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Caïn, le libre arbitre et la question du mal

Pourquoi Dieu laisse-t-il le mal exister, et ce que Caïn répond à « Suis-je le gardien de mon frère ? »

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Caïn, Hével et la violence juste dans Béréchit, 50 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom, bonjour tout le monde, Chavouot Tov. Je suis favorablement impressionné par la présence assidue des personnes. Je vous souhaite donc une bonne semaine et une trépidante étude. Nous allons continuer dans le livre de Béréchit. Je ne me rappelle plus très bien où nous en sommes arrivés. D'accord, très bien. Donc chapitre Dalet, au verset Tet.

Vayomer Hachem el-Kayin. Dieu dit à Caïn: Ayé Hével akhikha ? Où est ton frère Hével ? Il répond: Lo yadati. Je ne sais pas. Hachomer akhi anokhi ? Suis-je le gardien de mon frère ?

La question est intéressante. Elle suppose qu'il y a quelqu'un d'autre qui doit être le gardien de mon frère, et que ce n'est pas moi. Qui aurait dû garder mon frère ? C'est toi.

Ce qui est en filigrane suppose qu'il faudrait dire, à Chomer, à Ki, pour savoir qui doit garder mon frère: Anokhi, toi qui t'appelles Anokhi, l'être absolu, le seul qui puisse dire absolument « je ». C'est toi qui aurais dû garder mon frère. Parce que si tu n'avais pas voulu, si tu n'avais pas accepté que je tue mon frère, tu m'aurais empêché de le faire.

Maintenant, la question est bizarre. Comme on l'a vu plus haut, Caïn sait qu'il a le libre arbitre, qu'il peut choisir entre le bien et le mal, donc entre tuer et ne pas tuer. Pourquoi dit-il alors que c'est Dieu qui a accepté ?

La réponse est que s'il y a libre arbitre, cela veut dire que Dieu accepte les deux possibilités. Si Dieu me laisse faire le bien ou le mal, cela veut dire qu'il accepte de ma part aussi bien le bien que le mal.

On peut se demander: mais si je fais le mal, comment Dieu va-t-il faire avancer les choses dans le monde ? Eh bien, il les fera avancer par le mal, comme il sait les faire avancer par le bien. Par exemple, quelqu'un s'est cassé la jambe, et cela va lui servir maintenant à fonder une équipe de sauvetage. D'accord ? L'expérience lui apprend qu'il faut aider les gens en détresse, et il va donc faire du bien grâce à cela.

Ce que dit Caïn, c'est: j'ai fait le mal, mais ce mal te sert aussi bien que le bien. Il pourrait y avoir une autre trajectoire dans le monde, mais cette trajectoire arrivera finalement au même but.

— Il le laisse faire ?

— Comment ça, s'il n'y a pas de mal, il n'y a pas de bien ? C'est-à-dire que s'il n'y a que du bien, il n'y a pas de libre arbitre. C'est ce que je veux dire.

Le libre arbitre suppose donc l'existence du mal, et le mal est accepté. C'est mal, oui, mais une fois que cela a été fait. D'abord, le fait même du libre arbitre suppose la possibilité du mal. Donc ce mal est admis, puisque sinon Dieu pourrait l'empêcher. Il ne l'a pas empêché: cela veut dire que Dieu a pris en compte le danger, le risque que l'homme choisisse le mal. Et si l'homme a choisi le mal, comment Dieu va-t-il s'arranger ? Son monde va être détruit, puisque le mal est destructeur. Le monde que Dieu veut créer, qu'il veut faire avancer, risque donc de rater.

Comment Dieu a-t-il pris en compte la possibilité que son monde soit détruit ? Cela veut dire que cette destruction peut être réutilisée pour arriver à la construction du monde. C'est ça, l'argument de Caïn.

Oui, c'est très mal de fabriquer une bombe atomique. Mais si le monde est détruit par des bombes atomiques, est-ce que Dieu aura raté son monde ? Peut-être. Je ne sais pas. On peut supposer que, puisqu'il est Dieu, il saura se servir même de cela pour aboutir à quelque chose de mieux. À moins de supposer que la destruction totale du monde est vraiment possible. Oui ?

— Pourquoi ? Dieu a dit que ceci est mal et que cela est bien.

— Dans le chemin. Oui, mais dans le chemin il y a du bien et du mal. Oui, mais cela dépend de l'homme, c'est-à-dire du mal… Maintenant, la question de savoir si le monde entier pourrait rater, je ne sais pas vraiment. Il y a des midrachim qui vont dans un sens et d'autres dans l'autre. Oui ?

— L'absence de bien, pour Dieu, c'est quand c'est mal ? Quand il ne dit pas que c'est bien, c'est pour lui que c'est mal ?

— Tuer, c'est mal. Tout le monde est d'accord. Dieu a dit: Lo tirtsah. Tu ne tueras point. Oui ?

Je vais vous raconter un midrach, un superbe midrach, qui s'appelle Pétirat Moché Rabbénou, un midrach sur la mort de Moché. Au moment de la mort de Moché, Dieu est venu le voir et lui a dit: tu dois mourir. Moché dit: mais pourquoi donc ? Je veux des raisons. Alors Dieu dit: tu as frappé le rocher au lieu de lui parler. Moché répond: ça ne tient pas, c'est toi qui as voulu que je le fasse. D'ailleurs tu m'y as bien obligé, enfin bref. Il réfute l'argument.

Dans le midrach, il y a une dizaine d'arguments, les uns après les autres, que le Saint béni soit-Il amène à Moché pour lui prouver qu'il doit mourir, et Moché réfute les arguments les uns après les autres. À la fin, le Saint béni soit-Il lui dit: enfin, tu as tué l'Égyptien sans me demander mon avis. Moché répond: moi ? J'en ai tué un seul, toi tu les as tous tués. Ça veut dire quoi ? Cela veut dire que, finalement, j'ai fait ce que tu voulais. La preuve, c'est que tu as tué les Égyptiens: j'ai commencé le travail, mais en fait tu l'as continué.

Le Saint béni soit-Il lui répond: oui, mais moi, je peux les ressusciter, toi tu ne peux pas les ressusciter. Ce qui veut dire, en d'autres termes, que quand Dieu tue quelqu'un, c'est pour de rire. C'était une blague, hein, c'était rigolo. Maintenant je t'ai ressuscité, sans rancune. Voilà.

Quand Dieu lui a dit cela, Moché a accepté l'enseignement, il a compris quelque chose qu'il n'avait pas compris auparavant, et son âme est sortie de son corps: c'est ainsi qu'il est mort. Mais non, moi, si j'avais été Moché, j'aurais répondu: et l'Égyptien que moi j'ai tué, tu ne veux pas le ressusciter, lui ? Moché n'a pas répondu cela.

Je ne sais pas si le Saint béni soit-Il accepte de tuer directement des Égyptiens, ou si Moché tue l'Égyptien indirectement, et que dans tous les cas Il peut les ressusciter, donc cela peut se faire. Que ce soit Moché qui l'ait fait ou Dieu qui l'ait fait, cela revient au même.

Cela veut dire que Moché est jugé non pas en fonction de ce que Dieu peut, mais en fonction de ce que Moché peut. L'homme est jugé par rapport à son état de conscience à lui. Or, pour Moché, ressusciter l'Égyptien est impossible. Donc il est jugé pour cela. Vous avez compris le topo ?

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