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La nature et le miracle selon Maimonide

Pourquoi la notion de nature est absente de la Torah, et comment le septième jour éclaire le miracle.

52 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Le Pharaon et la perte du libre arbitre, 50 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Nous sommes au huitième chapitre. Revenons à l'édition que vous avez, enfin ceux qui l'ont, c'est dans la page de la. Ils ont abondamment expliqué ces choses-là dans le Midrash sur Kohélet et d'autres. Leur affirmation à ce propos, c'est: Olam kéminhago noguéa, le monde marche selon son habitude.

Bon, là ça demande un certain élargissement. Il y a une notion qu'on appelle la nature. Est-ce que ce terme existe dans la tradition hébraïque ? La réponse est non. C'est vrai qu'en hébreu, pour dire le mot nature, en latin natura et en grec physis, on dit teva. Mais le mot teva, dans le sens de nature, est un terme tardif. Il vient traduire un mot arabe, (Atabra), qui lui-même est une traduction du grec physis, ou du terme physique, la physique.

Si nous cherchons dans la Torah, ou dans les Prophètes, ou dans les Ketouvim, ou dans la Michna, ou dans la Guemara, ou dans les Midrashim, ce mot n'existe pas. Il existe dans un autre sens: teva dans le sens de caractère. Tiv'o chel haadam, le caractère d'un homme. Mais Ha-Téva, la nature, avec un grand N, dans le sens que lui donnent les Grecs ou les philosophes, c'est-à-dire une sorte d'entité englobant toutes les lois du monde, ce terme n'existe pas dans la tradition juive.

Oui, le caractère d'une personne, ça ressemble un peu à sa nature. Ça peut vouloir dire également son caractère inné. Mais ça ne se réfère pas à une grande entité qui déterminerait l'ensemble des phénomènes. D'accord ? C'est ça que l'on entend par le terme de nature.

Il y a un autre terme qui est employé: minhago chel olam, l'habitude du monde. C'est ce qu'on trouve chez les Hachamim. Et cette idée se retrouve également dans la Torah, non pas sous le terme de minhago chel olam, mais dans ce qu'on appelle Yom HaShevi'i, le septième jour. Je ne sais pas si vous vous rappelez, dans l'étude de Béréchit que nous avons faite, nous avons compris que, quand la Torah parle du septième jour, elle parle du temps dans lequel le monde se comporte à la manière de la nature.

Le mot minhag, qui veut dire une habitude, un usage, signifie quelque chose d'intermédiaire entre le déterminé et l'indéterminé. Il est déterminé quand je prends une habitude: si je ne fais rien contre mon habitude, je vais agir selon mon habitude. Mais je peux parfois décider de ne pas agir selon mon habitude, n'est-ce pas ? Donc ce qu'on appelle la nature n'est pas un absolu, c'est une habitude.

Il y a chez les philosophes deux écoles: l'une qu'on appelle rationaliste et l'autre qu'on appelle pragmatiste. Pour les rationalistes, la nature, c'est l'être. Par conséquent, le miracle est impossible, parce que l'être du monde, c'est la nature. Ça, c'est l'opinion de ce qu'on appelle les rationalistes. Donc si quelqu'un vous dit qu'il y a eu un miracle, c'est un fou, d'accord ? C'est ce que disent les rationalistes.

Les pragmatistes disent que la nature n'existe pas, tout est possible. Tout est possible, donc il n'y a pas de miracle. Le fait que le soleil se lève ou qu'il ne se lève pas, c'est exactement la même chose, c'est équivalent. D'accord ?

Qu'est-ce que dit la Torah ? La Torah dit ni l'un ni l'autre. Elle parle de sept jours, avec un comportement différent de la création pendant les six premiers jours et lors du septième. Pendant les six premiers jours, il y a une intervention permanente de Dieu, tout peut changer: c'est comme les pragmatistes. Et le septième jour, tout est en place, rien ne bouge: comme les rationalistes.

Ça veut donc dire que le monde, au départ, était mouvant, occasionnel, et que finalement il a pris une habitude, et c'est devenu la nature. Et donc il en reste quelque chose: c'est le contact entre le sixième jour et le septième jour. Comment s'appelle le contact entre deux journées ? Bein hachmachot, entre les soleils.

C'est pour ça que la Michna dit que les miracles ont été créés entre les soleils, Bein hachmachot, c'est-à-dire dans l'entrée du septième jour. Quand il se passe un miracle, c'est comme si on grattait un peu la couche du septième jour pour découvrir une couche cachée, celle du sixième. Et donc le miracle est possible.

Bon, c'est l'expression Olam kéminhago noguéa, le monde marche selon son habitude. D'accord ? À ce propos…

Il y avait un juif compliqué à Amsterdam qui a affirmé que Dieu, c'était la nature, n'est-ce pas ? Il a même affirmé qu'il y avait deux formes de nature: la nature naturante et la nature naturée. En latin, natura naturans, natura naturata. C'est quoi, la nature naturante ? C'est Dieu. Et la nature naturée ? C'est le monde. Qu'est-ce qu'il y a de commun aux deux ? C'est que c'est de la nature. Naturellement.

Ça n'a pas plu aux rabbins à Amsterdam, ils l'ont mis sous le hérem, ils l'ont fichu dehors, comme une épine qu'il fallait faire sortir de la chair. Ils appelaient Spinoza, ce qui veut dire une épine. C'était un juif. Ils ont fait ça.

Une génération plus tard, à Londres, il y avait un rabbin du nom de Rabbi David Netto, qui était d'ailleurs l'ennemi juré de. Enfin, non, ça n'a rien à voir. Rav David Netto a écrit un livre qui s'appelait Matteh Dan, le bâton, la verge. Dan, ce sont les initiales de David Netto. Il y a un autre nom à ce livre: Kouzari Chéni, le deuxième Kouzari. C'était un grand maître. Un jour, il a donné une drasha dans la synagogue de Londres, qui était d'ailleurs une réplique de la synagogue d'Amsterdam. Il a donné sa drasha en portugais, comme il se doit: c'était la langue qu'on parlait dans la synagogue à l'époque. Il a expliqué que Dieu, c'est la nature naturante, et que le monde, c'est la nature naturée.

Tilt ! Les rabbins, qui n'étaient pas n'importe qui, qui avaient des connaissances, se sont dit: mais enfin, qu'est-ce qui lui prend, à celui-là ? Ils ont envoyé une lettre au Rav Tsvi Ashkenazi, auteur du livre Hakham Tsvi, qui était rabbin d'Amsterdam à l'époque. Ils lui ont dit: vous avez l'habitude, vous deux, de mettre sous anathème des gens qui parlent comme ça, donc on vous invite à mettre sous kherem le Rav David Netto.

Réponse du Hakham Tsvi: vous n'avez rien compris à ce qu'il dit. Au contraire, il vient critiquer les philosophes qui disent que la nature, c'est Dieu. Et lui dit: non, Dieu, c'est la nature. C'est-à-dire qu'en fait il n'y a pas de nature, c'est Dieu qui fait tout. Il dit: ce que dit ce Rav est écrit dans le Kouzari, dans la première partie, au paragraphe 77, et il amène également des sources dans le Shela et un peu partout. Il dit: en fait, vous n'avez rien compris à ce Rav, ce Rav mérite une récompense pour avoir justement remis en question les paroles des hérétiques. Et il leur fait comprendre qu'on peut parfois avoir les mêmes formules qu'un …

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