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Modim : la louange de Dieu selon le Maharal

Comment louer le Créateur sans le diminuer, et pourquoi la reconnaissance passe avant la métaphysique.

51 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Pourquoi on ne se lève pas pour prier : la lourdeur de tête, 52 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bonjour à tous. Donc là, je crois que nous en sommes encore dans dix-sept. Et nous en sommes à la dix-huitième, qui aurait pu être la dix-septième bénédiction, c'est l'avant-dernière, celle de Modim. Comme son nom l'indique, Modim est une bénédiction dont le contenu est la reconnaissance, dans le sens où nous reconnaissons HaKadosh Baroukh Hou. Dans le terme Modim, il y a aussi le sens de reconnaître en français, c'est-à-dire admettre. Modim anahnou lakh: nous admettons que…

C'est-à-dire que dans la reconnaissance, il y a un problème, un problème philosophique grave, dans l'idée même de reconnaissance. Être reconnaissant envers quelqu'un est effectivement un devoir moral, mais il faut être capable de comprendre, au sens d'encoder, quel est le bienfait qu'il nous a fait. Par exemple, si quelqu'un me donne un bonbon, je lui dis merci pour le bonbon. Mais si je ne peux pas comprendre ce qui m'a été fait, la reconnaissance risque d'être ridicule, sinon même blasphématoire. Or, comme il s'agit ici d'être reconnaissant envers le Créateur, il y a une petite remarque du Talmud, dans le livre qui dit…

C'est impossible, puisque Dieu est infini.

Et si Dieu… le louer, le louanger, serait en fait une sorte de blasphème. La Guemara, donc, Béréchit, Chemot, Vayikra, Bamidbar, Devarim, c'est comme quelqu'un qui possède un million de pièces d'or et que l'on loue de posséder un millier de pièces d'argent. Si je dis de celui-là qu'il a un millier de pièces d'argent, ce n'est pas quelque chose de grand, puisqu'en vérité il a un million de pièces d'or.

Donc une louange adressée au Créateur est, par définition, en tout cas sur le plan philosophique, blasphématoire. La question se pose alors: comment peut-on faire une louange à Dieu ? Elle est posée par le Maharal de Prague également, à propos de la Haggada de Pessah. La Haggada est une louange: on vient remercier Dieu de nous avoir fait sortir d'Égypte. Comment peut-on se permettre de faire une louange alors que la louange est interdite ? C'est la question posée par le Maharal. D'accord ? La question est bien claire ? Il y a une chose pour Modim.

La réponse du Maharal: la louange est interdite, sauf si elle vient remercier. C'est-à-dire que si l'on donne une louange, si l'on donne une définition philosophique, métaphysique de la gloire de l'Éternel, c'est impossible, et donc c'est interdit. Mais si cela vient s'acquitter d'un devoir moral, alors c'est tout à fait autre chose: c'est permis. Cela veut dire qu'il y a ici une préséance, une priorité du moral sur le métaphysique. C'est quelque chose de permanent dans tout le judaïsme: le moral vient en premier, le métaphysique en second. C'est pour cela, par exemple, que dans le Guide des Égarés de Maïmonide, vous verrez très souvent que lorsqu'il y a un problème qui n'est pas résolu sur le plan philosophique, Maïmonide le résout sur le plan moral. D'accord ? Et c'est la même chose pour la bénédiction de Modim.

Modim vient nous acquitter d'un devoir moral, et c'est pour cela qu'elle est autorisée. Vous avez compris. Puisque c'est comme ça, je pense que le mieux serait encore de lire le texte de la bénédiction. Il y a quelques variantes entre le texte séfarade, ashkénaze et yéménite, mais dans l'ensemble c'est à peu près la même chose. Nous allons nous servir ici du texte séfarade que nous avons devant nous, précisément celui du Siddour du Rav Mordekhaï Eliyahou, ce qu'on a dit pour le. Nous allons donc lire Modim: Modim anahnou lakh. Nous présentons notre louange, notre reconnaissance devant toi. Ata hou Hachem Elokeinou ve-Elohei avoteinou le-olam va-ed. Toi qui es l'Éternel, notre Dieu et le Dieu de nos ancêtres, à tout jamais.

