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Shema Kolenu : quand il n'y a plus rien à demander

Pourquoi la prière survit même lorsque tous nos besoins sont comblés : demander à être entendu.

53 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Crainte et joie dans la prière selon le Rav Kook, 44 min

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom à tous. Nous continuons notre routine, c'est-à-dire que, comme chaque semaine, nous poursuivons l'étude du Siddour. Pour autant que je le sache, nous en sommes arrivés au Chéma Kolénou. Vous me trompez ? Non. Nous en sommes donc arrivés au Chéma Kolénou. C'est une prière assez extraordinaire. On dit qu'il faut avoir une kavana particulière quand on fait cette bra'ha, mais elle vient en fin de parcours.

C'est-à-dire qu'à partir de la quatrième bénédiction, on a demandé la connaissance, n'est-ce pas ? C'est fini là-bas, dans le coin ? On a donc demandé la connaissance, Tachone Nada, c'est-à-dire qu'on a demandé la techouva, et le pardon, et la santé, et la parnassa, et la Gueoula, et la justice. Et le rejet des méchants, et l'élévation des justes, et la reconstruction de Yérouchalaïm, et la Gueoula finale, la Machia'h, tout ça. Voilà, on a demandé tout ça.

Bon. Imaginez qu'on fasse la prière comme il faut. Dès qu'on demande, bah, c'est réalisé, immédiatement, n'est-ce pas ? Par exemple, vous connaissez cette histoire dans la Guemara: on raconte qu'il y avait un des hachamim qui, quand il priait, disait: « Machiv haroua'h oumoriad hagachem » (qu'il fasse souffler le vent, qu'il fasse tomber la pluie). Et le vent soufflait. Il renversait des arbres. Il y avait un orage. Et puis, à un moment, il a voulu dire « Mé'hayé hamétim », et un ours est venu le troubler dans sa prière, pour qu'il ne fasse pas la résurrection des morts avant le temps.

Donc, si tout marche comme il faut, quand j'arrive au Chéma Kolénou, je n'ai plus rien à demander, puisque tout est réalisé. C'est très embêtant, parce qu'imaginez un monde dans lequel il n'y a plus rien à demander. Tout est réalisé. Qu'est-ce qu'on perd ? Pas forcément. On perd la prière. S'il n'y a plus rien à demander, on n'a plus rien à demander. La prière n'est justifiée que dans un monde dans lequel il manque quelque chose. Dans un monde dans lequel il ne manque rien, la prière n'a plus de sens, semble-t-il. Il y a donc quelque chose de terrible: si nos demandes sont réalisées, nous allons perdre la prière.

Alors qu'est-ce qu'il faut faire ? Tu ne peux pas souhaiter que ce que tu as demandé ne se réalise pas. Tu n'es pas un menteur. Tu as demandé quelque chose, donc tu veux que ça se réalise. D'un autre côté, il y a un problème: une fois que ça sera réalisé, tu vas perdre la prière. C'est terrible, parce que la prière est une expérience extrêmement profonde. Elle est une des dérivées de la prophétie, c'est la plénitude de l'homme. Contre autre chose, quoi ? Les tomates ? Non, il suffit simplement de demander la prière.

Puisque, quand on demande ensuite ce qui nous manque, et que ce qui nous manquera, c'est la prière, on demandera la prière. Oui, justement. On ne demandera plus des besoins, parce que les besoins seront déjà remplis, mais il manque la prière, donc on priera pour avoir la prière. C'est ça, la prière du Chéma, écoute notre voix, même quand il n'y a plus rien à demander. Non, il y aura un manque. Le manque, c'est le manque de prière.

C'est-à-dire qu'on ne demandera pas Hachiv Chalom, qu'il nous manque des choses vitales, mais on demandera d'avoir la possibilité de continuer la prière, même quand il ne manquera rien. Il faut savoir ce qui manquera: il manquera autre chose de beaucoup plus important, plus essentiel, c'est l'ascension de l'identité. Parfois, quand j'ai faim, j'ai besoin de nourriture. Ce qui me manque, c'est de la nourriture, mais ce n'est pas quelque chose qui me manque dans mon être. La preuve, c'est qu'une fois rassasié, je n'ai plus besoin de nourriture. Ce n'est donc pas quelque chose d'essentiel, c'est quelque chose d'accidentel, comme on dit en philosophie. Mais ce qui est essentiel, c'est l'ascension perpétuelle de mon identité, et ça peut se prolonger à l'infini. Vous avez compris ? C'est pour ça qu'on prie dans le Chéma Kolénou.

Oui, ça peut être très bien pour le prat, mais le prat a déjà reçu tout ce dont il avait besoin: dans les premières bénédictions, il a reçu tout ce dont il avait besoin, et dans les bénédictions suivantes, tout ce dont le klal avait besoin. Alors qu'est-ce qu'il reste ? Pour le prat et pour le klal. Mais le Chéma Kolénou est aussi au pluriel. Il y a bien Elohaï netsor à la fin de la prière, oui, mais pour le Chéma Kolénou, c'est au pluriel.

Il y a ici quelque chose qui ressemble au jeu des amoureux. Vous connaissez le chant d'amour du Tanakh, ça s'appelle comment ? Chir HaChirim, très bien. Le Chir HaChirim est un chant d'amour extraordinaire, un des plus beaux qui aient été écrits dans l'histoire, peut-être le plus beau. Et si vous lisez bien le texte, vous voyez que c'est une tragédie. Pourquoi ? Parce qu'ils se languissent l'un de l'autre, n'est-ce pas ? C'est un couple, un berger et une bergère. Ils aimeraient se rencontrer, ils rêvent l'un de l'autre, et puis il y a un moment où le berger est prêt, lui. Elle, « Amélie, moi je ne suis pas encore prête ». Ensuite vient un moment où elle dit: maintenant je suis prête, et il est parti. Finalement ils se rencontrent, mais ils vont fuir, tous les deux.

C'est en fait catastrophique, le Chir HaChirim, parce que c'est un chant d'amour de frustration permanente. Il y a le languissement, mais pas de réalisation, pas de concrétisation de l'amour. Alors, à la fin du Cantique, il y a un verset consolateur. Il dit: « Hayochevet baganim, haverim makshivim lekolèkh, hachmiini » — toi qui es installé dans les jardins, les amis entendent ta voix, écoutent ta voix, fais-moi entendre. C'est-à-dire qu'enfin tout s'est calmé, on est assis à la même table, on peut enfin se parler. Alors, ouvre la bouche, dis quelque chose. Et qu'est-ce qu'elle dit ? « Bérah dodi », enfuis-toi, mon bien-aimé. « Admé lekha litsvi o lé ofer ayalim », tu ressembles à une gazelle ou à un faon de biche « al harei vessamim », sur les montagnes aromatiques. Aromatiques.

Et il y a un petit problème: ils sont enfin prêts à se rencontrer, et ce qu'elle lui dit, c'est: va-t'en. C'est choquant, non ? C'est tout ce qu'elle a trouvé à dire. Nos frères séfarades ont une coutume intéressante: après ce verset-là, on ajoute un verset. On revient sur le verset « Hayochevet baganim », « haverim makshivim ». C'est comme si cela voulait dire qu'il a pris la fuite, mais qu'il est tout de suite revenu. Ce qui se passe à partir de la fin du Chir HaChirim, c'est que les amoureux se rencontrent et se séparent pour peu de temps.

Alors que pendant tout le temps de l'Olam Hazé, si l'on veut, on dit Olam Hazé, Olam Aba: pendant tout le temps de l'Olam Hazé, les amoureux se rencontrent très rarement, et sont pour la plupart du …

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