter ça de telle manière. D'accord ? Le contexte, c'est la famille de Chet. J'en sais rien. Ça peut être aussi une. Mais pourquoi chercher à dire du mal des gens, si on peut dire du bien des …

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