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Le bouc émissaire et la confession au nom du peuple

Comment le Kohen Gadol peut-il avouer les fautes de tout Israël alors que la techouva est un acte personnel ?

39 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : La techouva qui suspend la peine et celle qui expie à Kippour, 58 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom tout le monde. Eh bien, je crois qu'il n'y a pas vraiment le choix. Nous allons continuer dans les profondeurs de Hilchot Techouva. Je suis désolé de ce retard. La montre avance, non ? Quelle heure est-il ? C'est la mienne qui est en retard, alors. C'est fort regrettable. Bon, enfin, nous allons faire ce qu'on peut avec ce qu'on a. Nous sommes dans Hilchot Techouva. Je crois que nous en sommes arrivés au premier chapitre et que nous avons lu toute la première halakha, n'est-ce pas ? Donc nous sommes arrivés à la halakha bête du premier chapitre. Ah, j'adore. Saïr HaMishtaleah, le bouc envoyé. On traduit en général par « bouc émissaire », mais le mot mishtaleah signifie précisément « envoyé ». Le bouc envoyé.

Le Cohen Gadol, le grand prêtre, ch'ou kapara, fait l'expiation pour tout Israël, mitvadeh alav al lechon kol Israël, en employant la formule du vidouï au nom de tout Israël. Ché-némar, ainsi qu'il est dit: vitvada alav et kol avonot bné Israël, « il confessera sur lui tous les péchés des enfants d'Israël ». Ça veut dire que lorsque le Cohen Gadol va envoyer le bouc envoyé, ou le bouc émissaire si vous voulez, il emploiera l'expression: Ana Hachem, ô Éternel, hatou avou pachamou habet Israël, ton peuple, les enfants d'Israël, ont péché. Vous connaissez ça. On le retrouve d'ailleurs dans la Michna, et on le trouve également dans le moussaf de Chabbat, lors de la répétition de l'officiant.

Il cite les paroles du grand prêtre qui faisait le vidouï au nom de tout Israël. Évidemment, ça pose une question énorme. Le vidouï, pour autant qu'on l'a compris, c'est un élément de la techouva. La techouva, c'est un acte de la volonté. D'ailleurs, je transforme ma volonté: jusqu'à présent, je voulais le mal, maintenant, je veux le bien. En plus de ça, j'avoue ma faute, c'est le vidouï, mais c'est le fruit de la techouva. Ceux qui ont péché, ce sont les enfants d'Israël. Comment le Cohen Gadol va-t-il faire son vidouï au nom des autres ? Justement, c'est ça le problème. Comment ça marche ? J'en suis pour l'instant à la question. C'est très important, dans un cours, que la question soit bien mise en évidence, même si ça retarde la tentative de donner des explications ou des réponses.

Donc nous allons tout d'abord expliquer la question. C'est beaucoup plus important que tout le reste. Alors, il y a ici, c'est comme s'il parlait à la place des autres. Il y a des mitsvot qu'on peut faire par un délégué. Par exemple la tsedaka. Je peux dire à quelqu'un: donne la tsedaka pour moi. Mais est-ce que je peux dire à quelqu'un: écoute, aujourd'hui je n'ai pas le temps d'aimer mon prochain comme moi-même, je voudrais que tu le fasses à ma place ? C'est évidemment impossible, parce qu'aimer quelqu'un, ce n'est pas quelque chose qu'on fait à la place d'un autre. D'accord ?

— Oui, mais le vidouï est une mitsva.

Voyons ce qu'il y a écrit: Hacohen Gadol mitvadeh alav, le Cohen Gadol prononce le vidouï, al ké-lechon kol Israël, en employant un langage de tout Israël, ché-némar, ainsi qu'il est dit: vitvada alav, il avouera sur lui, c'est-à-dire au-dessus du bouc, vé-kol avonot bné Israël, tous les péchés des enfants d'Israël. Donc il y a ici un problème assez important: comment se fait-il que quelqu'un puisse faire le vidouï à ma place, alors que le vidouï fait partie de la techouva, et que la techouva est un mouvement de la volonté, de l'être intérieur ? Comment cela peut-il être fait par quelqu'un d'autre à ma place ? D'accord ? Vous avez compris la question ?

Bon. Comment ? C'est ce que dit le Rambam, en tout cas. Le Rambam n'est pas allé chercher ça n'importe où. Il a trouvé ça dans la Guemara, dans la Torah, etc.

— Il le fait pour tout Israël ?

Oui. Le Cohen Gadol fait deux fois le vidouï: une fois pour lui-même, une fois pour tout Israël. Pour lui-même, il le fait sur son taureau. Il amène un taureau sur lequel il fait son vidouï. D'accord ? Une fois qu'il a fait sa capara, son expiation personnelle, alors il amène les deux boucs, l'un qui sera envoyé et l'un qui sera présenté. Et celui qui est envoyé, il fait le vidouï pour tout Israël. Ce ne sont pas ses fautes à lui. Par exemple, j'ai mangé un choum gom sans faire la bera'cha, eh bien, le Cohen Gadol fait le vidouï pour moi. Ce qui est absolument incroyable.

— Oui.

À nouveau, la même question se pose: quelle est la logique d'une chose pareille ? D'accord ? Ça ne fait que renforcer la question. Ça double la question. Bon. Je vais vous donner un début de réponse, qui a un peu rapport à ce que tu as dit. Il y a deux manières de vivre notre individualité: celle de l'époque contemporaine et celle de l'Antiquité.

Dans l'époque contemporaine, chacun de nous se considère comme un individu. Ça veut dire que j'ai un moi. Je suis moi. Toi aussi tu as un moi. Chacun de nous est un moi, autant d'individus que de moi. D'accord ? Un individu, c'est quelque chose qui dit « je ». En plus de cela, nous avons des relations entre nous. Nous formons une société, nous formons un groupe, et en tant que groupe, nous avons des relations d'individu à individu. La relation que nous entretenons envers l'autre ou envers les autres, ça, c'est en deuxième place. Après le sentiment d'être moi-même, d'être un individu, j'ai également l'expérience d'une relation envers les autres. Jusque-là, vous me suivez ?

Donc il y a numéro un, numéro deux. À l'époque du Beit Hamikdash, surtout du premier Beit Hamikdash, c'est le contraire. Il y a tout d'abord la conscience d'être un être collectif, une nation, dont je suis, moi, en tant qu'individu, une des émanations. C'est comme ça que c'est vécu. C'est très différent du sentiment moderne, mais c'est comme ça que c'était vécu à l'époque. On se sentait tout d'abord comme un élément du klal, de la collectivité. Et la pire des menaces employées par la Torah à cette époque, c'est: si tu fais des choses très méchantes et très mauvaises, tu deviendras un individu. C'est ce qu'on appelle le karet: cette âme sera retranchée de la communauté d'Israël. Il va devenir un individu. C'est-à-dire que ce qui aujourd'hui est considéré comme quelque chose de très chouette, je suis un individu, est considéré comme le pire des châtiments à l'époque où la Torah est donnée.

— Oui ?

Alors le communisme a essayé d'abolir l'individu. Ça, c'est ridicule. Le communisme efface l'individu, il ne connaît que le collectif. C'est arbitraire, c'est même non seulement intelligent, ça s'appelle totalitaire. Tandis que la manière dont les choses étaient vécues à l'époque du premier Temple est tout à fait différente. On est dès le départ inséré dans le collectif, et c'est cette collectivité qui me donne mon individualité. Très différent.

— Oui…

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