Nous parlons donc de Dieu en tant que l'Éternel, comme on dit dans les traductions protestantes de la Bible. Dans les traductions catholiques, on préfère le terme Seigneur. Cela correspond, d'une certaine manière, un peu caricaturale, aux deux noms Yod-Hé-Vav-Hé et Adonaï, à peu près.

Donc: Modim, malakh, noulakh … Hachem Elokenou ve-Elohei avoténou olam va-ed. Et là commence une série de descriptions assez difficiles à comprendre. D'abord, Tsourenou. Tsourenou, ça veut dire quoi ? Notre rocher. Cela ressemble un peu à l'homme préhistorique qui, dans sa caverne, a besoin d'un rocher pour se protéger des bêtes sauvages. Donc, notre protecteur: Tsourenou, c'est un protecteur.

Le mot tsour signifie également autre chose: une carrière, d'où l'on extrait des pierres. Le mot tsour signifierait donc l'origine. Tu es notre origine. Il est question ici de la création du monde: on remonte à la toute première source, le fait que nous trouvons notre origine dans la volonté du Créateur. C'est en ce sens que l'on dit Tsourenou.

Alors pourquoi rajouter ensuite Tsour Hayenou, l'origine de notre vie ? C'est à peu près la même chose, non ? Notre origine, l'origine de notre vie. Bizarre, non ? À moins que le mot « vie » signifie ici la vitalité. C'est-à-dire qu'il y a tout d'abord le fait d'être, et en plus de cela le fait de vivre. Ce n'est pas exactement la même chose. Il y a un être minimal, mon être fondamental: j'existe. Mais il ne suffit pas d'exister, il faut aussi vivre, c'est-à-dire avoir un surplus de vitalité, être capable de recevoir pour donner. Et donc cela, c'est une autre louange.

Par exemple, dans les enseignements du Rav Kook tels qu'ils ont été réunis dans le livre Orot HaKodesh — vous connaissez Orot HaKodesh ? C'est plusieurs recueils, trois ou quatre, selon la façon de les compter, des œuvres du Rav Kook, mises en ordre par le Nazir, le Rav David Cohen, qu'on appelait le Nazir de Jérusalem, qui a disposé les enseignements du Rav Kook selon de grands principes. Il y a là cinq grands principes: HaKodesh HaKlali, c'est-à-dire la sainteté générale; HaAhdout HaKolelet, l'unité globale; HaHayout HaOlamit, la vitalité universelle; HaTov HaKlali, le bien universel; et Hit'alout HaOlam, l'ascension du monde. Ce sont les cinq grands principes de la pensée du Rav Kook.

Vous avez remarqué qu'il y a HaKodesh HaKlali, la sainteté collective, et qu'à cela est associée une vitalité universelle. La vitalité, c'est comme le sang qui coule dans les veines du monde. C'est vrai aussi bien au niveau cosmique qu'au niveau individuel, humain, et c'est ce que nous disons quand nous disons deux fois le mot Tsour: Tsourenou, Tsour Hayenou. Origine, origine de notre vie, c'est-à-dire de notre vitalité, plus précisément. D'accord ?

Il y a un texte important, la déclaration d'indépendance d'Israël. Vous connaissez ce texte ? Signé en 1948, le 5 Iyar, etc. Il y a eu un débat, quand ce texte a été rédigé, pour savoir si l'on mentionnait ou non le nom de Dieu. Certains signataires disaient: nous ne signerons pas si le nom de Dieu n'apparaît pas. D'autres disaient: si le nom de Dieu apparaît, nous ne signons pas. Que faire ? Qu'est-ce qu'on fait en politique ? Soit personne ne signe, soit on discute, et finalement on arrive à un compromis. La moitié du nom de …

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